mai 17, 2006

Un Québec vert?

Is this the start of a new trend? Journalist Michel C. Auger points out that every successful Québec Premier in the last decades brought forward and clung to a great idea that transcends the federalist/separatist debate: jobs and energy from the North for Robert Bourassa, cleaning up political mores for René Lévesque and fighting the deficit for Lucien Bouchard. Auger then advises PQ leader André Boisclair to take advantage of Harper's and Charest's perceived weaknesses on this issue by taking up the environment as his great idea. Pierre Langlois, a former advisor to Bernard Landry and Pauline Marois, develops a similar argument and thinks the Bloc Québécois should do the same.

This kind of argument rests on the assumption that Quebecers have a strong environmentalist fiber. At first sight, they do have one. As I previously pointed out, a 2000 Macleans poll showed that 85 percent of Quebecers believe that Canada should become a world leader in environmental protection legislation. However, this environmental fiber becomes weaker when economic trade-offs are introduced: the same poll shows that, when asked whether they want Canada to be a country that has the strongest environmental protection legislation in the world or one that has relatively low taxes, 50 percent of Quebecers prefer relatively low taxes compared with 46 percent who would rather have the strongest environmental laws. Interestingly, everywhere else in the rest of Canada, absolute majorities pick strong environmental protection over low taxes. To paraphrase humorist Yvon Deschamps, Quebecers are environmentalists in their heart and capitalists in their wallet.

A concrete example is the issue of gas prices. A sincere environmentalist should cheer high gas prices, since this means that people and organizations will be incentivized to consume less oil. Indeed, from an environmentalist perspective, it makes sense to argue that governments should increase gas taxes in order to drive gas prices even higher. But Quebecers don't think about the positive environmental consequences when gas prices are high; they grumble about the heavier bills they have to pay. Thus, the Bloc Québécois routinely gets all worked up over gas prices and demands federal intervention in order to stop price increases.

What about the Kyoto Protocol? It is easy to imagine that a reason why Quebecers are such strong supporters of the Kyoto Protocol is that they expect other people (read: Albertans and Ontarians) to foot the bill. Despite the fact that Québec is very pro-Kyoto, the government of Québec had until very recently no plan to reduce greenhouse gas emissions in Québec. When the Liberal government of Québec did announce on May 1 that it would go forward on Kyoto with or without Ottawa, the Parti Québécois opposition, as usual, said Québec's efforts could not succeed because of the fiscal imbalance.

In short, every Québec politician (sovereignist or not) that hopes to win by 'greening' his movement will have to separate hype from reality, to not confuse verbal pieties with a real will to make sacrifices, and to design environmental policies that leave Quebecers' wallets alone. This is not an easy order to fulfill.

Est-ce le début d'une nouvelle tendance? Le journaliste Michel C. Auger souligne que tous les Premiers ministres du Québec qui ont eu du succès dans les dernières décennies ont incarné une grande idée qui transcende le débat fédéraliste/séparatiste: l'emploi et l'énergie du Nord pour Robert Bourassa, le nettoyage des moeurs politiques pour René Lévesque et la lutte au déficit pour Lucien Bouchard. Auger conseille donc au chef du PQ André Boisclair de tirer profit de la perception de faiblesse de Harper et Charest dans ce dossier en faisant de l'environnement sa grande idée. Pierre Langlois, un ex-conseiller de Bernard Landry et Pauline Marois, développe un argument semblable et croit que le Bloc Québécois devrait faire de même.

Ce genre d'argument repose sur la prémisse que les Québécois ont une forte fibre environnementale. À première vue, ils en ont effectivement une. Comme je l'ai déjà fait remarquer, un sondage Macleans de 2000 a montré que 85% des Québécois croient que le Canada devrait devenir un leader mondial de la protection de l'environnement. Cependant, cette fibre environnementale s'effrite lorsqu'on introduit des considérations économiques: le même sondage montre que, lorsqu'on leur demande s'ils préfèrent que le Canada soit le pays avec la meilleure protection environnementale ou un pays avec des impôts relativement peu élevés, 50% des Québécois préfèrent les impôts relativement peu élevés comparativement à 46% qui choisiraient plutôt d'avoir les lois environnementales les plus fortes. De manière intéressante, partout ailleurs au Canada, des majorités absolues choisissent une forte protection environnementale plutôt que des impôts peu élevés. Pour paraphraser l'humoriste Yvon Deschamps, les Québécois sont écologistes de coeur et des capitalistes de poche.

Un exemple concret est le dossier des prix de l'essence. Un écologiste sincère devrait applaudir le prix élevé de l'essence, étant donné que cela signifie que les gens et les organisations seront incités à consommer moins d'essence. En effet, d'un point de vue écologiste, il est sensé de plaider que les gouvernements devraient augmenter les taxes sur l'essence afin de faire augmenter encore plus le prix de l'essence. Mais les Québécois ne pensent pas aux retombées positives sur l'environnement lorsque le prix de l'essence est élevé; ils se plaignent des factures salées qu'ils ont à payer. Ainsi, le Bloc Québécois déchire régulièrement sa chemise à propos du prix de l'essence et exige une intervention fédérale afin de faire cesser les hausses de prix.

Qu'en est-il du protocole de Kyoto? Il est facile d'imaginer qu'une raison pour laquelle les Québécois appuient tant le protocole de Kyoto est qu'ils s'attendent à ce que d'autres personnes (lire: les Albertains et les Ontariens) paient la note. Malgré le fait que le Québéc est très pro-Kyoto, le gouvernement du Québec n'avait jusqu'à récemment aucun plan pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au Québec. Lorsque le gouvernement Libéral du Québec a annoncé le 1er mai qu'il irait de l'avant sur Kyoto avec ou sans Ottawa, l'opposition Péquiste, comme d'habitude, a affirmé que les efforts du Québec ne pourraient pas réussir à cause du déséquilibre fiscal.

En bref, tout politicien québécois (souverainiste ou non) qui espère gagner en "verdissant" son mouvement aura à séparer les boniments de la réalité, à ne pas confondre les piétés verbales avec une réelle volonté de faire des sacrifices, et à concevoir des politiques environnementales qui ne touchent pas aux poches des Québécois. Ce n'est pas une commande facile à remplir.


Publié par Laurent à mai 17, 2006 11:52 PM | TrackBack
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