mai 24, 2005

Le déclin démographique des anglo-Québécois

Following the fall of the fertility rate and the rise of international immigration in the latest decades, there has been a lot of talk about the demographic future of Québec francophones. However, this is not the only interesting demographic phenomenon to happen in Québec. Indeed, Québec anglophones have known a sustained demographic decline in the last 150 years.

In 1871, 20.4 percent of Quebecers were of British ethnic origin. This proportion continually decreased to reach 5.1 percent in 1996. There is no reliable data for the distribution of the population by mother tongue in Québec before 1931. However, we can use the share of people having a British ethnic origin as a proxy for the share of anglophones before 1931, which would mean there were about 20 percent of anglophones in 1871. The share of Quebecers having English as their mother tongue was equal to 15.0 percent according to the 1931 Census and it had diminished in the following decades to reach 8.3 percent in 2001.

This demographic decline has also transformed the face of many regions in Québec. More than 60 percent of the population of the Québec side of the Ottawa Valley were anglophones in 1861 whereas they made up less than 20 percent of the population in 1981. Who could imagine that Québec City, today almost entirely francophone, had an almost 40 percent anglophone population in 1861? Conversely, we often remember the Eastern Townships as an anglophone stronghold originally settled by immigrants coming from the British Isles; the population of this region was 58 percent anglophone in 1861. However, this share had fallen to 6 percent in 2001.

These demographic changes also had an impact on Québec's political life. As was mentioned by Garth Stevenson in a 1998 article on Québec's anglophone MNAs published in the journal Inroads, in the early years following Confederation, "about a fifth of the members were anglophones, but there are now only 8 out of 125 members." Joseph-Édouard Cauchon had been chosen in 1867 to be the first Premier of the province of Québec. He has however been pushed aside because Christopher Dunkin refused to serve as treasurer under Cauchon, judging him to be unacceptable to Québec's anglophone community. This showed the political power of Québec's anglophone community at the time: it could bring about the fall of an aspiring Premier. It became a tradition to give the office of treasurer of the province of Québec to an anglophone, until Maurice Duplessis definitively abolished this tradition in 1944 by appointing Onésime Gagnon as provincial treasurer. This was an early sign of the political decline of Québec's anglophones. In the latest decades, the Parti Québécois has won office four times despite the hostility of Québec's anglophone community and even the Liberal Party does not fear to anger anglophones if it can better please francophone voters, as it did in 1988 by using the notwithstanding clause to preserve French unilingualism in commercial signs.

How did these demographic changes happen? There was of course the famous "revenge of the cradles", which took place from 1870 to 1940, a period during which the fertility of francophones was much higher than the fertility of anglophones. This trend also continued during the Baby Boom. But what is less well known is that the fertility of francophones remained higher than the fertility of anglophones in Québec even during the Quiet Revolution of the 1960s despite the general decline in fertility rates. Indeed, we have to wait until the 1981-1986 period for the fertility rates of each of these groups to become equal to one another. The Conseil de la langue française even published in 1984 a study based on the 1981 Census remarking that "the very low fertility of Québec women mostly affects anglophones."

The other factor explaining these demographic changes is interprovincial migration. Anglophones have shown a tendency to leave Québec for the other Canadian provinces, particularly during the 1970s with the arrival of language laws and the election of a sovereignist party in Québec City.

If I am presenting these facts, it is not to celebrate nor to lament the demographic decline of Québec's anglophones, but simply to take note of it. It is striking to see how, over a long period of time, there can be so important changes in the ethnic composition of a population without a gunshot being fired or a drop of blood being shedded.

Suite à la chute du taux du natalité et à la montée de l'immigration internationale dans les dernières décennies, on a beaucoup parlé de l'évolution démographique des francophones du Québec. Cependant, ce n'est pas le seul phénomène démographique intéressant à se produire au Québec. En effet, les anglophones du Québec connaissent un déclin démographique soutenu depuis les 150 dernières années.

En 1871, 20,4% des Québécois étaient Britanniques de par leur origine ethnique. Cette proportion a constamment diminué pour atteindre 5,1% en 1996. Il n'y a pas de données fiables pour la répartition de la population québécoise selon la langue maternelle avant 1931. Cependant, on peut estimer que la proportion d'anglophones était approximativement égale à la proportion de personnes d'origine ethnique britannique, ce qui signifierait qu'il y avait environ 20% d'anglophones en 1871. La proportion de Québécois ayant l'anglais comme langue maternelle était de 15,0% selon le recensement de 1931 et elle a diminué durant les décennies suivantes pour atteindre 8,3% en 2001.

Ce déclin démographique des anglophones a aussi transformé le visage de plusieurs régions du Québec. Plus de 60% de la population de l'Outaouais était anglophone en 1861 alors qu'il y en avait moins de 20% en 1981. Qui pourrait imaginer que la ville de Québec, aujourd'hui presque complètement francophone, avait en 1861 une population à 40% anglophone? Inversément, on se rappelle souvent des Cantons-de-l'Est comme un bastion anglophone originellement peuplé par des immigrants venus des Îles britanniques; la population de cette région était à 58% anglophone en 1861. Cependant, cette proportion n'était plus que de 6% en 2001.

Ces changements démographiques ont aussi eu impact sur la vie politique québécoise. Comme l'a mentionné Garth Stevenson dans un article sur les députés provinciaux anglophones du Québec publié en 1998 dans la revue Inroads, dans les premières années suivant la Confédération, "environ un cinquième des députés étaient anglophones, mais il y en a maintenant seulement 8 sur 125 députés." Joseph-Édouard Cauchon avait été choisi en 1867 pour être le premier des premiers ministres de la nouvelle province de Québec. Il a cependant été écarté parce que Christopher Dunkin a refusé d'occuper le poste de trésorier sous Cauchon, le jugeant inacceptable pour la communauté anglophone du Québec. Ceci montrait la force politique de la communauté anglophone du Québec à l'époque: elle pouvait faire tomber un aspirant premier ministre. C'est devenu une tradition que de donner le poste de trésorier de la province de Québec à un anglophone, jusqu'à ce que Maurice Duplessis abolisse définitivement cette tradition en 1944 en nommant Onésime Gagnon comme trésorier provincial. C'était un signe avant-coureur du déclin politique des anglophones du Québec. Dans les dernières décennies, le Parti Québécois a été quatre fois élu malgré l'hostilité de la communauté anglophone du Québec et même le Parti Libéral ne craint pas de s'attirer les foudres des anglophones si ils peuvent mieux plaire aux francophones, comme ils l'ont fait en 1988 en invoquant la clause nonobstant pour maintenir l'unilinguisme francophone dans l'affichage commercial.

Comment ces changements démographiques se sont-ils produits? Il y a bien sûr eu la fameuse "revanche des berceaux", qu'on situe de 1870 jusqu'à 1940, pendant laquelle la fécondité des francophones fut bien supérieure à celle des anglophones. Cette tendance s'est aussi poursuivie durant le Baby Boom. Mais ce qui est moins bien connu est que la fécondité des francophones est restée supérieure à celle des anglophones au Québec même pendant la Révolution tranquille des années 1960 malgré la chute générale des taux de fécondité. En effet, il faut attendre la période 1981-1986 pour que les taux de fécondité de ces deux groupes linguistiques deviennent égaux. Le Conseil de la langue française a même publié en 1984 une étude basée sur le recensement de 1981 affirmant que "la très faible fécondité des Québécoises affecte surtout les anglophones."

L'autre facteur expliquant ces changements démographiques sont les migrations interprovinciales. Les anglophones ont montré une tendance à quitter le Québec pour les autres provinces canadiennes, particulièrement durant les années 1970 avec l'arrivée des lois linguistiques et l'élection d'un parti souverainiste à Québec.

Si je présente ces faits, ce n'est pas pour célébrer ou lamenter le déclin démographique des anglophones du Québec, mais simplement pour le constater. Il est frapper de voir comment, sur une longue période, la composition ethnique d'une population peut connaître des changements si importants sans qu'un coup de feu ait été tiré ou qu'une goutte de sang ait été versée.


Publié par Laurent à mai 24, 2005 10:21 PM
Commentaires

Really interesting.

What about the rate of allophones into Quebec? How do you foresee this changing political realities (if they do) here?

~Ken

Écrit par: Ken Lobo à mai 25, 2005 11:18 AM

In the mid-term, allophones are forecast to account for 12-13 percent of Québec's population in 2017 (see here) This is still lower than Canada's 2001 number of 17.2 percent.

I think the main change is that, as the children of allophones become integrated into Québec's French-speaking through Bill 101's provisions pertaining to the language of education, Québec's francophone population will become less 'French'. This spells trouble for sovereignist politicians who, to win their referendum, will have to cultivate a nationalism which appeals to both 'pure laine' and new francophones. This probably means a nationalism which is more civic and abstract. But this also means a nationalism closer to the Canadian one, and Quebecers might wonder what is the point of trading one dollar for four quarters.

Écrit par: Laurent à mai 25, 2005 08:19 PM

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