mai 26, 2005

L'éducation des femmes et leur fécondité

In the beginning of March, the Amateur Extraordinaire generated a mini-controversy when he quoted Robert D. Kaplan saying that "it has been shown increased literacy among women lowers the birth rate." This remark seemed self-evident to my eyes and I was surprised to see some commenters denying this negative correlation between the fertility and the literacy (or more generally the education level) of women.

Still, the facts are clear. The United Nations Population Fund, after having compared the rates of fertility and literacy in developing countries, concludes that "[t]he more education women have, the more likely they are to have smaller families." Moreover, "[m]ore education [for women] is strongly associated with lower infant mortality and lower fertility."

This correlation also holds for a developed country like Canada. Indeed, if we look at the total fertility rate of women born between 1875 and 1956, we see that women with an university education had systematically less children than women with a secondary education, who in turn had systematically less children than women with only a primary education.

In a 1968 study based on the 1961 Census, Jacques Henripin computed the influence of the type of locality (rural/urban), of the education level of the women and her husband, of religion, of the husband's income and of mother tongue on the total number of children born to women aged between 45 and 49 in 1961. He found that, when controlling for the other factors, the influence of a woman's education level was such that a woman with an elementary education had on average 41 percent more children than a woman with an university education.1 A 1993 study T. R. Balakrishnan, Family and Childbearing in Canada: A Demographic Analysis, computed the influence of the type of locality, of religion, of religiosity, of ethnicity, of the woman's education level and her professional activity on the total number of children born to women aged between 45 and 49 in 1984. Thus, when controlling for other factors, a woman with 11 years of schooling or less had in average had 29 percent more children than a woman with 14 years of schooling or more.2

These results should not surprise us. Indeed, women generally wait to have completed their education before having children; a longer education thus means a delay in the age at which they have their first birth, especially since most educated women prefer to start their career before having a child. A higher education level also increases the opportunity costs, in terms of lost wages and delays in career advancement, caused by childbearing. Moreover, educated women are more likely to be knowledgeable about contraception and to be able to get their partner to accept the use of contraception. Finally, educated women often prefer to emphasize the quality of their children (among others by ensuring they receive a good education) rather than their quantity.

Au début de mars, l'Amateur Extraordinaire a généré une mini-controverse lorsqu'il a cité Robert D. Kaplan disant que "il a été démontré qu’une plus grande alphabétisation chez les femmes abaisse le taux de natalité." Cette remarque me semblait tout à fait évidente et j'ai été surpris de voir certains commentateurs nier cette corrélation négative entre la fécondité et l'alphabétisation (ou plus généralement le niveau d'éducation) des femmes.

Pourtant, les faits sont clairs. Le Fonds des Nations Unies pour la population, après avoir comparé les taux de fécondité et d'alphabétisation des femmes dans les pays en voie de développement, conclut que "[p]lus les femmes sont éduquées, plus il est probable qu’elles auront des familles moins nombreuses." De plus, "[i]l existe une corrélation très prononcée entre le niveau plus élevé d'éducation [chez les femmes] et la baisse des taux de mortalité infantile et de fécondité."

Cette corrélation tient aussi pour un pays développé comme le Canada. En effet, si on étudie la descendance finale des femmes nées entre 1875 et 1956, on voit que les femmes ayant une éducation universitaire ont systématiquement une descendance plus faible que celles qui ont une éducation secondaire, et que celles-ci ont systématiquement une descendance plus faible que les femmes ayant seulement une instruction élémentaire.

Dans une étude de 1968 sur le recensement de 1961, Jacques Henripin a calculé l'influence du type d'habitat (rural/urbain), du niveau d'instruction de la femme et du mari, de la religion, du revenu du mari et de la langue maternelle sur le nombre d'enfants qu'avaient eu les femmes de 45-49 ans en 1961. Il a trouvé que, lorsqu'on tenait compte des autres facteurs, l'influence propre du niveau d'instruction de la femme était telle qu'une femme ayant une instruction élémentaire avait eu en moyenne 41% plus d'enfants qu'une femme diplômée d'une université.1 Une étude de 1993 par T. R. Balakrishnan, Family and Childbearing in Canada: A Demographic Analysis, a calculé l'influence du type d'habitat, de la religion, de la religiosité, de l'ethnicité, du niveau d'instruction de la femme et de l'activité professionnelle de la femme sur le nombre d'enfants qu'avaient eu les femmes de 45-49 ans en 1984. Ainsi, lorsqu'on tient compte des autres facteurs, une femme ayant fait 11 années d'études ou moins a eu moyenne 29% plus d'enfants qu'une femme ayant fait 14 années d'études ou plus.2

Ces résultats ne devraient pas nous surprendre. En effet, les femmes attendent généralement d'avoir terminé leurs études avant d'avoir des enfants; des études plus longues viennent donc retarder l'âge auquel elles ont leur premier enfant, d'autant plus que la plupart des femmes éduquées préfèrent commencer leur carrière avant d'avoir un enfant. Un niveau d'éducation plus élevé augmente aussi les coûts de renonciation, en termes de salaire perdu et de retard dans l'avancement de la carrière, liés au fait d'avoir un enfant. De plus, les femmes éduquées ont plus tendance à bien connaître les méthodes de contraception et à les faire accepter par leur partenaire. Finalement, les femmes éduquées préfèrent souvent mettre l'emphase sur la qualité de leurs enfants (entre autres en s'assurant qu'ils reçoivent une bonne éducation) plutôt que sur leur quantité.

1. Henripin, Jacques (2003) La métamorphose de la population canadienne. Montréal: Les Éditions Varia, p. 166.

2. Ibid.


Publié par Laurent à mai 26, 2005 09:30 PM
Commentaires

Je trouve que le titre de votre article porte à confusion. Il y a bien une corrélation négative entre l'éducation des femmes et la fécondité (le nombre d'enfant qu'elle ont). La baisse de fécondité peut très bien être expliquer par l'usage de contraceptif. Par contre, quand on parle de fertilité, on ne parle pas du nombre d'enfants mais de la capacité à en concevoir. Ce qui est indépendant de l'éducation. (Du moins des arguments que tu avances)

Écrit par: Guillaume Coté à mai 27, 2005 07:51 AM

Bon point. Je viens de modifier le titre de ce billet pour qu'il parle de fécondité plutôt que de fertilité.

Écrit par: Laurent à mai 27, 2005 09:07 AM

Et si c'était tout simplement l'inverse: les femmes ne font pas d'études pour s'occuper de leurs enfants...

Écrit par: gigi, l'âme au roseau à mai 27, 2005 11:03 AM

Je ne veux pas cracher dans la soupe, mais je crois qu'il faut plutôt parler de fécondation (le fait d'être fécondé) que de féconditié (d'après le Larousse "Aptitude d'un être vivant à se reproduire.") OK... ça rend un peu mécanique la rperoduction, mais tant qu'à parler de démographie... Bien qu'ils puissent y avoir des exceptions, je crois moi aussi la corrélation évidente... et les causes peuvent être multiple...

Écrit par: Raphaël à mai 28, 2005 10:40 AM

Gigi,

En effet, c'est probablement un autre des facteurs qui expliquent cette corrélation.

Raphaël,

"Fécondité" est le terme généralement employé par les démographes dans ce contexte-ci. (Voir ici et ici)

Écrit par: Laurent à mai 28, 2005 05:20 PM

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