| The Center for Media Alternatives, Québec has published an excellent review of the controversy surrounding Parti Québécois leadership candidate André Boisclair's consumption of cocaine while he was a minister in Lucien Bouchard's government. This article points out the real issues of the Boisclair affair and casts a critical eye on Québec's political and media elites. This is a very well-written and well-researched article and, unless new revelations emerge, it is the definitive statement on the Boisclair affair.
UPDATE 2005-10-18: On a related note, Chris from Tart Cider points to an op-ed from the Guardian, the United Kingdom's foremost left-leaning newspaper. There is a leadership race in the British Conservative Party and it looks like leadership candidate David Cameron is in trouble because he declined to answer a journalist's question about whether he had taken drugs while he was a university student. The Guardian believes that this controversy has took exaggerated proportions and writes: [W]e can only say that smoking a joint at Oxford is not the same thing as doing lines of cocaine while serving as an MP. The former would clearly be a private matter; not so obviously the latter. | Le Centre des Médias Alternatifs du Québec a publié une excellente récapitulation de la controverse entourant la consommation de cocaïne par André Boisclair, candidat à la chefferie du Parti Québécois, alors qu'il était ministre dans le gouvernement de Lucien Bouchard. Cet article fait ressortir les véritables enjeux de l'affaire Boisclair et porte un regard critique sur les élites politiques et médiatiques du Québec. C'est un article très bien écrit et très bien documenté et, à moins que de nouvelles révélations n'émergent, c'est l'exposé définitif de l'affaire Boisclair.
MISE À JOUR 2005-10-18: Dans le même ordre d'idées, Chris de Tart Cider signale cet éditorial du Guardian, le quotidien de gauche le plus important du Royaume-Uni. Il y a une course à la chefferie au Parti Conservateur britannique et il semble que le candidat à la chefferie David Cameron est dans le trouble parce qu'il a refusé de répondre à la question d'un journaliste qui voulait savoir s'il avait consommé des drogues alors qu'il était étudiant à l'université. Le Guardian croit que cette controverse a pris des proportions démesurées et écrit: [N]ous pouvons seulement dire que de fumer un joint à Oxford n'est pas la même chose que de prendre des lignes de cocaïne alors qu'on est député. C'est clairement une affaire privée dans le premier cas, ce n'est pas si évident dans le deuxième cas. |
Boisclair a pris des drogues dures et, bien sûr, ce n'est pas une bonne chose. Mais des fois, souvent en fait, je trouve que ses critiques pètent leur coche. J'ai arrêté de lire cet article-là à peu près au tiers. L'auteur considère que le fait qu'un minstre de l'environnement ait pris de la coke indique que notre société de droit n'existe plus. Écrire un article apocalyptique de 20 pages sur la fin de nos institutions à cause de ça, je suis désolé, mais c'est gravement sur-estimer l'impact d'un ministère de l'environnement au Québec.
C'est aussi rempli d'illogismes ou de fabrications. L'auteur prétend que le fait qu'André Boisclair ait pris de la drogue et n'ait pas été arrêté témoigne du fait que nous vivons dans une société de "deux poids, deux mesures", que les ministres jouissent d'une impunité totale. C'est une fabulation complète. Robert Charlebois a récemment admis avoir pris des drogues assez dures, dont de la coke, à Tout le monde en parle. Il n'a pas été arrêté et ne le sera pas. Je ne connais aucun exemple d'une figure publique (ou autre, à bien y penser) ayant été arrêtée suite à avoir avoué à la télé avoir consommé une drogue quelconque. Je pense qu'il n'en existe pas. Mais même s'il en existe un, force est de constater que la règle générale est qu'un tel aveu ne mène pas à des arrestations.
Quelqu'un me dit "c'est complètement inacceptable qu'un ministre ait consommé de la drogue", "un premier ministre doit donner le bon exemple et André Boisclair ne pourra jamais faire ça", etc., je comprends très bien. Ce sont là des valeurs qui se défendent très bien. Mais les vociférations des anti-Boisclair sont tellement over-the-top parfois qu'elles me semblent, dans leur argumentation, perdre toute crédibilité.
Un autre exemple de l'article: "De nos jours, chaque grand parti cherche à convaincre la population que c’est lui qui fera le plus mal au crime organisé." C'est complètement faux. Le PQ et le PLQ n'ont jamais, de ma vie d'adulte, fait campagne sur une plate-forme de lutte contre le crime organisé. Bon, ce n'est pas un point majeur du texte, mais j'en vois des comme ça à toutes les pages. J'avoue que l'auteur a fait un travail extraordinaire pour regrouper toutes ces informations. Mais il me semble que c'est un article à déconseiller pour ceux qui ne sont pas capables d'en laisser beaucoup plus qu'ils en prennent.
Écrit par: Jérôme Loisel à octobre 16, 2005 04:53 PML'auteur considère que le fait qu'un minstre de l'environnement ait pris de la coke indique que notre société de droit n'existe plus.
Non, ce n'est pas du tout ce que dit l'article: "Si le gouvernement du Québec a délibérément fermé les yeux sur les actes criminels qu'a vraisemblablement posés M. Boisclair, alors on n’a plus affaire à un État de droit mais bien plutôt à un système politique corrompu où seule règne la loi du 'deux poids, deux mesures'." La violation de l'État de droit ne viendrait pas tant de la consommation de cocaïne du ministre Boisclair mais, si c'est bel et bien le cas, de ce que le gouvernement aurait délibérément fermé les yeux sur le comportement de son ministre.
L'auteur prétend que le fait qu'André Boisclair ait pris de la drogue et n'ait pas été arrêté témoigne du fait que nous vivons dans une société de 'deux poids, deux mesures', que les ministres jouissent d'une impunité totale [...] Robert Charlebois a récemment admis...
Mais Robert Charlebois n'a jamais fait partie d'un cabinet du gouvernement et, à ce que je sache, n'a jamais été un employé du secteur public ou parapublic. L'argument de l'article est que si on a des exigences minimales envers les serviteurs de l'État, alors il faudrait avoir au moins les mêmes exigences minimales envers les dirigeants de l'État:
"Nous vivons à une époque où l'État n'a jamais eu autant de moyens à sa disposition pour enquêter sur ses propres concitoyens. L'État québécois fouille le passé de ceux qui postulent pour un boulot d'enseignant et mène des 'enquêtes de bonnes mœurs' sur ceux qui appliquent pour travailler en milieu carcéral. Au moindre antécédent judiciaire, au moindre commentaire négatif d’un flic, l'État peut réduire à néant des projets de carrière en raison d'une quelconque 'frasque de jeunesse'.
Pourtant, celui-là même qui aspire à diriger ce même État, voire à le rendre souverain, s’est montré des plus réticent à lever le voile sur certains aspects compromettants de son passé. Avec ce qu'on sait sur lui aujourd'hui, M. Boisclair se serait vraisemblablement vu refuser une job de prof ou d'agent correctionnel. Mais pas celle de leader de l’Opposition officielle, apparemment..."
Un autre exemple de l'article: "De nos jours, chaque grand parti cherche à convaincre la population que c’est lui qui fera le plus mal au crime organisé." C'est complètement faux. Le PQ et le PLQ n'ont jamais, de ma vie d'adulte, fait campagne sur une plate-forme de lutte contre le crime organisé.
Comment ça "c'est complètement faux"? Au contraire, c'est presque une Lapalissade. Évidemment que le gouvernement se pète les bretelles lorsqu'il frappe un grand coup contre le crime organisé et évidemment que l'opposition va faire les gorges chaudes si le gouvernement se plante sur cette question. L'article ne fait aucunement mention d'une "campagne sur une plate-forme de lutte contre le crime organisé"; la politique ne se limite pas aux élections.
Écrit par: Laurent à octobre 16, 2005 09:56 PMReprenons cette citation: "Si le gouvernement du Québec a délibérément fermé les yeux sur les actes criminels qu’a vraisemblablement posés M. Boisclair, alors on n’a plus affaire à un État de droit mais bien plutôt à un système politique corrompu où seule règne la loi du « deux poids, deux mesures »." Là, il parle au passé, d'actes criminels, d'état de droit, alors j'assume qu'il parle d'arrestations et de poursuites au criminel. Et comme je disais plus haut, ce n'est pas "deux poids, deux mesures" que Boisclair ne doive pas faire face à de telles poursuites en ce moment. C'est pratique courante. Mais, bon, peut-être qu'il parle d'autre chose. L'utilisation du mot "le gouvernement" est vague. Ce n'est pas "le gouvernement" qui fait des enquêtes (Dieu merci), mais les services de police. Etc.
Pour le second point, voilà, on touche à quelque chose où je n'ai à peu près rien à redire. Est-ce que le fait d'avoir commis un acte criminel sérieux comme consommer de la cocaïne devrait disqualifier quelqu'un du poste de premier ministre. Je trouve (comme je l'ai déjà expliqué) que c'est une question morale, où chaque électeur a droit a sa propre réponse. Pour moi, cela ne disqualifie pas. Cela n'aide pas bien sûr non plus, et je préférerais un candidat parfait. Mais il n'y en a pas, particulièrement pas dans cette course-là. Cela étant dit maintenant, est-on trop sévère envers les agents correctionnels ou les profs (j'imagine qu'on ne parle pas ici de profs d'université ou de cégep, parce que plusieurs en littérature m'ont parlé de paradis artificiels sans perdre leur emploi)? Je ne sais pas. Les agents correctionnels, ce n'est pas ma branche. Je pense qu'en ce qui concerne les premiers ministres, la job est assez spécifique pour qu'on la traite dans sa propre catégorie.
Pour le dernier point, c'est complètement faux parce qu'en politique, je trouve qu'il faut faire une différence entre un politicien qui, lors de la journée de la Terre, fait un discours pour promouvoir une plus saine gestion de l'environnement d'une part, et, d'autre part, un effort sérieux. Il y a eu un effort sérieux contre le crime organisé en 2000 dans la foulée de la guerre des motards et cela a mené à une loi anti-gang. C'était en réaction à un événement d'actualité et le débat est plus ou moins mort depuis. Je vois très bien, par exemple, comment chaque grand parti cherche à convaincre la population que c'est lui qui réglera le mieux les problèmes dans le système de santé, d'éducation, les finances publiques; je vois comment l'ADQ se positionne constamment (pas juste en campagne) sur la réduction de la dette, etc. Mais le crime organisé? Désolé, non, je ne vois pas en quoi "chaque grand parti cherche à convaincre la population que c’est lui qui fera le plus mal au crime organisé." Je trouve que ce n'est tout simplement pas vrai.
Et tout cela étant dit, je voudrais souligner que c'est un article extrêmement bien recherché. Je me rends compte que je suis beaucoup plus farouche dans mes écrits, que parfois mon ton manque de respect. Je jure qu'en personne, je suis relativement gentil.
Écrit par: Jérôme Loisel à octobre 16, 2005 11:04 PMDéjà, en partant, quelqu'un qui signe un article d'opinion comme celui-là de façon anonyme, ça fait chieux en tabeurnaken...
Ensuite, on ne peut pas dire qu'il fait dans la concision. Il a de la difficulté à faire un texte d'opinion qui sépare bien ses idées en deux ou trois sections bien définies.
Non, sérieusement, ça ressemble à un texte de quelqu'un qui se vide le coeur, en un seul jet et qui n'a pas relu son texte pour enlever les morceaux inutiles.
Pour en revenir à l'essentiel, Boisclair a commis des erreurs lors de la gestion de cette crise, il aurait fait mieux d'être franc et ne pas y aller à demi. Il a pris de la coke en tant que ministre, ça finit là. Personellement, je trouve que ça le disqualifie "à mes yeux", mais je ne suis pas membre du PQ, so who cares what I think? Marois, je la trouve pédante, et elle a aussi avoué avoir fumé du pot, mais ça serait hors de ses fonctions ministérielles. J'imagine que c'est beaucoup moins grave. Enfin, elle aura eu le mérite de l'avouer ;).
Cependant, Laurent, je dois me ranger derrière Jérôme sur les points litigieux dont vous discutez. Prenons M. Charron, il a volé un paletot. Il a été en justice, a démissionné, et occupe maintenant un poste de critique et journaliste à la télé. Est-ce qu'il y a eu passe droit ou bien il a su bien manoeuvrer ? Est-ce que ça veut dire qu'il y a deux poids deux mesures? Ça voudrait dire que Boisclair, qui n'a même pas été trouvé coupable de possession serait pendu et lynché sans procès et n'aurait pas le droit à sa chance? Tu vois, ça peut aller dans les deux sens, ton argument de 2 poids 2 mesures. Et combien d'autres personalités ont avoués des fautes... on en vient à croire qu'on est l'exception quand on écoute les nouvelles.
Pour le point sur le crime organisé, je suis plutôt d'accord avec Jérôme. Les politiciens s'en foutent éperdument. Loin des yeux, loin des préoccupations.
Cependant, je trouve que vous manquez le bateau. La question que l'on devrait se poser c'est pouquoi les médias, les journalistes n'ont pas sorti la nouvelle alors qu'il était ministre?
Ne venez pas me faire croire qu'ils ne le savaient pas. Les journalistes, ça couche presque avec les politiciens!
Les journalistes en viennent à essayer de contrôler l'information que la population reçoit, selon ses allégeances politiques. Ce n'est pas nouveau, tout le monde sait que La Presse c'est fédéraliste à l'os...
Avec la convergeance des médias et l'empire Péladeau, on en vient à se demander qui mène vraiment la province.
brem
Vous amenez plusieurs points intéressants.
L'exemple de Claude Charron est instructif. Comme le remarque brem, Charron "a démissionné [de ses postes de ministre et de député], et occupe maintenant un poste de critique et journaliste à la télé." TVA peut bien engager qui elle veut; c'est une entreprise privée qui gère ses propres affaires. Mais Boisclair, contrairement à Charron, n'a pas quitté la politique suite à la révélation de ses fautes. Au contraire, il brigue toujours la chefferie du PQ et ultimement le poste de premier ministre du Québec et de "George Washington" d'une éventuelle République du Québec. Personne n'a dit que Boisclair devrait être "pendu et lynché sans procès et n'aurait pas le droit à sa chance". Si Boisclair veut avoir sa chance d'être journaliste à TVA, je serai le premier à l'encourager sur cette voie.
Jérôme dit "qu'il faut faire une différence entre un politicien qui, lors de la journée de la Terre, fait un discours pour promouvoir une plus saine gestion de l'environnement d'une part, et, d'autre part, un effort sérieux." C'est une réflexion intéressante, mais on semble dévier de l'article en question. On n'y dit pas que les politiciens font des efforts sérieux contre le crime organisé, seulement qu'ils cherchent à convaincre la population. Ce n'est pas parce que ce n'est pas la priorité numéro 1 100% du temps qu'ils ne le font pas. À ce compte-là, aussi bien dire que les partis ne cherchent à convaincre la population de presque rien du tout.
D'ailleurs le débat n'est pas mort. Il ressurgit lorsqu'il est question par exemple du retrait des vidéos-poker des petits bars ou des turbulences dans les réserves amérindiennes. Le PQ, le PLQ et le Bloc réclament toujours une loi fédérale inversant le fardeau de la preuve pour ce qui est de la possession de produits de la criminalité.
Finalement, brem se questionne sur les liens qu'entretiennent les politiciens et les journalistes. C'est en effet en large partie sur cette question que porte l'article.
P.S. Jérôme: "Je jure qu'en personne, je suis relativement gentil." Je peux confirmer. ;-)
Écrit par: Laurent à octobre 18, 2005 02:56 PM