Un médecin britannique, le Dr. John Harris, vient d'atteindre un nouveau sommet dans le relativisme culturel. Lorsque des militants anti-avortement lui ont demandé de comparer le statut moral d'un embryon versus celui d'un nouveau-né, il a répondu qu'il ne pensait pas que "l'infanticide était toujours injustifiable" et il a rajouté que "la pratique de l'infanticide est très répandue et acceptée dans la plupart des pays".
Ben oui, quel argument fantastique! Des paysans en Chine noient leurs petites filles dans les rizières. Pourquoi on peut pas faire pareil?!?!??
Comme on dit: "Ayez l'esprit ouvert, mais pas tellement ouvert que votre cervelle vous sort par les oreilles".
Son argument est parfaitement juste. C'est d'ailleurs exactement l'argument utilisé par les anti-avortements : le fait que biologiquement, la naissance ne crée par de différence. Si l'on veut une règle cohérente, comment admettre qu'un avortement 1h avant une naissance a un statut moral différent d'un infanticide une heure après? La seule différence est celle du vocabulaire.
Il a par ailleurs raison de rappeler cette vérité élémentaire : dans de nombreuses sociétés l'infanticide est admis. Ce qui signifie que le choix de la limite entre avortement et infanticide relève d'une norme morale, pas d'une réalité biologique.
Il n'a pas simplement dit qu'il n'y avait pas de différence morale entre un avortement en fin de grossesse et un infanticide, il n'a pas simplement rappelé que l'infanticide était courant dans certaines sociétés.
Il a affirmé que l'infanticide était parfois justifiable et il a justifié cette affirmation par le fait que d'autres sociétés pratiquent l'infanticide.
C'est ça que je trouve stupide. D'autres sociétés pratiquent aussi la lapidation des femmes adultères: un autre modèle pour l'Occident?
Écrit par: Laurent à janvier 27, 2004 04:44 PMEntièrement d'accord sur ce plan. Ce n'est pas parce qu'une pratique est admissible ailleurs qu'elle devient ipso facto admissible et recommandable chez nous.
Mais ce qui distingue l'occident, c'est de fonder sa morale sur la raison. Et il faut se poser les problèmes éthiques sans considérer que poser la question est y répondre. C'est comme cela qu'on progresse. En répondant à des questions du type "pourquoi un infanticide est intolérable alors qu'un avortement l'est"?
Bon, nous sommes d'accord sur la plupart des points. Maintenant à la question:
"pourquoi un infanticide est intolérable alors qu'un avortement l'est?"
La réponse normalement fournie par les féministes repose sur les principes du libéralisme (pour une fois que les féministes ne les balaient pas du revers de la main...) Si une femme n'a pas le droit de mettre un terme à sa grossesse, alors ça signifie que son corps ne lui appartient pas et que quelqu'un d'autre peut décider ce qu'elle peut et ne peut pas faire avec son utérus.
Inversément, un bébé qui est déjà né ne dépend plus nécessairement de sa mère. Peut-être que son père peut l'élever ou qu'il peut être donné en adoption.
En gros, c'est la distinction théorique entre l'avortement et l'infanticide. (Je ne serais pas vraiment d'accord avec des avortements en fin de grossesse étant donné que le "fardeau" apporté par la continuation de la grossesse ne me semble pas alors déraisonnable)
Écrit par: Laurent à janvier 28, 2004 01:32 PMC'est vrai que la conclusion que l'on peut en tirer, c'est qu'une approche libérale, en termes de droit, est finalement plus efficace qu'une approche biologique qui butera toujours sur la définition de l'humanité par rapport à la non humanité.
On le voit ici : le scientifique se fonde sur une définition biologique pour montrer qu'on ne peut pas fonder l'éthique dessus.