mai 31, 2006

Retour sur les valeurs québécoises

As Québec sovereignists became reluctant to use identity-based arguments after the fallout from Jacques Parizeau's 'money and the ethnic vote' speech in 1995, two other types of sovereignist arguments eventually gained in prominence: the economic argument centered on the fiscal imbalance and the ideological argument, which posits that Québec's political and ideological values differ so radically from those of the rest of Canada that co-habitation within the same country becomes impossible. Typically, sovereignists have claimed that Quebecers are fundamentally left-leaning and social democrats whereas the rest of Canada is conservative and that this means that the federal government, even when led by the Liberal Party, is necessarily too conservative for Quebecers' taste.

Sovereignists were not the only ones to act on the belief that Québec is a left-leaning stronghold. The federal Liberals and NDP argued, for example during the 2006 English language leaders' debate, that the rest of Canada shares Québec's progressive values and that these parties are the best federalist parties to represent Québec and Canadian values. Many analysts, both inside and outside Québec, predicted in 2004-2005 that the election of a Conservative government in Ottawa would alienate Quebecers and fuel separatism.

In March 2004, when I was a lonely voice talking about the possibility of Conservative successes in Québec, I argued that the Conservative Party should play down the left-right axis in Québec and rather present itself as a decentralist alternative to the Liberals and the Bloc. I pointed out how "the belief that the government in Ottawa cannot be the solution to all our problems and that local and provincial governments are often better suited to the task" could be the glue to bind moderate Québec nationalists and federalists, alienated Westerners and conservatives in Ontario and the Maritimes. It is now accepted that the turning point of the 2006 federal election in Québec was Harper's Québec City speech on open federalism. Chantal Hébert recently added that "[g]iven a choice between a so-called progressive federal government that intervenes in the social policies of the provinces and one that is more conservative and does not, francophone Quebecers, to this day, will pick the latter."

In a 1997 article published in the magazine Next City, Stephen Harper and Tom Flanagan agreed with this analysis. Far from seeing conservatism as a threat to national unity, they wrote that "only a conservative vision that takes government back to its proper role, and thereby concedes to Quebec the space required for its own civil society, can hold the country together for the long term". But they went even further and suggested that many Quebecers are closer to conservative values than is usually thought:

Quebec nationalism, while not in itself a conservative movement, appeals to the kinds of voters who in other provinces support conservative parties. The Bloc Québécois is strongest in rural Quebec, among voters who would not be out of place in Red Deer, except that they speak French rather than English. They are nationalist for much the same reason that Albertans are populist — they care about their local identity and the culture that nourishes it, and they see the federal government as a threat to their way of life.

Paul Wells, with the benefit of hindsight, recently underscored in a Macleans' article the importance of this 1997 article and wrote that many Quebecers are just as tired of high taxes than other Canadians are. Therefore, Harper's gambit, which has worked up to now, "was to speak to Quebecers about the ways they are like the rest of his pan-Canadian voter coalition, not about the esoteric differences. It is inherently a unifying discourse." Wells also pointed to polls showing that a clear majority of Quebecers agree with the Conservative plan to raise the age of sexual consent from 14 to 16 and with Harper's child-care plan, which leads Wells to write that "Harper's on the winning side of public opinion, in a debate that pits him squarely against an elite Quebec consensus."

I had previously pointed out that differences of opinion between Québec and the rest of Canada were often exaggerated and that Quebecers were often quite divided on issues that were supposed to be part of the 'consensus québécois'. I wrote that "the reality is that Quebecers are still divided on these kind of [...] issues and that it is risky to claim that a position or its opposite represents a Québec value". On other issues, such as crime, popular opinion in Québec is diametrically opposed to that of the political and media elite.

The reason for Stephen Harper's rising popularity in Québec is that many Quebecers feel respected by him, not only because of his open federalism, but also because, for a substantial proportion of them, he is giving their values a place that had been denied by Québec's elite. The main casualty of the Conservative breakthrough in 2006, and of other events such as the publication of the manifesto For a clear-eyed vision of Québec, has been the myth of a monolithically social-democrat public opinion in Québec.

UPDATE 13h22: Read also Vincent Geloso.

Alors que les souverainistes québécois sont devenus réticents à mettre de l'avant des arguments identitaires après le discours de Jacques Parizeau sur "l'argent et les votes ethniques" en 1995, deux autres types d'arguments souverainistes ont éventuellement gagné en importance: l'argument économique basé sur le déséquilibre fiscal et l'argument idéologique, qui postule que les valeurs politiques et idéologiques du Québec diffèrent si radicalement de celles du reste du Canada que la cohabitation au sein d'un même pays devient impossible. Les souverainistes ont typiquement affirmé que les Québécois tendent fondamentalement vers la gauche et la social-démocratie alors que le reste du Canada est conservateur et que cela signifie que le gouvernement fédéral, même lorsqu'il est dirigé par le Parti Libéral, est nécessairement trop conservateur au goût des Québécois.

Les souverainistes n'ont pas été les seuls à asseoir leur action sur l'idée que le Québec est un bastion de gauche. Les Libéraux fédéraux et le NPD ont plaidé, par exemple au cours du débat des chefs en anglais de 2006, que le reste du Canada partage les valeurs progressistes du Québec et que ces partis sont donc les meilleurs partis fédéralistes pour représenter les valeurs québécoises et canadiennes. Bien des analystes, au Québec comme hors Québec, ont prédit en 2004-2005 que l'élection d'un gouvernement Conservateur à Ottawa aliènerait les Québécois et nourrirait le séparatisme.

En mars 2004, lorsque j'étais une des rares voix à parler de la possibilité de succès Conservateurs au Québec, j'ai affirmé que le Parti Conservateur devrait relativiser l'axe gauche-droite au Québec et plutôt se présenter comme une alternative décentralisatrice aux Libéraux et au Bloc. J'ai signalé comment "la conviction que le gouvernement à Ottawa ne peut pas être la solution à tous nos problèmes et que les gouvernements locaux et provinciaux sont souvent mieux adaptés à la tâche" pourrait être la colle liant les nationalistes et fédéralistes modérés du Québec, les gens de l'Ouest aliénés ainsi que les conservateurs de l'Ontario et des Maritimes. Il est maintenant reconnu que le point tournant des élections fédérales 2006 au Québec a été le discours de Harper à Québec sur le fédéralisme d'ouverture. Chantal Hébert a récemment ajouté que "s'ils ont à choisir entre un gouvernement fédéral soi-disant progressiste qui intervient dans les politiques sociales des provinces et un qui est plus conservateur mais n'y intervient pas, les Québécois francophones, jusqu'à ce jour, choissisent la deuxième option."

Dans un article publié en 1997 dans le magazine Next City, Stephen Harper et Tom Flanagan étaient d'accord avec cette analyse. Loin de voir le conservatisme comme une menace à l'unité nationale, ils ont écrit que "seule une vision conservatrice qui recentre le gouvernement sur son rôle approprié, et cède ainsi au Québec l'espace requis pour sa propre société civile, peut garder ce pays uni à long terme". Mais ils sont allés encore plus loin et ont suggéré que plusieurs Québécois sont plus près des valeurs conservatrices qu'on le pense:

Le nationalisme québécois, bien qu'il ne soit pas en soi un mouvement conservateur, attire le genre d'électeurs qui, dans les autres provinces, appuient des partis conservateurs. Le Bloc Québécois est à son plus fort dans le Québec des régions, parmi des électeurs qui ne sont pas si différents de ceux de Red Deer si ce n'est qu'ils parlent français plutôt qu'anglais. Ils sont nationalistes pour à peu près les mêmes raisons pour lesquelles les Albertains sont populistes — ils tiennent à leur identité locale et à la culture qui la soutient, et ils voient dans le gouvernement fédéral une menace à leur mode de vie.

Paul Wells, avec le recul de temps, a récemment souligné dans un article de Macleans' l'importance de cet article de 1997 et il a écrit que beaucoup de Québécois sont tout aussi lassés de porter un lourd fardeau fiscal que le sont les autres Canadiens et que le discours de Harper, même lorsqu'il n'est pas spécifiquement conçu pour les Québecois, attire plusieurs d'entre eux. Wells a aussi pointé du doigt des sondages qui montrent qu'une majorité claire de Québécois sont d'accord avec le plan Conservateur de hausser l'âge du consentement sexuel de 14 à 16 ans et avec le plan de Harper sur la garde des enfants, ce qui amène Wells à écrire que "Harper est en train de gagner la bataille de l'opinion publique dans un débat qui le met clairement en opposition au consensus de l'élite québécoise."

J'avais précédemment signalé que les différences d'opinion entre le Québec et le reste du Canada ont souvent été exagérées et que les Québécois sont souvent bien divisés sur les questions qui sont censés faire partie du "consensus québécois". J'ai écrit que "la réalité est que les Québécois restent divisés sur ce genre de questions [...] et qu'il est hasardeux de proclamer qu'une position ou son contraire représente une valeur québécoise.". Sur d'autres enjeux, comme la criminalité, l'opinion populaire au Québec est diamétralement à l'opposé de celle de l'élite politique et médiatique.

La raison de la popularité croissante de Stephen Harper au Québec est que bien des Québécois se sentent respectés par lui, non seulement à cause de son fédéralisme d'ouverture, mais aussi parce que, pour plusieurs d'entre eux, il donne à leurs valeurs une place qui leur avait été refusée par l'élite québécoise. La principale victime faite par la percée Conservatrice en 2006, et par d'autres évènements tels que la publication du manifeste Pour un Québec lucide, a été le mythe d'une opinion publique monolithiquement social-démocrate au Québec.

MISE À JOUR 13h22: Lire aussi Vincent Geloso.

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mai 20, 2006

Gwyn Morgan, Peggy Nash, economic immigrants and refugees

Gwyn Morgan's nomination to the head of the new Public Appointments Commission has been rejected by the House of Commons Committee on Government Operations and Estimates, where members of the opposition form a majority. The opposition used past controversial comments made by Morgan as an excuse to reject his nomination. What surprised me is that, among her list of high crimes against political correctness committed by Morgan, NDP MP Peggy Nash included the fact that he said that "refugees tend to be less qualified than economic immigrants."

Not only is this statement obviously true, but it is a logical consequence of Canada's immigration policy: economic immigrants "are selected for skills or other assets that will contribute to the Canadian economy" whereas refugees do not face such a selection and rather seek asylum in Canada for humanitarian reasons. Economic immigrants will of course tend to be more qualified than immigrants who are not selected for their qualifications, such as refugees.

Empirical data also supports this claim. Statistics Canada, in its Longitudinal Survey of Immigrants to Canada has collected data showing that, compared to refugees, economic immigrants are:

Perhaps Ms. Nash would like to summon Statistics Canada's head in front of her committee to ask him how come he dared to publish such facts...

La nomination de Gwyn Morgan à la tête de la nouvelle Commission des nominations publiques a été rejetée par le Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires de la Chambre des communes, où les députés de l'opposition sont en majorité. L'opposition s'est servi des déclarations controversées faites auparavant par Morgan comme excuse pour rejeter sa nomination. Ce qui m'a surpris est que, dans sa liste de hauts crimes contre la rectitude politique commis par Morgan, la députée Néo-Démocrate Peggy Nash a inclus le fait qu'il ait dit que "les réfugiés [ont] habituellement moins de compétences professionnelles que les immigrants économiques."

Non seulement cette affirmation est-elle évidemment vraie, mais c'est une conséquence logique de la politique canadienne d'immigration: les immigrants économiques "sont sélectionnés en fonction de leur qualification ou d’autres facteurs leur permettant de contribuer à l’économie canadienne" alors que les refugiés ne font pas face à une telle sélection et demandent plutôt l'asile au Canada pour des raisons humanitaires. Les immigrants économiques auront bien sûr tendance à être plus qualifiés que les immigrants qui ne sont pas choisis en fonction de leurs qualifications, tels que les réfugiés.

Des données empiriques soutiennent aussi cette affirmation. Statistique Canada, dans son Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada a recueilli des données qui montrent que, comparativement aux réfugiés, les immigrants économiques ont:

Peut-être que Mme Nash voudrait convoquer le responsable de Statistique Canada devant son comité pour lui demander comment il a pu oser publier de tels faits...

Publié par Laurent à 08:35 PM | Commentaires (2) | TrackBack

mai 17, 2006

Un Québec vert?

Is this the start of a new trend? Journalist Michel C. Auger points out that every successful Québec Premier in the last decades brought forward and clung to a great idea that transcends the federalist/separatist debate: jobs and energy from the North for Robert Bourassa, cleaning up political mores for René Lévesque and fighting the deficit for Lucien Bouchard. Auger then advises PQ leader André Boisclair to take advantage of Harper's and Charest's perceived weaknesses on this issue by taking up the environment as his great idea. Pierre Langlois, a former advisor to Bernard Landry and Pauline Marois, develops a similar argument and thinks the Bloc Québécois should do the same.

This kind of argument rests on the assumption that Quebecers have a strong environmentalist fiber. At first sight, they do have one. As I previously pointed out, a 2000 Macleans poll showed that 85 percent of Quebecers believe that Canada should become a world leader in environmental protection legislation. However, this environmental fiber becomes weaker when economic trade-offs are introduced: the same poll shows that, when asked whether they want Canada to be a country that has the strongest environmental protection legislation in the world or one that has relatively low taxes, 50 percent of Quebecers prefer relatively low taxes compared with 46 percent who would rather have the strongest environmental laws. Interestingly, everywhere else in the rest of Canada, absolute majorities pick strong environmental protection over low taxes. To paraphrase humorist Yvon Deschamps, Quebecers are environmentalists in their heart and capitalists in their wallet.

A concrete example is the issue of gas prices. A sincere environmentalist should cheer high gas prices, since this means that people and organizations will be incentivized to consume less oil. Indeed, from an environmentalist perspective, it makes sense to argue that governments should increase gas taxes in order to drive gas prices even higher. But Quebecers don't think about the positive environmental consequences when gas prices are high; they grumble about the heavier bills they have to pay. Thus, the Bloc Québécois routinely gets all worked up over gas prices and demands federal intervention in order to stop price increases.

What about the Kyoto Protocol? It is easy to imagine that a reason why Quebecers are such strong supporters of the Kyoto Protocol is that they expect other people (read: Albertans and Ontarians) to foot the bill. Despite the fact that Québec is very pro-Kyoto, the government of Québec had until very recently no plan to reduce greenhouse gas emissions in Québec. When the Liberal government of Québec did announce on May 1 that it would go forward on Kyoto with or without Ottawa, the Parti Québécois opposition, as usual, said Québec's efforts could not succeed because of the fiscal imbalance.

In short, every Québec politician (sovereignist or not) that hopes to win by 'greening' his movement will have to separate hype from reality, to not confuse verbal pieties with a real will to make sacrifices, and to design environmental policies that leave Quebecers' wallets alone. This is not an easy order to fulfill.

Est-ce le début d'une nouvelle tendance? Le journaliste Michel C. Auger souligne que tous les Premiers ministres du Québec qui ont eu du succès dans les dernières décennies ont incarné une grande idée qui transcende le débat fédéraliste/séparatiste: l'emploi et l'énergie du Nord pour Robert Bourassa, le nettoyage des moeurs politiques pour René Lévesque et la lutte au déficit pour Lucien Bouchard. Auger conseille donc au chef du PQ André Boisclair de tirer profit de la perception de faiblesse de Harper et Charest dans ce dossier en faisant de l'environnement sa grande idée. Pierre Langlois, un ex-conseiller de Bernard Landry et Pauline Marois, développe un argument semblable et croit que le Bloc Québécois devrait faire de même.

Ce genre d'argument repose sur la prémisse que les Québécois ont une forte fibre environnementale. À première vue, ils en ont effectivement une. Comme je l'ai déjà fait remarquer, un sondage Macleans de 2000 a montré que 85% des Québécois croient que le Canada devrait devenir un leader mondial de la protection de l'environnement. Cependant, cette fibre environnementale s'effrite lorsqu'on introduit des considérations économiques: le même sondage montre que, lorsqu'on leur demande s'ils préfèrent que le Canada soit le pays avec la meilleure protection environnementale ou un pays avec des impôts relativement peu élevés, 50% des Québécois préfèrent les impôts relativement peu élevés comparativement à 46% qui choisiraient plutôt d'avoir les lois environnementales les plus fortes. De manière intéressante, partout ailleurs au Canada, des majorités absolues choisissent une forte protection environnementale plutôt que des impôts peu élevés. Pour paraphraser l'humoriste Yvon Deschamps, les Québécois sont écologistes de coeur et des capitalistes de poche.

Un exemple concret est le dossier des prix de l'essence. Un écologiste sincère devrait applaudir le prix élevé de l'essence, étant donné que cela signifie que les gens et les organisations seront incités à consommer moins d'essence. En effet, d'un point de vue écologiste, il est sensé de plaider que les gouvernements devraient augmenter les taxes sur l'essence afin de faire augmenter encore plus le prix de l'essence. Mais les Québécois ne pensent pas aux retombées positives sur l'environnement lorsque le prix de l'essence est élevé; ils se plaignent des factures salées qu'ils ont à payer. Ainsi, le Bloc Québécois déchire régulièrement sa chemise à propos du prix de l'essence et exige une intervention fédérale afin de faire cesser les hausses de prix.

Qu'en est-il du protocole de Kyoto? Il est facile d'imaginer qu'une raison pour laquelle les Québécois appuient tant le protocole de Kyoto est qu'ils s'attendent à ce que d'autres personnes (lire: les Albertains et les Ontariens) paient la note. Malgré le fait que le Québéc est très pro-Kyoto, le gouvernement du Québec n'avait jusqu'à récemment aucun plan pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec. Lorsque le gouvernement Libéral du Québec a annoncé le 1er mai qu'il irait de l'avant sur Kyoto avec ou sans Ottawa, l'opposition Péquiste, comme d'habitude, a affirmé que les efforts du Québec ne pourraient pas réussir à cause du déséquilibre fiscal.

En bref, tout politicien québécois (souverainiste ou non) qui espère gagner en "verdissant" son mouvement aura à séparer les boniments de la réalité, à ne pas confondre les piétés verbales avec une réelle volonté de faire des sacrifices, et à concevoir des politiques environnementales qui ne touchent pas aux poches des Québécois. Ce n'est pas une commande facile à remplir.

Publié par Laurent à 11:52 PM | Commentaires (0) | TrackBack

mai 12, 2006

Lucien Bouchard annonce son non-retour

Lucien Bouchard has announced today that he will not return to politics, despite a Léger Marketing poll predicting that a Bouchard-Dumont tandem would win power in Québec with more votes than the combined votes of the Parti Québécois and the Liberal Party. Note that Bouchard still remains silent as a fish on the issue of sovereignty, refusing to answer questions on that topic.Lucien Bouchard a annoncé aujourd'hui qu'il ne reviendra pas en politique, malgré un sondage Léger Marketing prédisant qu'un tandem Bouchard-Dumont prendrait le pouvoir au Québec avec plus de votes que le total du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec. Notez que Bouchard reste encore muet comme une carpe sur l'enjeu de la souveraineté, refusant de répondre aux questions sur ce sujet.
Publié par Laurent à 08:26 PM | Commentaires (0) | TrackBack

mai 11, 2006

Le manifeste des souverainistes réalistes

Some sovereignists, among them Jean-Roch Boivin, who advised René Lévesque and Lucien Bouchard, published in Le Devoir a manifesto for a realistic approach toward sovereignty. In this manifesto, they denounce the hardliners who would unilaterally declare independence after a referendum election. But what is more interesting is that they refute sovereignist arguments that rely on international law or natural law. Thus, they point out that for Québec, which is neither a colony nor oppressed, the right to self-determination recognized under international law is a right to internal autonomy within Canada, not a right to secession. They also point out that it is a fallacy to argue that if Québec is a nation, then it should normally be a sovereign state, because there are more cases in the world of nations cohabiting within a same state than of states made of a single nation. Yevgeny M. Primakov, former Russian Foreign Minister and Prime Minister, argued in A World Challenged that if the "one nation, one state" principle was systematically followed, there would soon be 2,500 countries on the face of the Earth.

Thus, using universally applicable arguments based on international or natural law means scaring off a lot of countries, who realize that if these arguments can be used to secede Québec from Canada, then their own regional minorities could use also them. This manifesto dodges this problem by arguing for secession strictly in terms of Canadian law, more precisely the Supreme Court's reference on secession. They believe sovereignists can meet the Court's requirement for a clear majority on a clear question in a referendum and exercise Québec's "constitutional right to secession". But here they cut corners. While the Supreme Court did say that such a referendum result would obligate the federal government and the other provinces to engage into negotiations with Québec, it never said that such negotiations would necessarily result in secession or that there is a right to secession. In fact it said that "[n]o negotiations could be effective if their ultimate outcome, secession, is cast as an absolute legal entitlement based upon an obligation to give effect to that act of secession in the Constitution" and added:

While the negotiators would have to contemplate the possibility of secession, there would be no absolute legal entitlement to it and no assumption that an agreement reconciling all relevant rights and obligations would actually be reached. It is foreseeable that even negotiations carried out in conformity with the underlying constitutional principles could reach an impasse. We need not speculate here as to what would then transpire. Under the Constitution, secession requires that an amendment be negotiated.

A refreshing element in the manifesto is the frank admission that sovereignism is "a project based on ethnicity, in the absence of which there would be no project." Thus, they declare that the main objective of this project is to create a country in which francophones are a majority. This is a more reality-based sovereignist argument than talking about an exclusively civic nationalism, which Stéphane Dion easily rebutted, or about the fiscal imbalance. In short, except for the correction described above, this manifesto is probably indeed the most realist thing that has come out of the sovereignist side in a long time.

UPDATE 2006-05-12: Read also Michel C. Auger.

Quelques souverainistes, dont Jean-Roch Boivin, qui a conseillé René Lévesque et Lucien Bouchard, ont publié dans Le Devoir un manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté. Dans ce manifeste, ils dénoncent les purs et durs qui veulent déclarer unilatéralement l'indépendance après une élection référendaire. Mais ce qui est plus intéressant est qu'ils réfutent les arguments souverainistes qui reposent sur le droit international ou le droit naturel. Ainsi, ils soulignent que pour le Québec, qui n'est ni une colonie ni opprimé, le droit à l'auto-détermination reconnu par le droit international est un droit à l'autonomie interne au sein du Canada, et non un droit à la sécession. Ils soulignent aussi que c'est un sophisme de plaider que si le Québec est une nation, alors il devrait normalement être un État souverain, car on trouve dans le monde plus de cas de nations cohabitant au sein d'un même État que d'États composé d'une seule nation. Evguéni Primakov, ex-ministre des Affaires étrangères et ex-Premier ministre de Russie, a affirmé dans Le monde après le 11 septembre et la guerre en Irak que si le principe "une nation, un État" était systématiquement suivi, il y aurait bientôt 2500 pays sur la face de la Terre.

Ainsi, d'utiliser des arguments universellement applicables basés sur le droit international ou naturel signifie faire peur à beaucoup de pays, qui réalisent que ces arguments peuvent être utilisés par un Québec faisant sécession du Canada, alors leurs propres minorités régionales pourraient aussi s'en servir. Ce manifeste évite ce problème en plaidant pour la sécession strictement selon le droit canadien, plus précisément selon le renvoi de la Cour suprême sur la sécession. Ils croient que les souverainistes peuvent remplir l'exigence de la Cour pour une majorité claire sur une question claire dans un référendum et exercer le "droit constitutionnel à la sécession" du Québec. Mais ils coupent ici les coins ronds. Bien que la Cour suprême ait dit qu'un tel résultat référendaire obligerait le gouvernement fédéral et les autres provinces à amorcer des négociations avec le Québec, elle n'a jamais dit que de telles négociations mèneraient nécessairement à la sécession ou qu'il y a un droit à la sécession. En fait, elle a dit qu'"[i]l n'y a pas de véritables négociations si le résultat recherché, la sécession, est conçu comme un droit absolu résultant d'une obligation constitutionnelle de lui donner effet" et elle a ajouté:

Les négociateurs devraient envisager la possibilité d'une sécession, sans qu'il y ait toutefois de droit absolu à la sécession ni certitude qu'il sera réellement possible de parvenir à un accord conciliant tous les droits et toutes les obligations en jeu. Il est concevable que même des négociations menées en conformité avec les principes constitutionnels fondamentaux aboutissent à une impasse. Nous n'avons pas ici à faire des conjectures sur ce qui surviendrait alors. En vertu de la Constitution, la sécession exige la négociation d'une modification.

Un élément rafraîchissant du manifeste est l'admission franche que le souverainisme est "un projet fondé sur l’ethnicité, sans laquelle il n’y aurait pas de projet." Ainsi, ils déclarent que l'objectif principal de ce projet est de créer un pays dans lequel les francophones sont une majorité. C'est un argument souverainiste plus ancré dans la réalité que de parler d'un nationalisme exclusivement civique, que Stéphane Dion a aisément réfuté, ou du déséquilibre fiscal. En bref, excepté pour la correction décrite ci-dessus, ce manifeste est probablement en effet la chose la plus réaliste qui soit sortie du camp souverainiste depuis longtemps.

MISE À JOUR 2006-05-12: Lire aussi Michel C. Auger.

Publié par Laurent à 11:00 PM | Commentaires (5) | TrackBack

mai 10, 2006

Taxer mieux

All taxes are (sometimes necessary) evils. But some taxes are lesser evils than others. A 2004 study by Québec's Ministère des Finances shows that different taxes have different impacts on the economy. This study thus shows that each dollar of provincial tax cuts would induce a short-term GDP increase of between 29 cents and 72 cents and a long-term GDP increase of between 54 cents and $1.21 depending on the specific tax that is cut:
 GDP increase per 1$ tax cut
 Short-termLong-term
Capital tax0.721.21
Personal income tax0.550.74
Payroll tax0.410.66
Corporate income tax0.290.62
Sales tax0.440.54

The federal Department of Finance has also undertaken a similar study in 2004, showing that each dollar of tax cut induce long-term gains in economic well-being that vary from 10 cents to $1.30 depending on the tax that is cut:

 GDP increase per $1 tax cut
Sales tax on capital goods1.30
Personal capital income tax1.30
Capital tax0.90
Corporate income tax0.40
Average personal income tax0.30
Wage tax0.20
Consumption tax0.10

There are two main observations to be made from this data. The first is that taxes that discourage investment (such as sales taxes on capital goods, capital income taxes and capital taxes) are particularly harmful for the economy. The second is that both studies find that there is a differential impact of 20 cents between levying one dollar with a personal income tax and one dollar with a consumption tax. In other words, the economy gains 20 cents for each tax dollar that is shifted from personal income to consumption, following a suggestion from the manifesto For a clear-eyed vision of Québec. In short, two tax cuts, which are of an equal amount from an accouting point of view, might be largely different in their economic impacts, and a revenue-neutral tax reform might have a significant impact on the economy.

Toutes les taxes sont des maux (parfois nécessaires). Mais certaines taxes sont des maux moindres que d'autres. Une étude de 2004 par le ministère des Finances du Québec montre que les différentes taxes ont des impacts différents sur l'économie. L'étude montre ainsi que chaque dollar en réduction de taxe provinciale induirait une augmentation à court terme du PIB d'entre 29 cents et 72 cents et une augmentation à long terme du PIB d'entre 54 cents et 1,30$ selon la taxe spécifique qui subit la baisse:

 Hausse du PIB par 1$ de réduction de taxe
 Court termeLong terme
Taxe sur le capital0,721,21
Impôt sur le revenu des particuliers0,550,74
Taxe sur la masse salariale0,410,66
Impôt sur le revenu des sociétés0,290,62
Taxe de vente0,440,54

Le ministère fédéral des Finances a aussi fait une étude similaire en 2004, montrant que chaque dollar de réduction de taxe induit des gains à long terme en bien-être économique qui varient de 10 cents à 1,30$ selon la taxe qui subit la baisse:

 Hausse du PIB par 1$ de réduction de taxe
Taxe de vente sur les biens d'équipement1,30
Impôt sur les gains en capital des particuliers1,30
Impôts sur le capital0,90
Impôts sur les bénéfices des sociétés0,40
Moyenne de l'impôt sur le revenu des particuliers0,30
Impôts sur les salaires0,20
Taxe à la consommation0,10

Il y a deux observations principales à faire à partir de ces données. La première est que les taxes qui découragent l'investissement (telles que la taxe de vente sur les biens d'équipement ainsi que les impôts sur les gains en capital et sur le capital) sont particulièrement dommageables pour l'économie. La deuxième est que les deux études trouvent qu'il y a un impact différentiel de 20 cents entre lever un dollar d'impôt sur le revenu personnel et un dollar de taxe à la consommation. En d'autres mots, l'économie gagne 20 cents pour chaque dollar de taxe qui est transféré du revenu personnel à la consommation, suivant une suggestion du manifeste Pour un Québec lucide. En bref, deux réductions de taxe, qui sont d'un montant égal d'un point de vue comptable, peuvent avoir des effets bien différents d'un point de vue économique, et une réforme de la fiscalité sans effets sur les recettes pourrait avoir un impact significatif sur l'économie.

Publié par Laurent à 11:49 AM

mai 08, 2006

"La Grande Garderie: perspectives pour une Renaissance nationale"

There has been little activity on this blog lately because I was busy doing some time travel. I brought you back an excerpt of the Parti Québécois Solidaire's 2020 program for a Great Nursery:Ce blogue a été peu actif dernièrement car j'étais occupé à voyager dans le temps. Je vous ramène un extrait du programme de 2020 du Parti Québécois Solidaire pour une Grande Garderie:
La Grande Garderie: perspectives pour une Renaissance nationale

Depuis son émancipation de l'impénétrable noirceur d'un autrefois indicible, la Belle Province s'est démarquée de par la rapide et progressive unification des diverses composantes de ce qui allait éventuellement devenir son système bibliothécaire. Ce processus, ayant glorieusement culminé dans l'inauguration de notre très Grande Bibliothèque, est sans l'ombre d'un doute celui qui a primordialement marqué l'accession du Québec moderne à la maturité intellectuelle. Rien, excepté peut-être la cybernétisation du Lac-Saint-Jean, ne symbolise et ne concrétise aussi excellemment le parachèvement de l'évolution techno-intellectuelle de la Nation.

Émanant du constat selon lequel s'est récemment achevée l'évolution intellectuelle du Québec moderne, la thématique de ce programme s'inscrit dans la volonté de prolonger notre longue marche vers l'encore mieux. Avant qu'advienne la société gériatrique, il est encore temps pour le Québec de poser un autre jalon, de marteler une dernière brique, de faucher le blé d'un ultime printemps, de laisser sur l'Histoire une énième marque. Si notre histoire intellectuelle est maintenant achevée, il est maintenant l'heure d'accomplir ce que dessinent pour nous nos tendances bio-institutionnelles les plus vivaces, il est maintenant temps de faire vers l'avant un autre grand bond.

Tout en regroupant sous une tutelle unique la crème de l'expertise chercheusement socio-psycho-interventionniste du Québec, l'indispensable instauration d'une très Grande Garderie permettra d'unifier les diverses listes d'attente, d'assurer l'égalité totale des traitements offerts, de terminaliser l'homogénéisation scientifique des méthodes de par lesquelles l'on encadre les périodes de jeu, de simplifier les négociations syndicales à travers l'instauration d'une structure collaborative tripartite, et de protéger la diversité culturelle nationale en s'assurant d'inculquer systématiquement en chaque bambin des valeurs qui le distingueront de celles des bambins de l'extérieur. De plus, étant donné la nécessité de rapatrier hebdomadairement les poupons régionaux en leurs zones natales, le projet, en suscitant la régénération du système national de transport, aura sur le terroir des retombées économiques signifiantes. [...]

Publié par Laurent à 09:52 PM