octobre 21, 2005

Lucien Bouchard, la souveraineté et les priorités du Québec

In the last decade, we heard many people describing themselves as neither federalist nor sovereignist. Often, these were persons who had supported the YES camp during the 1995 referendum but who, in the wake of the YES defeat, thought that it was the time to move on. It was during this period that the Action Démocratique du Québec declared itself in favour of a moratorium on referendums on sovereignty and argued that Quebecers should rather tackle the economic, fiscal and demographics problems faced by Québec.

Sovereignists have regularly criticized this approach by pointing out that, though it may seem neutral in its intent, it is not neutral in its effects. Indeed, Québec's current constitutional situation is that of a federated State within Canada. To decline to support the sovereignist movement, or even to minimize the importance or the urgency of acheiving sovereignty for Québec, is to somewhat accept the current constitutional situation and to take a federalist position by default, these sovereignists say.

This is why it might seem amazing that the manifesto For a clear-eyed vision of Québec has been co-written by Lucien Bouchard, the one who was revered by the YES camp in 1995 and who has been the Péquiste Premier of Québec from 1996 to 2001. The first thing that jumps out is that this manifesto deals with Québec's economic, fiscal and demographic problems, and not with its constitutional problems, and that sovereignty is nowhere to be found in the list of solutions, as some Péquistes have remarked in their criticism of the manifesto. In fact, the only place where the manifesto mentions sovereignty is to criticize those who "believe, and attempt to have the public believe, that there are easy solutions to these problems" and to say that "whatever choice Quebeckers make" in an eventual third referendum, "the challenges facing us remain the same."

Some might say that, though achieving sovereignty for Québec is not a sufficient condition to the resolution of these problems, it is nevertheless a necessary condition. During a press conference, Lucien Bouchard himself took care to dissociate himself from such a line of argument and said that: "If you're saying to me that we must achieve sovereignty first to settle this, that's not what I think."

Lucien Bouchard clarified his thoughts on the national question by saying that:

I have wished, and still wish, to resolve the issue with a decision. But the decision hasn't been taken. We came close in 1995 [in the referendum]. But it doesn't mean we should paralyze everything else.

Finally, Lucien Bouchard claimed that, with respect to the national question: "We know perfectly well that Quebecers will have to make a choice and whatever they decide those challenges that we define today will have to be taken on, right now." In short, whereas acheiving sovereignty for Québec is reported to an indeterminate future date, the economic, fiscal and demographic challenges outlined in the manifesto must be taken on "right now." What is important, what must be prioritized, is not achieving sovereignty, but rather these challenges. Lucien Bouchard's way of seeing things is diametrically opposed to the one which is now predominant in the Parti Québécois, where sovereignty is presented as a solution to almost every problem and where, as Ghislain Lebel put it so well during the first debate among leadership candidates, we "observe a kind of referendal runs."

Dans la dernière décennie, on a vu plusieurs personnes se dire ni fédéraliste, ni souverainiste. Souvent, c'étaient des personnes qui avaient appuyé le camp du OUI lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec mais qui, suite à la défaite du OUI, croyaient qu'il était temps de passer à autre chose. C'est à cette époque que l'Action Démocratique du Québec s'est prononcée en faveur d'un moratoire sur les référendums sur la souveraineté et a affirmé que les Québécois devaient plutôt s'attaquer aux problèmes économiques, fiscaux et démographiques du Québec.

Les souverainistes ont régulièrement critiqué cette approche en faisant valoir que si ses intentions semblent neutres, ses effets ne le sont pas. En effet, la situation constitutionnelle actuelle du Québec est celle d'un État fédéré au sein du Canada. De refuser son appui au mouvement souverainiste, ou même de minimiser l'importance ou l'urgence de réaliser la souveraineté du Québec, c'est en quelque sorte accepter la situation constitutionnelle actuelle du Québec et adopter une position fédéraliste par défaut, disent ces souverainistes.

C'est pourquoi il peut sembler étonnant que le manifeste Pour un Québec lucide ait été co-écrit par Lucien Bouchard, celui que le camp du OUI adulait en 1995 et qui a été le Premier ministre Péquiste du Québec de 1996 à 2001. La première chose qu'on remarque est que ce manifeste traite des problèmes économiques, fiscaux et démographiques du Québec, et non de ses problèmes constitutionnels, et que la souveraineté ne fait pas partie de la liste des solutions, comme plusieurs Péquistes l'ont fait remarqué dans leur critique du manifeste. En fait, le seul endroit où le manifeste mentionne la souveraineté est pour critiquer ceux qui "croient et tentent de faire croire à la population qu'il existe des solutions faciles à ces problèmes" et pour dire que "quel que soit le choix des Québécois" à un éventuel troisième référendum, "les défis qui confrontent le Québec resteront entiers."

Certains pourraient affirmer que si la souveraineté du Québec n'est pas une condition suffisante à la résolutions de ces problèmes, il en est tout de même une condition nécessaire. Lors d'une conférence de presse, Lucien Bouchard lui-même a tenu à se dissocier d'un tel argument et a dit que: "Si vous me dites qu'il faut d'abord réaliser la souveraineté avant de régler ces problèmes, alors ce n'est pas ce que je pense."

Lucien Bouchard a précisé sa pensée sur la question nationale en disant que:

J'ai souhaité, et je souhaite toujours, que cette question soit résolue de manière décisive. Mais cette décision n'a pas été prise. On a passé près en 1995 [lors du référendum]. Mais ça ne veut pas dire que tout le reste doit rester paralysé.

Finalement, Lucien Bouchard a affirmé que, pour ce qui est de la question nationale: "Nous savons tous parfaitement que les Québécois auront à faire un choix et que peu importe leur décision il faudra faire face dès maintenant à ces défis que nous présentons aujourd'hui." Bref, alors que la souveraineté du Québec est réportée dans le futur à une date indéterminée, les défis économiques, fiscaux et démographiques présentés dans ce manifeste doivent être relevés "dès maintenant." Ce qui est important, ce qui est prioritaire, ce n'est pas la souveraineté, ce sont plutôt ces défis. Cette façon de voir les choses de Lucien Bouchard est diamétralement opposée à celle qui prévaut actuellement au Parti Québécois, où la souveraineté est présentée comme solution à presque tous les problèmes et où, comme Ghislain Lebel l'a si bien dit lors du premier débat des candidats à la chefferie, on "constate une espèce de va-vite référendaire."


Publié par Laurent à octobre 21, 2005 10:33 PM
Commentaires

Laurent:
Exactement. Comme je l'ai écrit chez mon blogue: comment se fait-il que Bouchard et Facal se préoccupent maintenant au déclin démographique et tous les conséquences qui y imposent à Québec et non pas quand ils ont été au sommet du gouvernement?
Qu'est ce qu'ils ont empêché pour confronter les problèmes qui se manifestait depuis les années 80?
Pour me répéter: pourquoi maintenant et non pas 10-15 années auparavant?
xavier

Écrit par: xavier à octobre 23, 2005 10:10 AM

Qu'est ce qu'ils ont empêché pour confronter les problèmes qui se manifestait depuis les années 80?

Parce son ami Brian était trop préoccupe avec le lac Meech, peut-etre? :)

Écrit par: ianeyan à novembre 3, 2005 06:47 PM

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