septembre 20, 2005

Boisclair: en pleine possession de ses moyens?

While he yesterday admitted to having used cocaine during the years when he was a Cabinet minister, André Boisclair tried two different lines of argument to minimize the significance of his cocaine use. He said that:
  1. "I was never in a situation where I was under the influence of anything when I exercised my duties as an elected member or as a minister."
  2. "I am now in full possession of my faculties."

For moral and practical reasons, the press has generally not well received the first argument. (What would we think of a policeman or a judge who takes cocaine by night and claims that it is not a problem because he only works in the day? A violation of criminal law by a representative of the people and a minister of the Crown is not something to be taken lightly.) But most people, including his opponents in the race for the leadership of the Parti Québécois, seem to have accepted the second argument: that Boisclair's past cocaine use couldn't have impacted his present mental faculties. But research in neurology shows that we should not be so quick to accept this argument. Of course, to the extent that this research undermines Boisclair's second argument, it also undermines his first argument (unless his first argument is understood in the strict sense that he did not act as a MNA or a minister while on a cocaine "high", five minutes after snorting a line) Indeed, if cocaine has residual effects months or years after an user has quit using the drug, then it seems obvious that it had also residual effects days or weeks after the last dose, and that the effects of Boisclair's wild nights could still be felt to some extent when he put on the suit of the MNA and minister.

In a study published in 1992 in the journal Synapse, seven searchers found differences in the brain metabolism in cocaine users and these differences persisted months after the last dose:

[C]ocaine abusers had significantly lower metabolic activity in 16 of the 21 left frontal regions and 8 of the 21 right frontal regions. These decreases persisted after 3-4 months of detoxification and were correlated with the dose and the years of cocaine use. This study shows reduced rates of frontal metabolism in neurologically intact cocaine abusers that persist even after 3-4 months of detoxification.

A team of researchers from the Massachusetts General Hospital in Boston studied 50 sets of identical twins where one twin had taken cocaine or amphetamines but had stopped at least one year before the study and the other twin had never taken cocaine or amphetamines. The results of the study were published in 2003 in the Archives of General Psychiatry and BBC News reports:

Previous studies have shown that former cocaine-users show impaired concentration, memory and learning skills up to six months after kicking the habit.

But new research has found that the effects last for up to twice as long.

[...] They found that people who had used drugs showed diminished concentration and motor skills in comparison with their sibling [at least] a year after quitting.

Finally, in a review of the literature pertaining to the residual neurological consequences of cocaine use, published in 1998 in the journal Neuropsychology Review, six researchers wrote:

[R]ecent research with newer functional neuroimaging techniques such as single photon emission, positron emission tomography, and quantitative electroencephalography have revealed high rates of significant alteration in brain function among cocaine users [...] These findings are often associated with impairment on neuropsychological evaluation [...] Both cerebral metabolic and hypoperfusion anomalies are seen, especially in anterior and temporal brain regions. Observed changes can persist for months, and for some patients, may represent a permanent change in brain functioning.
Hier, lorsqu'il a admis avoir consommé de la cocaïne durant les années pendant lesquelles il était ministre, André Boisclair a essayé deux éléments d'argumentation pour minimiser l'importance de sa consommation de cocaïne. Il a dit que:
  1. "Je ne me suis jamais retrouvé dans une situation où j'ai exercé mes responsabilités de député ou de ministre sous l'influence de quoi que ce soit."
  2. "Je suis aujourd'hui en pleine possession de mes moyens."

Pour des raisons morales et pratiques, la presse n'a généralement pas bien accueilli le premier argument. (Que penserait-on d'un policier ou d'un juge qui prend de la cocaïne la nuit et affirme qu'il n'y a aucun problème parce qu'il travaille seulement de jour? Une violation des lois criminelles par un représentant du peuple et un ministre de la Couronne n'est pas quelque chose à prendre à la légère.) Mais la plupart des gens, incluant ses adversaires dans la course à la chefferie du Parti Québécois, semblent avoir accepté le deuxième argument: que la consommation passée de cocaïne par Boisclair ne peut pas avoir eu d'impact sur ses présentes facultés mentales. Mais les recherches en neurologie montrent qu'il ne faudrait pas si rapidement accepter cet argument. Évidemment, dans la mesure où ces recherches minent le second argument de Boisclair, elles minent aussi son premier argument (à moins que son premier argument ne soit interprété que dans le sens étroit où il n'a pas agi en tant que député ou ministre alors qu'il était sur un "high" de cocaïne, cinq minutes après avoir reniflé une ligne) En effet, si la cocaïne a des effets résiduels des mois ou des années après qu'un utilisateur ait cessé de consommer la drogue, alors il semble évidemment qu'elle a aussi des effets résiduels des jours ou des semaines après la plus récente dose, et les effets des nuits folles de Boisclair auraient pu toujours se faire sentir dans une certaine mesure alors qu'il enfilait son habit de député et ministre.

Dans une étude publiée en 1992 dans la revue Synapse, sept chercheurs ont trouvé des différences dans le métabolisme du cerveau des consommateurs de cocaïne et ces différences restaient des mois après la dernière dose:

Les consommateurs de cocaïne avaient une activité métabolique significativement plus basse dans 16 des 21 régions frontales de gauche et 8 des 21 régions frontales de droite. Ces diminutions persistaient après 3-4 mois de désintoxication et étaient corrélées avec la dose et le nombre d'années de consommation de cocaïne. L'étude montre que les taux réduits de métabolisme frontal dans les consommateurs de cocaïne neurologiquement intacts persistent même après 3-4 mois de désintoxication.

Une équipe de chercheurs du Massachusetts General Hospital de Boston a étudié 50 paires de jumeaux identiques dans lesquelles un jumeau avait pris de la cocaïne ou des amphétamines mais avait arrêté au moins un an avant le début de l'étude et où l'autre jumeau n'avait jamais pris de cocaïne ou d'amphétamines. Les résultats de l'étude ont été publiés en 2003 dans les Archives of General Psychiatry et la BBC rapporte que:

Des études précédentes avaient montré que les ex-consommateurs de cocaïnes présentent des difficultés de concentration, de mémoire et d'apprentissage jusqu'à six mois après avoir abandonné leur habitude.

Mais une nouvelle étude montre que les effets durent jusqu'à deux fois plus longtemps.

[...] Ils ont trouvé que les gens qui avaient consommé des drogues présentaient une concentration et des habiletés motrices réduites comparativement à leur jumeau [au moins] un an après avoir arrêté.

Finalement, dans une revue de littérature sur les conséquences neurologiques résiduelles de la consommation de cocaïne, publiée en 1998 dans la revue Neuropsychology Review, six chercheurs écrivent:

Des recherches récentes avec de nouvelles techniques de neuroimagrie fonctionnelle telles que la tomographie monophotonique, la tomographie à émission de positron et l'électroencéphalographie quantitative ont révélé des taux élevés d'altérations significatives dans le fonctionnement du cerveau des consommateurs de cocaïne [...] Ces constatations sont souvent associées à des déficiences lors de l'évaluation neuropsychologique [...] Des anomalies autant au niveau du métabolisme cérébral que de l'hypoperfusion sont observées, particulièrement dans les régions antérieures et temporales du cerveau. Les changements observés peuvent persister pendant des mois et, pour certains patients, peuvent représenter une changement permanent dans le fonctionnement du cerveau.


Publié par Laurent à septembre 20, 2005 10:23 PM
Commentaires

Je trouve que tout cela ne réflète pas vraiment le cas de Boiclair. Premièrement, nous n'avons pas d'indications sur la durée et la fréquence d'utilisation de la cocaine par Boisclair. J'ai fouillé un peu sur le net et j'ai trouvé cette étude utilisant des sujets consomant de la cocaine de façon récréative : http://www.springerlink.com/media/A8612R45WM6XRK9CDR2P/Contributions/T/8/7/0/T870876T82565423_html/fulltext.html. Sauf que, si l'on regarde un peu plus loin dans l'article, ces sujets récréatifs consomment en moyenne 1 g par semaine durant au moins 44 mois !

Il serait toutefois intéressant de vérifier si après une seule dose, il y a adaptation au niveau cellulaire ou bien cela nécessite plusieurs doses. Mais, tout cela est rempli de si, si et si ... En plus, l'effet n'est pas le même pour touts les individus ... Moi, je n'aurais pas de problème à voter pour un ministre ayant déjà pris de la coke sachant qui peut accomplir le travail. Toutefois, il faut que son problème soit réglé.

Selon moi, l'effet de tout ça dans les sondages à court terme va favoriser Boisclair. Surtout après le témoignage de Pauline Marois que j'ai entendu sur radio-canada qui disait un peu comme ton billet. À long terme, c'est une autre affaire....

Écrit par: Éric à septembre 21, 2005 04:26 AM

Personnellement, je suis très-très décu du (ou des) geste que M. Boisclair a pu poser dans le passé comme ministre élu concernant la consommation de cocaine...

Mais j'ai trouvé ca sur le Blogue de Martineau qui m'a donné matière à réflexion :

« Je reviens à ce que j'avais déjà écrit, il y a quelque temps (je le répète, au cas où vous ne l'aviez pas lu):

Voici la "fiche morale" de trois candidats. Pour qui voteriez-vous s'il y avait une élection la semaine prochaine?

Candidat 1: Il fréquente des politiciens corrompus et consulte des astrologues. Il a eu deux maîtresses. Il fume comme une cheminée et boit une dizaine de martinis par jour.

Candidat 2: Il a été expulsé du Parlement deux fois, il dort jusqu'à midi, il a déjà fumé de l'opium au collège et il boit un litre de scotch chaque soir.

Candidat 3: C'est un héros de guerre décoré. Il est végétarien, ne fume pas, boit une bière de temps en temps et n'a jamais eu de relation extraconjugale.

Vous avez fait votre choix?

Le candidat 1 est Franklin D. Roosevelt. Le candidat 2, Winston Churchill. Et le candidat 3, Adolf Hitler. »

Comme vous le voyez, il n'y a pas de candidat parfait!

J'ajoute, pour la décharge de M. Boisclair, que son aveu (m^eme forcé) est un signe d'honn^eteté qui est assez rafra^ichissant dans le monde politique actuel où l'on nous a habitué au cynisme le plus lourd et aux mensonges éhontés de la langue de bois institutionnelle...

Écrit par: Baron bleu-obscur à septembre 21, 2005 06:46 AM

(Pardonnez mon français)

Baron bleu-obscur:

André Boisclair fait-il vraiment preuve d'honnêteté quand il qualifie d'"erreur de jeunesse" la consommation de cocaïne par un ministre agé d'au moins trente ans?

Les réponses de M. Boisclair me donnent l'impression qu'il manque toujours de bon jugement. Eh bien, au péquistes et québécois de décider!

P.S. Great blog, Laurent.

Écrit par: Ed King à septembre 21, 2005 01:22 PM

Baron bleu-obscur,

Félicitations, vous avez réussi à vérifier la loi de Godwin dès le 2e commentaire sur ce billet! ("Plus une discussion sur Internet dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s'approche de un")

Martineau n'a rien inventé, c'est quelque chose qui circule depuis déjà plusieurs années. Comme Snopes et Truth or Fiction le montrent, cet exemple se base sur des astuces sémantiques, une lecture sélective des faits ainsi que des inventions pures et simples. En particulier, il n'existe aucune preuve que Churchill ait consommé de l'opium.

Tant qu'à avoir déjà atteint le Point Godwin, je mentionnerai que Martineau a omis certains faits sur la santé d'Hitler: il avait probablement une syphilis à l'état avancé et était devenu dépendant à la métamphétamine ainsi qu'à... la cocaïne! Notez que chacun de ces trois éléments ont des impacts neurologiques.

Finalement, je ne vois pas ce qu'il y a de rafraîchissant à ce que Boisclair finisse par avouer du bout des lèvres, après avoir tenté de nous induire en erreur vendredi, qu'il a consommé de la cocaïne alors qu'il était ministre. Il ne pouvait pas le nier parce qu'il y a probablement bien des témoins qui auraient pu le contredire. Ne pas répondre aux questions aurait constitué un aveu implicite et aurait fait duré la controverse encore plus. Le seul choix était donc d'avouer, et il l'a fait non pas avec l'attitude de l'homme qui regrette sincèrement ses actes mais avec l'attitude de l'homme qui est en maudit de s'être fait pogner et qui voudrait sacrer une volée à celui qui l'a "stoolé" (voir ses accusations à l'endroit de Jean Charest, Pauline Marois, les journalistes, "ses adversaires", etc.)

Éric,

Des expériences montrent qu'une seule dose de cocaïne peut modifier le comportement: Stimuli associated with a single cocaine experience elicit long-lasting cocaine-seeking. Évidemment, dans le cas de Boisclair, on ne parle pas d'une seule dose puisqu'il a admis avoir consommé "à quelques reprises". Le "quelques" est trop flou et pourrait aussi bien se référer à 3 qu'à des centaines de fois, et le principal interessé ne semble pas vouloir donner plus de précisions. L'argument est précisément qu'on ne peut pas savoir jusqu'à quel point cette consommation a pu laisser des séquelles et que, même si il ne consomme plus de cocaïne aujourd'hui, il est possible que son problème, ou plus exactement les conséquences de celui-ci, le suive jusqu'à la fin de ses jours.

Écrit par: Laurent à septembre 21, 2005 05:11 PM

C'est super intéressant cette étude, mais honnêtement, on s'en sacre un peu. Je veux dire si Boisclair avait eu un accident d'auto avec des symptômes de pertes de mémoire ou troubles neurologiques, on n'en ferait pas tout un plat.

Donc sur l'aspect scientifique, super intéressant, sur le plan moral, bof.

brem

Écrit par: brem à septembre 22, 2005 04:53 PM

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