février 27, 2005

Away

I will be absent until Wednesday. Meanwhile, you can read the Shotgun where there's new stuff about abortion and gays.Je serai absent jusqu'à mercredi. Pendant ce temps, allez voir au Shotgun où il y a du nouveau à propos de l'avortement et des gais.
Publié par Laurent à 07:44 PM

John Manley dans un champ de mines

John Manley jumps into a minefield with both feet and claims that it is time for the Liberal Party to choose a leader that is not from Québec, after Quebecers have led the Liberal Party of Canada for 31 of the last 37 years. This outburst from Manley is in substance a more refined version of the infamous "no more Québec leaders" Reform Party ad shown during the 1997 federal elections.

Verstehen and La sphère des idées J.H. claim that, if the Liberals and the Conservatives are both led by an anglophone leader from outside Québec, then "it won't be long before francophones from Québec feel excluded from the rest of Canada" and "the sovereignty question is merely a matter of time." On the other hand, Tout le monde en parle brings nuance to these claims and points out that, even if you share an ethnic origin with a politician, you will not necessarily like his policies and, even if your ethnic origin differs from a politician's, you will not necessarily dislike his policies.

I do not think it is possible to completely abstract away the irrational, or even mildly tribalist, inclination of a sizeable portion of the population, both inside and outside Québec, to want a Prime Minister "like us." If we look at the ethnocultural characteristics of the successful Canadian prime ministers of the last 40 years, we realize that most of them are somehow both English Canadian and French Canadian and can thus satisfy simultaneously in the two solitudes the need to have a leader "like us."

The problem is that the path to the political summit becomes very narrow and that this situation can lead to tensions, as is illustrated by Preston Manning's and John Manley's broadsides. This is why it is dangerous to concentrate so much prestige and power in a single office that can be occupied by only one man at a time. To make the office of Deputy Prime Minister of Canada similar in principle to the office of Vice-President of the United States would instantly double the number of seats at the summit and would allow a wider selection of Canadians to reach the summit on a regular basis. Moreover, to instate a constitutional monarchy that would be really Canadian would give us an institution, a family, specifically assigned to the task of personifying the nation while the Prime Minister and Deputy Prime Minister would be chosen by voters on criteria having more to do with their talent and ideology and less to do with the symbolics of their origins.

UPDATE 2005-03-02: Also read Amateur Extraordinaire here and here.

John Manley saute à pieds joints dans un champ de mines et affirme qu'il est temps pour le Parti Libéral de se choisir un chef non-Québécois, après que des Québécois aient dirigé le PLC pendant 31 des 37 dernières années. Cette sortie de Manley est dans le fond une version plus raffinée de l'infâme publicité "no more Québec leaders" du Parti Réformiste durant les élections fédérales de 1997.

Verstehen et La sphère des idées J.H. affirment que, si les Libéraux et les Conservateurs sont tous deux menés par un chef anglophone de l'extérieur du Québec, alors "cela ne sera pas long avant que les francophones du Québec se sentent exclus du reste du Canada" et "la question de la souveraineté n'est qu'une question de temps." De son côté, Tout le monde en parle nuance ces propos et rappelle que ce n'est pas parce que vous partagez l'origine ethnique d'un politicien que vous apprécierez nécessairement ses politiques et que ce n'est pas parce que votre origine ethnique diffère de celle d'un politicien que ses politiques vous déplaîront nécessairement.

Je ne crois pas qu'il soit possible de faire complètement abstraction du penchant irrationnel, voire légèrement tribaliste, qu'a une bonne partie de la population, autant au Québec qu'à l'extérieur, de vouloir un premier ministre "comme nous." Si on regarde les caractéristiques ethnoculturelles des premiers ministres canadiens qui ont eu du succès dans les 40 dernières années, on se rend compte que la plupart d'entre eux sont en quelque sorte à la fois Canadien anglais et Canadien français et peuvent donc satisfaire simultanément dans les deux solitudes ce besoin d'avoir un chef "comme nous."

Le problème est que le chemin vers le sommet politique devient très étroit et que cette situation peut mener à des tensions, comme les sorties de Preston Manning et de John Manley le démontrent. C'est pourquoi il est dangereux de concentrer tant de prestige et de pouvoir dans un seul poste qui peut être occupé par un seul homme à la fois. De rendre le poste de Vice-premier ministre du Canada similaire au poste de Vice-président des États-Unis permettrait de doubler instantanément le nombre de postes au sommet et de permettre à un éventail plus large de Canadiens d'accéder au sommet sur une base régulière. De plus, de se doter d'une monarchie constitutionnelle véritablement canadienne nous permettrait d'avoir une institution, une famille, spécifiquement assignée à la tâche de personifier la nation alors que le Premier ministre et le Vice-premier ministre seraient choisis par les électeurs sur des critères ayant plus à voir avec leur talent et leur idéologie et moins à voir avec la symbolique de leurs origines.

MISE À JOUR 2005-03-02: Lire aussi Amateur Extraordinaire ici et ici.

Publié par Laurent à 07:02 PM

février 26, 2005

Wal-Mart et les Québécois

Amateur Extraordinaire has a good summary of the fallout of the closing down of Jonquière's Wal-Mart. He also makes ironic comments about "Bernard Landry who called for a boycott by saying he would never set foot in a Wal Mart again – strong words from a man who", like his fellow chardonnay socialists, "has never had to do so in the first place."

However, I must disagree when he claims that Quebecers could cease to do business with Wal-Mart because of their social-democratic values. Even though denouncing "Wal-Marde" has become almost ritualistic in Québec, this seems to me to be one of those situations for which the expression "all talk, no walk" was invented. Humorist Yvon Deschamps famously pointed out that Quebecers are "socialists at heart and capitalists in the wallet." Those who went to Wal-Mart because of its low prices and great selection will not let flowery phrases distract them from these practical considerations. We even learned after the closing down of Jonquière's Wal-Mart that three municipalities in the Saguenay-Lac-Saint-Jean region were courting Wal-Mart to get a new Wal-Mart store! (Wal-Mart ultimately abandoned this project.)

In the same vein, I read last month in the readers' mail section of the Métro journal a revealing letter from a SAQ striker. The humorist group les Zapartistes and the musical group les Cowboys Fringants are both well known for their left-wing militantcy and do not shy from promoting left-wing causes during their shows. In his letter, the SAQ striker was shocked that a Zapartistes member as well as a Cowboys Fringants member had crossed in front of him a picket line at the SAQ. This striker also reported that this Comboys Fringants member told the strikers that they were "spoiled" and that they were "taking the population hostage." Sounds to my ears like a future ADQ member.

UPDATE 2005-02-27: Also read Tout le monde en parle.

Amateur Extraordinaire a un bon résumé des retombées de la fermeture du Wal-Mart de Jonquière. Il ironise aussi à propos de "Bernard Landry qui a lancé un appel au boycott en disant qu'il ne remettrait plus les pieds dans un Wal-Mart – de fortes paroles d’un homme qui", comme le reste de la gauche caviar, "n’a jamais eu besoin de franchir ses portes en premier lieu."

Cependant, je dois afficher mon désaccord lorsqu'il affirme que les Québécois pourraient cesser de faire affaire avec Wal-Mart en raison de leurs valeurs social-démocrates. Bien qu'il soit devenu presque rituel de dénoncer "Wal-Marde" au Québec, ça me semble être une des situations pour lesquelles l'expression "grands parleurs, petits faiseurs" a été inventée. L'humoriste Yvon Deschamps a fameusement souligné que les Québecois sont "des socialistes de coeur et des capitalistes de poche." Ceux qui allaient chez Wal-Mart en raison de ses bas prix et de sa grande sélection ne laisseront pas de belles phrases les détourner de ces considérations pratiques. On apprenait même après la fermeture du Wal-Mart de Jonquière que trois municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean courtisaient Wal-Mart pour qu'elle y ouvre un nouveau magasin! (Wal-Mart a finalement abandonné ce projet.)

Dans le même registre, j'ai lu le mois passé dans le courrier des lecteurs du journal Métro une lettre révélatrice d'un gréviste de la SAQ. Le groupe d'humoristes les Zapartistes et le groupe musical les Cowboys Fringants sont tous deux bien connus pour leur engagement de gauche et ils ne se gênent pas pour faire la promotion des causes de gauche durant leurs spectacles. Dans sa lettre, le gréviste de la SAQ était scandalisé de ce qu'un membre des Zapartistes ainsi qu'un membre des Cowboys Fringants aient franchi devant lui la ligne de piquetage à la SAQ. Ce gréviste a aussi rapporté que le membre en question des Comboys Fringants aurait dit aux grévistes qu'ils étaient "gâtés" et qu'ils "prennent la population en otage." Ça sonne à mes oreilles comme un futur membre de l'ADQ.

MISE À JOUR 2005-02-27: Lire aussi Tout le monde en parle.

Publié par Laurent à 01:21 PM

février 24, 2005

Pendant ce temps...

I'm now in a busy period. However, you may find the following articles to be interesting:Je suis présentement dans une période occupée. Cependant, vous pourriez trouver intéressant les articles suivants:

Gods of the Copybook Headings: Quebec Declares Health Care Independence
Tout le monde en parle: Budget 2005-2006
Mark Steyn: The Power behind the thrones

Publié par Laurent à 06:44 PM

février 21, 2005

Why no one actually talks about same-sex marriage

In one corner, we have Paul Wells, who chides Paul Martin for being unable to say anything good about having gays and lesbians marry one another with the sanction of Parliament and for exclusively relying on legalistic arguments based on the Charter to support the legalization of same-sex marriage.

In the other corner, we have Paul Tuns, who chides Stephen Harper for not explaining clearly enough why same-sex marriage is bad and for instead legalistically arguing that the Supreme Court would not strike down a statute affirming traditional marriage or that same-sex marriage is not a fundamental human right.

Why do Martin and Harper seem so reluctant to actually discuss same-sex marriage? Part of the answer is that they are in fact tackling broader issues: the proper balance between the judicial and the legislative branch in a liberal democracy, as well as the balance between constitutionalism and democracy. The other part of the answer is that they risk alienating key constituencies if they actually begin to address the substantive nature of gay marriage.

Members of ethnic communities have traditionally solidly supported the Liberals and are on average quite socially conservative. If Paul Martin began to praise gay marrige as a substantive good, instead of merely defending it as a right, these voters might balk at supporting the Liberals. By making this an issue of rights and focusing on the Charter, Martin is able to tell these voters, who are themselves in a minority situation within society, that even though they may disagree with the substantive aspirations and actions of homosexuals, they can still agree with the procedural framework that secures the rights of individuals and minorities. Stephen Harper's strategy is driven by similar considerations. If he can convince ethnic minorities that comparing their rights to a gay marriage right is like comparing apples to oranges, if he can convince them that gays can be denied marriage without setting aside constitutional guarantees of individual rights (i.e. without invoking the notwithstanding clause), then Harper might stand a good chance of getting socially conservative voters from ethnic minority backgrounds to switch from the Liberals to the Conservatives.

Why doesn't Harper simply try to directly convince people that same-sex marriage is substantively bad? Because he'll run into trouble with the "fiscally conservative but socially liberal" wing of his party and particularly with the libertarian wing of the Conservative Party. Most libertarians are philosophically close to the theory of government found in Frédéric Bastiat's essay "The Law", written in 1850. According to Bastiat, the only legitimate function of government is to protect each person's right to life, liberty and property. Individuals should be free to pursue whatever substantive goal they seek, to the extent that these respect other people's right to life, liberty and property. The idea that the State should step outside this procedural framework and that it should favor one substantive good over another is viewed with suspicion. There are already libertarians, particularly the kind of libertarian that places little faith in democracy and much faith in constitutionalism, who are uncomfortable with Harper's legalistic arguments against the necessity of legalizing same-sex marriage and with the substantively equal though symbolically separate institution that civil unions for gays would be. If Harper went beyond moderate social conservatism, started to argue that the State should discourage homosexual relationships or proposed that gays be denied both civil unions and marriage, most libertarians would then find themselves alienated from the Conservative Party.

Dans le coin gauche, nous avons Paul Wells, qui critique Paul Martin parce qu'il est incapable de dire quoi que ce soit de positif quant au fait que des gais et des lesbiennes vont se marier avec la sanction du Parlement et parce qu'il utilise exclusivement des arguments légalistes fondés sur la Charte pour appuyer la légalisation des mariages de même sexe.

Dans le coin droit, nous avons Paul Tuns, qui critique Stephen Harper parce qu'il n'explique pas clairement pourquoi les mariages de même sexe sont mauvais et parce qu'il utilise plutôt des arguments légalistes comme quoi la Cour suprême n'annulerait pas une loi affirmant le caractère traditionnel du mariage et que les mariages de même sexe ne sont pas un droit humain fondamental.

Pourquoi Martin et Harper semblent si réticents à vraiment discuter des mariages de même sexe? Une partie de la réponse est qu'ils s'attardent en fait à des questions plus larges: le juste équilibre entre la branche judiciaire et la branche législative dans une démocratie libérale, ainsi que le juste équilibre entre le constitutionalisme et la démocratie. L'autre partie de la réponse est qu'ils risquent d'aliéner des clientèles clé si ils abordent vraiment la nature substantive du mariage gai.

Les membres des communautés ethniques ont traditionnellement solidement appuyé les Libéraux et sont en moyenne plutôt conservateurs au plan social. Si Paul Martin se mettait à louanger le mariage gai en tant que bien substantif, aulieu de simplement le défendre en tant que droit, ces électeurs pourraient devenir réticents à appuyer les Libéraux. En en faisant une question de droits et en se concentrant sur la Charte, Martin peut dire à ces électeurs, qui vivent eux-mêmes une situation de minorité en société, que bien qu'ils peuvent être en désaccord aves les aspirations et actions substantives des homosexuels, ils peuvent quand même être en accord avec le cadre procédural qui protège les droits des individus et des minorités. La stratégie de Stephen Harper est guidée par des considérations similaires. Si il peut convaincre les minorités ethniques que de comparer leurs droits à un droit au mariage gai est comme comparer des pommes et des oranges, si il peut les convaincre que le mariage peut rester inaccessible aux gais sans qu'il soit nécessaire de contourner les garanties constitutionnelles de droits individuels (i.e. sans invoquer la clause nonobstant), alors Harper pourrait avoir de bonnes chances de convaincre les électeurs socio-conservateurs issus de minorités ethniques de quitter les Libéraux pour les Conservateurs.

Pourquoi Harper ne tente-t-il pas de directement convaincre les gens que les mariages de même sexe sont substantiellement mauvais? Parce qu'il aurait des problèmes avec l'aile "fiscalement conservatrice mais socialiement libérale" de son parti et particulièrement l'aile libertarienne du Parti Conservateur. La plupart des libertariens sont philosophiquement près de la théorie de gouvernement qu'on trouve dans l'essai "La Loi" écrit par Frédéric Bastiat en 1850. Selon Bastiat, la seule fonction légitime du gouvernement est de protéger le droit de chaque personne à la vie, à la liberté et à la propriété. Les individus doivent être libres de poursuivre n'importe quel but souhaité, dans la mesure où celui-ci respecte les droits des autres personnes à la vie, à la liberté et à la propriété. L'idée selon laquelle l'État devrait s'écarter de ce cadre procédural et devrait favoriser un bien substantif plutôt qu'un autre est vue avec suspicion. Il y a déjà des libertariens, particulièrement le genre de libertarien qui a peu confiance en la démocratie et beaucoup de confiance envers le constitutionalisme, qui sont inconfortables avec les arguments légalistes de Harper contre la nécessité de légaliser le mariage gai et avec l'institution substantiellement égale bien que symboliquement séparée que seraient les unions civiles pour les gais. Si Harper allait au-delà d'un conservatisme social modéré, commençait à dire que l'État devrait décourager les relations homosexuelles ou proposait que les gais ne puissent accéder ni à une union civile ni à un mariage, la plupart des libertariens se trouveraient alors aliénés du Parti Conservateur.

Publié par Laurent à 07:56 PM

février 20, 2005

Bob Rae makes sense

Former NDP Ontario Premier Bob Rae has released a report on higher education and it makes sense. See also Andrew Coyne's column.L'ex-premier ministre NPD de l'Ontario Bob Rae vient de sortir un rapport sur l'éducation supérieure et il est plein de bon sens. Voir aussi la chronique d'Andrew Coyne.
Publié par Laurent à 03:02 PM

février 18, 2005

Un nouveau départ pour le gouvernement Charest?

Jean Charest has just made a major cabinet shuffle. After a false start in the beginning of its term, it remains to be seen whether the Charest government can put itself back on track.

The most important change took place in the Finance portfolio: Michel Audet will replace Yves Séguin. Most analysts say that Audet is more "right-wing" than Séguin, who presented in 2004 what he described in his own words as "a social democratic budget." The tabling of the budget is coming soon and it will be interesting to see whether the next budget will contain more cuts in taxes and in government spending than the last one.

UPDATE 23h25: I also talk about it on the Shotgun.

UPDATE 2005-02-19: See also Tout le monde en parle.

Jean Charest vient de procéder à un important remaniement ministériel. Après un faux départ dans le début de son mandat, il reste à voir si le gouvernement Charest peut se remettre sur les rails.

Le changement le plus important a eu lieu au ministère des Finances: Michel Audet succède à Yves Séguin. La plupart des analystes disent qu'Audet est plus "à droite" que Séguin, qui a présenté en 2004 ce qu'il a décrit dans ses propres mots comme "un budget social-démocrate." Le dépôt du budget approche et il sera intéressant de voir si le prochain budget comprendra plus de baisses d'impôts et de coupures dans les dépenses gouvernementales que le précédent.

MISE À JOUR 23h25: J'en parle aussi sur le Shotgun.

MISE À JOUR 2005-02-19: Voir aussi Tout le monde en parle.

Publié par Laurent à 09:04 PM

février 16, 2005

Nouveau blog

I've added a new Québec blog to my blogroll: Amateur Extraordinaire. I know this sounds like the name of a porn site, but it is in fact a bilingual and very informative blog whose style is closer to a journalistic style than to an op-ed. Check it out.J'ai ajouté un nouveau blog québécois à mon blogroll: Amateur Extraordinaire. Je sais que ça sonne comme le nom d'un site porno, mais c'est en fait un blog bilingue et très informatif, dont le style s'apparente plus à celui du journaliste que de l'éditorialiste. Allez-y faire un tour.
Publié par Laurent à 09:33 PM

More on religion and elections

Following up on my post on the religious affiliation of Canadian prime ministers, I've put online some data on the religous affiliation of the winner and loser of each federal election.

Some observations:

  • From 1867 to 1965, 16 out of 27 elections (59%) pitted two Protestants against one another. There has no been no such election since.
  • Before the 1960s, Protestant candidates held their own against Catholic candidates. In 11 elections between 1891 and 1957 featuring a Protestant and a Catholic, the Protestant won 5 elections while the Catholic won 6. In 7 elections since 1968 pitting a Catholic versus a Protestant, the Catholic candidate won all 7.
  • The first election to be contested between two Catholic candidates took place in 1979. Since 1968, 4 elections out of 11 (36%) were fought between two Catholic candidates.
Pour faire suite à mon billet sur l'appartenance religieuse des premier ministres canadiens, j'ai mis en ligne quelques données sur l'appartenance religieuse du gagnant et du perdant de chaque élection fédérale.

Quelques observations:

  • De 1867 à 1965, 16 élections sur 27 (59%) ont vu un protestant en affronter un autre. Il n'y a eu aucune élection similaire depuis.
  • Avant les années 1960, les candidats protestants tenaient leur bout face aux candidats catholiques. Sur 11 élections entre 1891 et 1957 où un protestant a affronté un catholique, le protestant a gagné 5 élections et le catholique en a gagné 6. Sur 7 élections depuis 1968 où un catholique a fait face à un protestant, le candidat catholique a gagné les 7.
  • La première élection à opposer deux candidats catholiques a eu lieu en 1979. Depuis 1968, 4 élections sur 11 (36%) se sont déroulées entre deux candidats catholiques.
Publié par Laurent à 08:20 PM

février 15, 2005

A tale of two Kinsellas

Warren Kinsella, former political aide to Prime Minister Jean Chrétien, lately got into fights with National Post columnist Andrew Coyne, former Prime Minister Brian Mulroney's chief of staff Norman Spector and Maclean's columnist Paul Wells. The National Post reported that on St. Valentine's Day Warren Kinsella graciously proposed an armistice to Coyne, Spector and Wells, though Kinsella's original words were much less gracious.

In other news, Stephan Kinsella, a libertarian contributor to LewRockwell.com and the Mises Institute, got into a brawl with Tom G. Palmer, a Senior Fellow at the Cato Institute. In fact, Stephan Kinsella regularly posts to a blog entirely dedicated to the bashing of Tom G. Palmer.

You'd better keep an eye on people whose last name is Kinsella. They seem to be a pugnacious type.

UPDATE 2005-02-18: Warren Kinsella's real original words are even worse.

Publié par Laurent à 08:13 PM

février 13, 2005

He's back

Andrew Coyne is back and he's kicking Warren Kinsella's ass.

Publié par Laurent à 10:49 AM

février 12, 2005

Subventionnons le Wal-Mart de Jonquière!

Wal-Mart announced that its unionized Jonquière store will be shut down. Why not do what it usually done in the modèle québécois when a company announces it plans to shut down its installations? There needs to be a recovery plan. The government of Québec could give generous subsidies and special tax credits to Jonquière's Wal-Mart. The city of Jonquière could grant Wal-Mart a municipal tax holiday for the coming decade. The Société générale de financement and the Solidarity Fund QFL could provide millions in additional investments. Of course, this probably would be neither fair to other taxpayers nor a wise use of public funds, but everything is A-OK as long as it is done in order to save jobs.Wal-Mart annonce que sa succursale syndiquée de Jonquière va fermer ses portes. Pourquoi ne pas faire ce qu'on fait habituellement dans le modèle québécois lorsqu'une entreprise annonce qu'elle prévoit fermer ses installations? Il faut un projet de relance. Le gouvernement du Québec pourrait verser de généreuses subventions au Wal-Mart de Jonquière et lui donner des crédits d'impôts spéciaux. La ville de Jonquière pourrait lui donner un congé de taxes municipales pour les 10 prochaines années. La Société générale de financement et le Fonds de solidarité FTQ pourraient fournir des millions supplémentaires en investissements. Bien sûr, ce ne serait probablement ni équitable pour les autres payeurs de taxes ni un usage judicieux des fonds publics, mais tout est permis tant que c'est fait pour sauver des emplois.
Publié par Laurent à 12:25 PM

février 10, 2005

Fédéraliste == Libéral?

I found the following excerpt from Jean Chrétien's opening statement to the Gomery Commission to be very interesting (Jay Currie zeroes in the relevant part):
The sponsorship program was not partisan. It was not about the Liberal Party. It was about promoting the visibility of Canada in Québec. A conventional wisdom has nonetheless been created about "Liberal friendly" advertising agencies. We have to be very careful about labels. In Québec, there are basically two types of advertising agencies - those who are "separatist friendly" and those who are "federalist friendly". Federalist friendly agencies tended to support the Conservatives when they were in power and the Liberals when they were in power. I do hope the Government of Canada used "federalist friendly" agencies to promote the visibility of Canada in Québec, not because the agencies contributed to the Liberal Party until we abolished corporate contributions, but because the only alternative in practical terms was to use "separatist friendly" agencies.

I don't want to defend Chrétien, but I have to say that automotically associating support for federalism with support for the Liberal Party of Canada is quite common in Québec. In fact, sovereignists are especially prone to it. Particularly in the last year, it wasn't rare for sovereignists to answer my criticisms of the Parti Québécois, the Bloc Québécois or the sovereignist movement by asking me how I could support a corrupt Liberal regime in Ottawa. Good question, except I didn't.

J'ai trouvé que l'extrait suivant de la déclaration liminaire de Jean Chrétien devant la commission Gomery était très intéressant (Jay Currie se concentre sur la partie qui nous intéresse):

Le programme des commandites n'était pas un programme partisan. Il ne s'agissait pas d'aider le Parti libéral. Il s'agissait d'accroître la visibilité du Canada au Québec. On en est venu cependant à faire croire, comme si c'était vérité d'évangile, que des agences de publicité étaient «proches du Parti libéral». Il faut se défier de telles étiquettes. Au Québec, il existe essentiellement deux types d'agences de publicité : celles qui sont "proches des séparatistes" et celles qui sont "proches des fédéralistes". Les agences proches des fédéralistes avaient tendance à soutenir les conservateurs lorsqu'ils étaient au pouvoir et les libéraux lorsque ceux-ci étaient au pouvoir. J'espère bien que le gouvernement du Canada a eu recours à des agences "proches des fédéralistes" pour hausser la visibilité du Canada au Québec, non pas parce que ces agences ont versé des fonds au Parti libéral jusqu'au jour où nous avons interdit les contributions des entreprises mais parce que la seule alternative sur le plan pratique eût été d'avoir recours à des agences "proches des séparatistes".

Je ne voudrais pas défendre Chrétien, mais je dois dire que d'automatiquement associer un appui au fédéralisme avec un appui au Parti Libéral du Canada est plutôt courant au Québec. En fait, les souverainistes ont spécialement tendance à le faire. Particulièrement durant la dernière année, il n'était pas rare que des souverainistes répondent à mes critiques vis-à-vis le Parti Québécois, le Bloc Québécois ou le mouvement souverainiste en me demandant comment je pouvais appuyer un régime Libéral corrompu à Ottawa. Bonne question, excepté que je ne l'appuyais pas.

Publié par Laurent à 08:51 PM

février 09, 2005

French Canadian demographics and the national question

From 1791 to the rebellions of 1837-38, politics in Lower Canada (precursor to the current province of Québec) were sharply split along ethnic lines. French Canadians, then called Canadiens, rallied around what was at first called the Parti Canadien and later the Parti Patriote while the British supported the Tory Party, which was also tellingly called the British Party or English Party and which backed the governor and executive council appointed by Great Britain. Such a situation led Lord Durham to famously report in 1839 that he found in Lower Canada "two nations warring in the bosom of a single state" and a "deadly animosity that now separates the inhabitants of Lower Canada into the hostile divisions of French and English." As is well known, Durham's solution was to unite Lower and Upper Canada (which would be respectively called Canada East and Canada West after the union) in order to ensure the predominance of the English, and French Canadians have been a political minority ever since.

This raises two questions: how come English and French were not sharply split in the new united province as they had been in Lower Canada and why did French Canadians accept to cooperate with the new regime, participating in its elections and government and even going so far as to support its enlargment with Confederation? The answer to the first question comes from observing that mostly English Upper Canada had known before the union a political struggle similar to Lower Canada's. Whereas Lower Canada was divided between Canadien agrarian populists who dominated the House of Assembly and a British commercial elite which clustered around the Governor, Upper Canada was also divided between a party of agrarian populists and the party of a pro-Governor and pro-Britain commercial elite. This situation led to rebellions in Upper Canada in 1837 just like it did in Lower Canada. The English population of the United Province of Canada did not form a political monolith for the simple reason that Upper Canada's English population had never been politically monolithic.

Louis-Hippolyte Lafontaine realized that, even though the Union Act of 1840 had put the French Canadians in a minority situation, the French Canadians could still hold their ground by taking advantage of the factionalization of Canada's English population. But this could never happen if the French Canadians were as divided as the English population was. While the alliance of Lafontaine with Robert Baldwin's Reformers has been much celebrated, comparatively little attention has been given to the emphasis Lafontaine put on French Canadian political unity:

[U]nity must absolutely be preserved. "What our countrymen must fear most in the present circumstances and at all times," he announced as the heading for his programme for 1844, "is division. One cannot be too strongly persuaded of the great truth that union is strength. Let this word be, particularly at this moment, our rallying cry." All must accept their mutual responsibility, and the "traitors" and "vendus" were those intent on dividing French Canadians. [...] This theme, that la survivance could be achieved only by the united effort of all French Canadians voting together, has, of course, remained almost a cardinal tenet of Quebec nationalist ideology ever since.

It might seem strange to see Lafontaine associated with "Québec nationalist ideology", or to read Gérard Filteau hailing the rise of Lafontaine as "the victory of [French Canadian] nationalism" in his 1937 Histoire des patriotes, since Lafontaine is so often touted as a federalist icon. But the truth is that Lafontaine, and his federalist successors from Québec, succeeded not by abandoning French Canadian nationalism but rather by ensuring that this nationalism could be compatible first with an union with Upper Canada and then with Confederation. If Lafontaine had failed to do so, French Canadians would probably have formed a perpetual opposition bloc within United Canada and would have endlessly clamored for the abrogation of the union. As it really happened, Lafontaine was able to use his position to roll back the anti-French thrust of the Union Act during the 1840s: the electoral map of Canada East was redrawn to diminish the underrepresentation of French districts, the capital was transferred from Kingston to Montréal, French was restored as an official language in the legislature and in the courts and many francophones were appointed to the civil service. Finally, the powers of the Governor were limited through the introduction of responsible government.

Lafontaine's strategy proved to be flexible and able of withstanding political realignments. The 1850s saw the rise of a group of radical Reformers from Canada West, the Clear Grits, who clamored for rep-by-pop (Canada West had received in 1840 equal representation with Canada East as a way of diluting French Canadian political influence, but the census of 1851 showed that Canada West's population had surged past Canada East's) and who generally had anti-French and anti-Catholic tendancies. From 1854 on, Lafontaine's successors -- Augustin-Norbert Morin, Étienne-Paschal Taché and George-Étienne Cartier -- would join forces with Canada's West Conservatives, who had been shunned by Lafontaine during the 1840s. Moderate Reformers from Canada West like Francis Hincks would also join this new alliance. By making such a switch, Morin, Taché and Cartier did not betray Lafontaine, they simply realized that circumstances had changed and that Lafontaine's strategy made sense only if French Canadians were allied with the political faction most favorable to their interests. When the strength of what came to be known as the Parti Bleu produced a Conservative government even though the Conservatives had won a minority of Canada West's seats, the Clear Grits seethed about 'French domination.'

It is beyond the scope of this post to consider the various causes that led to Confederation in 1867. However, it should be noted that George-Étienne Cartier -- who in his youth had led Patriote reinforcements at the battle of St. Denis during the 1837 Rebellions -- made sure that his compatriots would still be able to defend their interests in this new political regime in which they would form only 30 percent of the population and have a proportional representation of 30 percent in Parliament. There was of course the fact that Canada West and Canada East would be re-separated to form the provinces of Ontario and Québec. Québec would then enjoy a degree of provincial autonomy, particularly with respect to its language, schools, religion and civil law. But, by itself, this would have been insufficient since provincial autonomy is mostly a parchment promise which can be gradually broken by a federal government encroaching on provincial jurisdictions. Moreover, French Canadians had to have at least some faith in the federal government itself because, in the contrary case, the logical option would have been to not consent to the creation of a new federal government and to seek instead the restoration of a separate Lower Canada.

Cartier and his followers argued that French Canadians should not fear the federal government, because its jurisdictions dealt with subjects that would not divide people according to their language or religion. It is in this context that Cartier made his much acclaimed statement that, after Confederation, Canadians would form a new "political nationality independent of the national origin and religion of individuals." Hector-Louis Langevin added that "[i]n Parliament there will be no question of race, nationality, religion or locality." This is of course a noble ideal but, having lived through the Rebellions of 1837-38, Cartier knew that reality can often be messier and that it certainly wouldn't hurt to make sure French Canadians would have considerable influence in the federal politics of the new regime. Québec was alloted a fixed representation of 65 seats because Cartier "insisted that the system of representation be based on Quebec so as to protect the political weight of the province in Confederation." Although Québec's share of the Canadian population started at 36% in 1867, this share was expected to decrease in the coming decade as Canada expanded westward and Cartier "deemed it important that he not lead a shrinking group of parliamentarians from Quebec." Cartier believed that Lafontaine's strategy would still be able to work its magic in the new federation; he thought that, as long as Québec was guaranteed a critical mass of 65 seats and as long as French Canadians voted as a bloc, they "could make and unmake governments."

To a considerable extent they did just that. As Herman Bakvis and Laura G. Macpherson put it in a 1995 article published in the Canadian Journal of Political Science:

The evidence shows that block voting, namely, the degree to which an electorate mobilizes behind the largest party, is much more pronounced in Quebec than it is in other provinces, and especially when compared to that in Ontario. Quebec is also more likely than Ontario to determine which party forms the government.

Indeed, historian Claude Bélanger pointed out in 1999 that:

In 27 of the 36 elections that have been held since 1867, Quebecers have voted as a block. For the purpose of argument, a block vote is credited whenever at least two thirds of the total seats of Quebec have gone to the same party. A three quarters calculation would not yield substantially different results. [...]

Also, in 27 cases out of 36, Quebec supported the winning party. Here, Quebec is not alone as Ontario’s record is nearly as good [25 instances out of 36].

Scott Reid, who is now a Conservative MP, wrote in 1994 that bloc voting also gave Québec a higher representation within the caucus of the governing party:

[I]n twenty-three of the thirty-five federal elections between 1867 and 1993, Quebec MPs have represented a larger share of the seats in the party in power than one would have expected to see if one were examining only their share of the seats in the House of Commons.

[...] In the 98-year period beginning in 1896, Quebec has been over-represented in the caucus of the governing party for seventy-four years, and underrepresented for only twenty-three years.

Thus, the Lafontaine-Cartier strategy can be said to have been a success. However, it is obvious that this strategy depends to a large extent on demographics. To take an extreme example, if French Canadians made up 1% of the Canadian population, few people would care for whom they vote. In the United States, blacks routinely vote as a bloc, to a much greater extent than Quebecers, by giving the Democrats a support of 80-90%. Blacks, who form 12.7% of the US population, have voted this way since 1964, but they have not been able to prevent the Republican Party from winning the Presidency in 7 out of 11 elections since 1964. Scott Reid has also pointed out that, though Québec's English-speaking community votes as a bloc in provincial politics, it has been "virtually impotent in Quebec politics" and many Union Nationale and Parti Québécois governments have been formed with little support from Québec's English-speaking community. Québec's English-speaking community, including the immigrants who have assimilated into it, formed 13.3% of Québec's population when Scott Reid wrote his article. As a rough estimate, it would seem that the Lafontaine-Cartier strategy fails when the minority forms less than 15% of the population and that it historically succeeded in Canada when the minority formed more than 25% of the population. Between these limits, there seems to be a point when the minority ceases to be a key player and becomes politically dispensable.

According to demographer Jacques Henripin in La métamorphose de la population canadienne, both the proportion of Canadians of French origin and the proportion of French-speaking Canadians have fluctuated around 30% between 1871 and 1961. For example, the 1871 Census found that people of French origin formed 31% of the Canadian population while the 1951 Census again found a proportion of 31%. However, there is no doubt as to where the numbers have been heading since the 1960s and where they're still heading: down, down and down. The proportion of francophones has declined from 29% to 23% between 1951 and 2001. Demographer Georges Mathews points out this is likely to have consequences of a political nature, especially with respect to bilingualism:

Those provinces which are losing relative weight in the federation include Quebec, where 90 % of Canadian francophones reside. Quebec’s relative demographic decline in Canada (28 % in 1971, 24 % in 2001 and maybe 20.7% in 2026) automatically implies the same for French Canada. [...]

To work well, [linguistic] duality requires a certain balance between both partners. But relative decline in Quebec points in the opposite direction. Down the road support for linguistic duality might slowly evaporate, inasmuch as many provinces include minorities much larger than their francophone minority.

Thus, French-speaking Canadians may in two or three decades find themselves in a country in which their language and culture are not respected anymore and in which they do not have sufficient numbers to make their voices count.

Historian W.L. Morton celebrated Lafontaine's decision to enter into an alliance with Baldwin as "one of the most crucial in Canadian history." Morton added that Lafontaine "might have led the French members in a boycott of the Union; he might have led them in a permanent opposition bloc in the House" and that "[h]is decision to work with the English Reformers saved Canada from the fate of Gratton's Ireland and Gandhi's India." Had Lafontaine not had the numbers to back him up, he would probably have chosen a different course of action and history would have been very different.

As French-speaking Canadians continue their demographic decline, with the corollary that Canada becomes more and more an English-speaking nation, French-speaking Quebecers will find secession more and more to be an appealing option. In fact, there is no bigger long-term threat to Canadian national unity. Sovereignists are already using future demographic trends as an argument for secession. Though its rise and continued existence have not been caused by shifting demographics and though its behavior is often enigmatic, the most successful federal political party in Québec during the last decade is quite similar to what Morton called a "permanent opposition bloc in the House."

Among the post-Patriation constitutional modifications that have been discussed, I think that the most important one was the 25% clause of the much-maligned Charlottetown Accord which would have guaranteed Québec a minimal representation of 25% in the House of Commons in perpetuity. This could have, albeit artificially, solved the problem that now preoccupies us. Alas, such schemes have proved to be as unpopular in the 1990s as they had been in the 1850s. Absent such a provision, the main long-term challenge in maintaining Canada's national unity and stability will be the upsetting of the demographic balance between English- and French-speakers.

De 1791 aux rébellions de 1837-38, la politique au Bas-Canada (précurseur de l'actuelle province de Québec) était profondément divisée selon des lignes ethniques. Les Canadiens français, alors simplement appelés Canadiens, s'étaient ralliés à ce qui s'est abord appelé le Parti Canadien puis le Parti Patriote tandis que les Britanniques appuyaient le Parti Tory, qui était aussi appelé le Parti Britannique ou Parti Anglais et qui appuyait le gouverneur et le conseil exécutif nommés par la Grande-Bretagne. Une telle situation a amené Lord Durham à fameusement rapporter en 1839 qu'il a trouvé au Bas-Canada "deux nations en guerre au sein d’un même État" et une "haine mortelle qui maintenant divise les habitants du Bas-Canada en deux groupes hostiles : Français et Anglais." Il est bien connu que la solution de Durham était d'unir le Bas-Canada et le Haut-Canada (qui seraient respectivement appelés le Canada-Est et le Canada-Ouest après l'union) afin d'assurer que les Anglais prédominent; les Canadiens français sont depuis lors une minorité politique.

Ceci soulève deux questions: comment se fait-il que les Anglais et les Français n'ont pas été profondément divisés dans la nouvelle province unie comme ils l'avaient été dans le Bas-Canada et pourquoi est-ce que les Canadiens français ont accepté de coopérer avec le nouveau régime, de participer à ses élections et à son gouvernement et même d'aller jusqu'à appuyer son élargissement avec la Confédération? La réponse à la première question se trouve en observant que le Haut-Canada, principalement Anglais, a connu avant l'union une lutte politique semblable à celle du Bas-Canada. Alors que le Bas-Canada était divisé entre des populistes agraires canadiens qui dominaient la Chambre d'assemblée et une élite commerciale britannique proche du Gouverneur, le Haut-Canada était aussi divisé entre un parti de populistes agraires et le parti d'une élite commerciale pro-Gouverneur et pro-britannique. Cette situation a mené à des rébellions au Haut-Canada en 1837 tout comme ça a été le cas pour le Bas-Canada. La population anglaise de la province du Canada-Uni n'a jamais formé un monolithe politique pour la simple raison que la population anglaise du Haut-Canada n'avait jamais été politiquement monolithique.

Louis-Hippolyte Lafontaine a réalisé que, bien que l'Acte d'Union de 1840 ait mis les Canadiens français dans une situation minoritaire, les Canadiens français pouvaient quand même tenir leur bout en tirant profit de la division de la population anglaise du Canada. Mais ceci ne pourrait jamais se produire si les Canadiens français étaient aussi divisés que la population anglaise l'était. Bien que l'alliance de Lafontaine avec les Réformistes de Robert Baldwin ait été souvent célébrée, on a porté comparativement peu d'attention à l'emphase que Lafontaine a mise sur l'unité politique des Canadiens français:

[I]l fallait absolument garder l’unité. "Ce que nos compatriotes doivent craindre le plus dans les circonstances actuelles, et dans tous les temps, proclamait-il en tête de son programme pour 1844, c’est de se diviser. On ne saurait trop se pénétrer de cette grande vérité que l’Union fait la Force. Que ce mot soit pour eux, dans ce moment surtout, leur cri de ralliement." Tous devaient être solidaires les uns des autres et les "traîtres" et "vendus" étaient ceux qui s’appliquaient à diviser les Canadiens français. [...] Cette idée que la survivance n’était assurée que si les Canadiens français votaient en bloc dans un effort collectif est demeurée, on le sait, un principe d’une importance presque capitale dans l’idéologie nationaliste québécoise.

Il peut sembler étrange de voir Lafontaine associé à "l'idéologie nationaliste québécoise", ou de lire Gérard Filteau qui encense l'ascension de Lafontaine comme "la victoire du nationalisme" canadien-français dans son Histoire des patriotes de 1937, étant donné que Lafontaine est si souvent présenté comme un icône fédéraliste. Mais la vérité est que Lafontaine, et ses successeurs fédéralistes du Québec, ont réussi non pas en abandonnant le nationalisme canadien-français mais plutôt en s'assurant que ce nationalisme puisse d'abord être compatible avec une union avec le Haut-Canada puis avec la Confédération. Si Lafontaine n'avait pas réussi à le faire, les Canadiens français auraient probablement formé un bloc perpétuel d'opposition à l'intérieur du Canada-Uni et auraient sans cesse réclamé l'abrogation de l'union. Dans la réalité, Lafontaine a réussi à utiliser sa position pour renverser durant les années 1840 les tendances anti-françaises de l'Acte d'Union: la carte électorale du Canada-Est a été redessinée pour diminuer la sous-représentation des districts français, la capitale a été transférée de Kingston à Montréal, le français a été rétabli comme langue officielle dans la législature et les cours et plusieurs francophones ont été nommés à la fonction publique. Finalement, les pouvoirs du Gouverneur ont été limités par l'introduction du gouvernement responsable.

La stratégie de Lafontaine a montré sa flexibilité et sa capacité à s'adapter aux réalignements politiques. Les années 1850 ont vu la montée d'un groupe de Réformistes radicaux du Canada-Ouest, les "Clear Grits", qui réclamaient la "rep-by-pop" (le Canada-Ouest avait reçu en 1840 une représentation égale au Canada-Est de manière à diluer l'influence politique des Canadiens français, mais le recensement de 1851 avait montré que la population du Canada-Ouest était désormais supérieure à celle du Canada-Est) et qui étaient généralement anti-français et anti-catholiques. À partir de 1854, les successeurs de Lafontaine -- Augustin-Norbert Morin, Étienne-Paschal Taché et George-Étienne Cartier -- ont joint leurs forces à celles des Conservateurs du Canada-Ouest, qui avaient été boudés par Lafontaine durant les années 1840. Des Réformistes modérés du Canada-Ouest comme Francis Hincks se sont aussi joints à cette nouvelle alliance. En faisant un tel volte-face, Morin, Taché et Cartier n'ont pas trahi Lafontaine, ils ont simplement réalisé que les circonstances avaient changé et que la stratégie de Lafontaine avait du sens seulement si les Canadiens français étaient alliés avec la faction politique la plus favorable à leurs intérêts. Quand la force de ce qui est venu à s'appeler le Parti Bleu a produit un gouvernement Conservateur bien que les Conservateurs n'aient gagné qu'une minorité des sièges du Canada-Ouest, les Clear Grits se sont plaints d'une "French domination."

De considérer les diverses causes qui ont mené à la Confédération en 1867 dépasse la portée de ce billet. Cependant, il faut noter que George-Étienne Cartier -- qui dans sa jeunesse avait mené des renforts Patriotes à la bataille de St-Denis durant les rébellions de 1837 -- s'est assuré que ses compatriotes seraient encore capables de défendre leurs intérêts dans ce nouveau régime politique dans lequel ils formeraient seulement 30% de la population et auraient une représentation proportionnelle de 30% au Parlement. Il y avait bien sûr le fait que le Canada-Ouest et le Canada-Est serait re-séparés pour former les provinces de l'Ontario et du Québec. Québec pourrait alors bénéficier d'un certain degré d'autonomie provinciale, particulièrement quant à sa langue, ses écoles, sa religion et son droit civil. Mais, en soi, cela aurait été insuffisant étant donné que l'autonomie provinciale est principalement une promesse de parchemin qui peut être graduellement brisée par un gouvernement fédéral empiétant sur les juridictions provinciales. De plus, les Canadiens français devaient avoir un minimum de confiance envers le gouvernement fédéral lui-même parce que, dans le cas contraire, le choix logique aurait été de ne pas consentir à la création d'un nouveau gouvernement fédéral et plutôt chercher la restauration d'un Bas-Caanda séparé.

Cartier et ses partisans ont affirmé que les Canadiens français ne devaient pas avoir peur du gouvernement fédéral parce que ses juridictions s'occuperaient de sujets qui ne diviseraient pas les gens selon leur langue ou religion. C'est dans ce contexte que Cartier a fait sa célèbre déclaration selon laquelle les Canadiens, après la Confédération, formeraient une nouvelle "nation politique, indépendante de l’origine nationale et de la religion des individus." Hector-Louis Langevin a ajouté que "[a]u Parlement, il ne sera pas question de race, de nationalité, de religion ni de région." C'est bien sûr un noble idéal mais, ayant vécu les rébellions de 1837-38, Cartier savait que la réalité peut souvent être plus sombre et que ça ne ferait certainement pas de tort de s'assurer que les Canadiens français auraient une influence considérable sur la politique fédérale du nouveau régime. Le Québec s'est vu octroyer une représentation fixe de 65 sièges parce que Cartier "a insisté pour que le système de représentation se base sur le Québec afin de protéger le poids politique de la province dans la Confédération." Bien que la proportion du Québec dans la population canadienne était de 36% en 1867, on s'attendait à ce que cette proportion diminue au cours de la prochaine décennie avec l'expansion du Canada vers l'Ouest et Cartier "considérait comme important qu'il ne se retrouve pas à la tête d'un groupe décroissant de parlementaires du Québec." Cartier croyait que la stratégie de Lafontaine pourrait encore fonctionner à l'intérieur de la nouvelle fédération; il pensait que, tant que le Québec se voyait garantir une masse critique de 65 sièges et que les Canadiens français votaient en bloc, ils pourraient "faire et défaire les gouvernements."

Dans une mesure considérable, c'est exactement ce qu'ils ont fait. Comme Herman Bakvis et Laura G. Macpherson l'ont écrit en 1995 dans un article publié dans la Revue canadienne de science politique:

Les statistiques révèlent que le vote en bloc, c'est-à-dire le degré auquel l'électorat se mobilise pour appuyer le plus grand parti, est un phénomène beaucoup plus marqué au Québec que dans les autres provinces, et en particulier en comparaison avec l'Ontario. D'autre part, le Québec est sans doute plus en mesure de déterminer quel parti va constituer le gouvernement que l'Ontario.

En effet, l'historien Claude Bélanger a signalé en 1999 que:

Dans 27 des 36 élections qui ont été tenues depuis 1867, les Québécois ont voté en bloc. Pour les fins de cet argument, on constate un vote en bloc quand au moins le deux tiers des sièges du Québec sont allés au même parti. Un calcul se basant sur les trois quarts ne produiraient pas des résultats substantiellement différents. [...]

Aussi, dans 27 cas sur 36, le Québec a appuyé le parti vainqueur. Ici, le Québec n'est pas seul étant donné que l'Ontario a un presque aussi bon score [25 fois sur 36].

Scott Reid, qui est maintenant un député Conservateur, a écrit en 1994 que le vote en bloc avait aussi permis au Québec d'avoir une plus grande représentation à l'intérieur du caucus du parti qui gouverne:

[D]ans vingt-trois des trente-cinq élections fédérales entre 1867 et 1993, les députés québécois ont représenté une plus grande proportion des sièges du parti au pouvoir que ce à quoi on se serait attendu si on avait seulement examiné la proportion de leurs sièges à la Chambre des Communes. [...] Dans la période de 98 ans commençant en 1896, le Québec a été sur-représenté dans le caucus du parti au pouvoir pendant soixante-quatorze ans, et a été sous-représenté pendant seulement vingt-trois ans.

Ainsi, on peut dire que la stratégie Lafontaine-Cartier a été un succès. Cependant, il est évident que cette stratégie dépend dans une grande mesure de la démographie. Pour prendre un exemple extrême, si les Canadiens français ne comptaient que pour 1% de la population canadienne, peu de gens se préoccuperaient de leur vote. Aux États-Unis, les noirs votent régulièrement en bloc, dans une bien plus grande mesure que les Québécois, en donnant aux Démocrates un appui de 80-90% Les noirs, qui forment 12,7% de la population américaine, ont voté de cette manière depuis 1964, mais ils n'ont pas pu empêcher le Parti Républicain de remporter la présidence dans 7 élections sur 11 depuis 1964. Scott Reid a aussi signalé que, bien que la communauté anglophone du Québec vote en bloc sur la scène politique provinciale, elle a été "virtuellement impotente dans la politique québécoise" et plusieurs gouvernements ont été formés par l'Union Nationale et le Parti Québécois avec peu d'appuis de la communauté anglophone du Québec. La communauté anglophone du Québec, incluant les immigrants qui s'y sont assimilés, comptait environ 13,3% de la population québécoise quand Scott Reid a écrit son article. En tant qu'estimation grossière, il semblerait que la stratégie Lafontaine-Cartier échoue quand la minorité forme moins de 15% de la population et qu'elle a historiquement réussi au Canada quand la minorité formait plus de 25% de la population. Entre ces limites, il semble y avoir un point où la minorité cesse d'être un joueur clé et devient politiquement dispensable.

Selon le démographe Jacques Henripin dans La métamorphose de la population canadienne, la proportion de Canadiens d'origine française ainsi que la proportion de Canadiens francophones ont tout deux fluctué autour de 30% entre 1871 et 1961. Par exemple, le recensement de 1871 a trouvé que les gens d'origine française formaient 31% de la population canadienne alors que le recensement de 1951 a encore trouvé une proportion de 31%. Cependant, il n'existe aucun doute quant à la direction que ces nombres ont pris et conservent depuis les années 1960: en bas, en bas et en bas. La proportion de francophones a diminué de 29% à 23% entre 1951 et 2001. Le démographe Georges Mathews signale qu'il est probable que cela ait des conséquences de nature politique, particulièrement en lien avec le bilinguisme:

Parmi les provinces dont le poids décline se trouve le Québec, qui, selon le critère de la langue d’usage, rassemble aujourd’hui quelque 90 pour cent de la francophonie canadienne. Or le recul du Québec (28 pour cent en 1971, 24 pour cent en 2001 et peut-être 20,7 pour cent en 2026) signifie automatiquement le déclin relatif de la francophonie canadienne. [...]

[L]e maintien intégral de cette dualité suppose un certain équilibre entre les deux membres. La faiblesse continue de la courbe démographique québécoise peut donc, à terme, signifier le relâchement de cette dualité, d’autant plus que plusieurs provinces comptent sur leur territoire des minorités ethniques beaucoup plus importantes, en termes démographiques, que leur minorité francophone.

Ainsi, les Canadiens francophones pourraient se retrouver dans deux ou trois décennies dans un pays où leur langue et leur culture ne sont plus respectées et où ils ne sont pas en nombre suffisant pour que leurs voix comptent.

L'historien W.L. Morton a célébré la décision de Lafontaine d'entrer dans une alliance avec Baldwin comme "une décision d'importance capitale pour l'histoire du Canada." Morton a ajouté que Lafontaine "aurait pu entraîner les députés français à boycotter l'Union; il aurait pu les amener à former un bloc d'opposition permanente au sein de la Chambre" et que "[e]n s'alliant aux réformateurs anglais, il épargna au Canada le sort de l'Irlande de Gratton ou de l'Inde de Gandhi." Si Lafontaine n'avait pas eu des nombres suffisants pour l'appuyer, il aurait probablement choisi d'agir différemment et l'histoire aurait été tout autre.

À mesure que les Canadiens francophones poursuivent leur déclin démographique, avec le corollaire que le Canada devient de plus en plus une nation anglophone, les Québécois francophones vont trouver que la sécession est de plus en plus une option attirante. En fait, il n'existe aucune plus grande menace à long terme pour l'unité nationale canadienne. Les souverainistes utilisent déjà les futures tendances démographiques comme un argument pour la sécession. Bien que son ascension et la continuation de son existence n'aient pas été causées par des changements démographiques et que son comportement soit souvent énigmatique, le parti politique fédéral ayant le mieux réussi au Québec dans la dernière décennie ressemble à ce que Morton a appelé un "bloc d'opposition permanente au sein de la Chambre."

Parmi les modifications constitutionnelles qui ont été disuctées suite au rapatriement de la constitution, je pense que la plus importante a été la clause 25% du mal-aimé accord de Charlottetown qui aurait garanti en perpétuité au Québec une représentation minimale de 25% à la Chambre des Communes. Ceci aurait, quoique de manière artificielle, résolu le problème qui nous préoccupe maintenant. Hélas, de tels arrangements se sont révélés être aussi impopulaires dans les années 1990 qu'ils l'ont été dans les années 1850. En l'absence d'une telle provision, le principal défi menaçant l'unité nationale du Canada sera le dérangement de l'équilibre démographique entre les anglophones et les francophones.

Publié par Laurent à 04:31 PM

février 08, 2005

Deux nouveaux blogs québécois

Laissez-moi vous introduire à deux nouveaux excellents blogs québécois que je viens d'ajouter à mon blogroll: Tout le monde en parle (apparemment aucun lien avec l'émission du même nom) et La sphère des idées J.H.

Publié par Laurent à 09:26 PM

Moderate social conservatism is good for the CPC

I point out on the Shotgun that adopting moderate social conservative positions will be good for the Conservative Party.Au Shotgun, je signale d'adopter des positions socialement conservatrices modérées sera bon pour le Parti Conservateur.
Publié par Laurent à 09:28 AM

février 01, 2005

Unintended consequences of legalized prostitution

Is prostitution really a profession like any other? On the Shotgun, I note that German job centers are answering "yes" in a disturbing way.La prostitution est-elle vraiment un métier comme les autres? Au Shotgun, je note que les centres d'emploi d'Allemagne répondent "oui" d'une manière troublante.
Publié par Laurent à 04:07 PM