juin 24, 2005

Je me souviens

Jacques Rouillard, history professor at the University of Montréal, has just published in the Bulletin d'histoire politique a very interesting article on Québec's motto, "Je me souviens" which means "I remember". (A shortened version of this article has been published in Le Devoir)

It was in 1883 that Eugène-Étienne Taché, deputy minister of Crown Lands, drew up the plans for the new Parliament building of Québec City and specified that the words "Je me souviens" would be inscribed aboved the main entrance door of the Parliament building. Even though Taché never revealed the explicit meaning of these words, professor Rouillard sheds light on this motto by studying the decoration of the Parliament building as a whole, the other works realized by Taché and the political thought of bourgeois elites at the time. He reaches the following conclusion on the original meaning of Québec's motto:

The original meaning of Québec's motto which is found in Parliament's memorial is a good example of the changing and lost memory of national collectivities. As we have shown, the motto is a construction of the memory which reflects the values of the French Canadian bourgeoisie at the end of the 19th century. It calls for the remembrance of a past which affirms the French character of Québec while also being grateful for the British character of its institutions which would have allowed the dawning of democracy, a certain political autonomy for Québec and the flourishing of French Canada. This is a way to distinguish oneself from the Other (Great Britain, English Canada) while also giving him thanks for his liberality.

This article also brings up interesting elements on the political and historical thought of Taché and the French Canadian elite of the second half of the 19th century and of the first half of the 20th century:

  • To the contrary of their peers after the Quiet Revolution, they do not see the Conquest in 1759 or the failure of the Patriotes' Rebellions in 1837-38 as catastrophic events and do not feel resentful towards the British with respect to these events.
  • For them, the key moments in the history of Québec are rather to be found in 1791 and 1848, when Québec obtained first a legislative assembly and then responsible government. It must be noted that this emphasis on the winning of democratic institutions also used to find its echo in English Canada. As Paul Romney pointed out in Getting it wrong: How Canadians forgot their past and imperilled Confederation, the struggle for responsible government formed an important part of English Canadians' historical memory until the 1960s.
  • With respect to political ideas, it is liberalism and not clerical nationalism which occupies the commanding heights during this period.
Jacques Rouillard, professeur d'histoire à l'Université de Montréal, vient de publier dans le Bulletin d'histoire politique un article fort intéressant sur la devise du Québec, "Je me souviens". (Une version raccourcie de cet article a paru dans Le Devoir)

C'est en 1883 qu'Eugène-Étienne Taché, sous-ministre des Terres de la Couronne, réalise les plans du nouveau Parlement de Québec et il y spécifie que les mots "Je me souviens" seront inscrits au-dessus de la porte principale du Parlement. Bien que Taché n'ait jamais révélé la signification explicite de ces mots, le professeur Rouillard fait la lumière sur cette devise en étudiant l'ensemble de la décoration de l'Assemblée législative, les autres oeuvres de Taché ainsi que la pensée politique des élites bourgeoises de l'époque. Il arrive à la conclusion suivante sur le sens original de la devise du Québec:

Le sens original de la devise du Québec qui se trouve dans le mémorial du Parlement est un bel exemple de la mémoire changeante et perdue des collectivités nationales. Comme nous l’avons montré, la devise est une construction de la mémoire qui reflète les valeurs de la bourgeoisie canadienne-française de la fin du XIXe siècle. Elle appelle au souvenir d’un passé qui affirme la francité du Québec tout en témoignant de la gratitude à l’égard de la britannité de ses institutions qui auraient permis l’avènement de la démocratie, une certaine autonomie politique pour le Québec et l’épanouissement du Canada français. On veut ainsi se distinguer de l’Autre (Grande-Bretagne, Canada anglais) tout en lui rendant grâce pour sa libéralité.

Cet article relève aussi des éléments intéressants sur la pensée politique et historique de Taché et de l'élite canadienne-française de la deuxième moitié du 19e siècle et de la première moitié du 20e siècle:

  • Contrairement à leurs homologues d'après la Révolution tranquille, ils ne voient pas la Conquête en 1759 ou l'échec des Rébellions des Patriotes en 1837-38 comme des évènements catastrophiques et n'ont pas de ressentiment envers les Britanniques à cet égard.
  • Pour eux, les moments clés de l'histoire du Québec se situent plutôt en 1791 et en 1848, dates de l'obtention d'une assemblée législative et du gouvernement responsable. Il est à noter que cet accent sur l'obtention des institutions démocratiques trouvait autrefois son écho au Canada anglais. Comme l'a noté Paul Romney dans Getting it wrong: How Canadians forgot their past and imperilled Confederation, la lutte pour le gouvernement responsable a occupé une place importante dans la mémoire historique des Canadiens anglais jusqu'aux années 1960.
  • Sur le plan des idées politiques, c'est le libéralisme et non pas le clérico-nationalisme qui a le haut du pavé à cette époque.


Publié par Laurent à juin 24, 2005 04:53 PM
Commentaires

La citation complète serait:

Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la Rose

Lys: France
Rose: Angleterre

Écrit par: Francis Vachon à juin 24, 2005 06:44 PM

L'article précise que cette expression vient plutôt de la médaille commémorative du tricentenaire de Québec réalisée par Taché et qui porte à l'envers la mention suivante: "Dieu aidant, l’oeuvre de Champlain née sous les lis a grandi sous les roses."

Cependant bien que la lettre de la devise du Québec ne soit pas: "Je me souviens que né sous le lys, je croîs sous la Rose", à la lumière de cet article on peut dire que ça représente bien son esprit à l'origine.

Écrit par: Laurent à juin 24, 2005 10:34 PM

Enlightening. I always assumed that it was the Plains of Abraham Quebeckers were to remember (unforgivingly).

Écrit par: Tiberius à juin 25, 2005 01:44 PM

Ça m'apprendra a ne pas RTFA avant de commenter ;)

Écrit par: Francis Vachon à juin 27, 2005 06:58 AM

;-)

Écrit par: Laurent à juin 27, 2005 01:58 PM

Wow, who would have guessed that RTFA stood for the same thing in French?

Écrit par: Colby Cosh à juin 29, 2005 11:05 PM

The "F" part has been especially well integrated into the French language.

Écrit par: Laurent à juillet 1, 2005 09:54 AM

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