C'est maintenant officiel: Belinda Stronach entre dans la course à la chefferie du Parti Conservateur. Elle a son site et son blog de campagne.
La semaine dernière, Colby Cosh exprimait quelques réserves à l'endroit de Belinda:
She's certainly pretty, but she's been, shall we say, somewhat guarded as a political figure, and even as CEO of Magna International. We don't have two scraps of information about her beliefs to rub together, though we know her father ran for the Liberals against free trade in '88. If Kim Campbell was "Canada's Madonna," is this our Paris Hilton?"Cependant, elle a maintenant dévoilé son agenda et celui-ci semble plutôt solide (du moins d'un point de vue libéral classique): mettre fin au programme fédéral d'enregistrement des armes à feu, baisser les impôts sur le revenu, éliminer les impôts sur les gains en capital, rendre les paiements d'hypothèque et les frais de scolarité postsecondaire déductibles d'impôts, réduire la taille et le coût du gouvernement fédéral, reconnaître les mariages de même sexe et accueillir plus d'immigrants éduqués. Il y a évidemment des aspects illibéraux dans sa plateforme, comme ne pas décriminaliser la marijuana ou maintenir le monopole gouvernemental des soins de santé, mais on ne peut pas s'attendre à la perfection. Ce mélange de positions économiques "de droite" et de positions morales "de gauche" amène Peaktalk à comparer Belinda à Arnold Schwarzenegger.
Trudeaupia prévoit quant à lui que les médias canadiens vont encore une fois démontrer leurs sympathies gauchisantes (Ctrl+F "Belinda"):
But while the media were incredibly indulgent with the Sheila Copps candidacy, I bet we'll see the liberal media bias at work with Belinda. If she hangs in there to the convention I bet she will do better than the 6% Copps got in her leadership bid. But after a brief polite pause I bet the media will unload the heavy artillery on this woman, though they were incredibly indulgent with the Copps train wreck. It's okay to be an annoying loudmouth leftist that uses taxpayer money to fund lesbian porn films, but it's totally unnacceptable to be a rich heirress businesswoman that employs 72,000 people worldwide. The last two NDP leaders were millionaire heirresses, too, but they were chardonnay socialists. The CBC and Toronto Star love their chardonnay socialist kindred spirits.Effectivement, la candidature de Belinda Stronach pose bien des problèmes aux biens-pensants à gauche du centre. Ils ne peuvent pas faire leur petit numéro bien connu en l'accusant d'être raciste, sexiste et homophobe: elle est une fille d'immigrant en faveur des mariages gais. Larry Zolf de CBC, dans un texte juste et objectif, respectant la "pause de politesse", analyse la situation: "Stronach vient de mettre fin à l'accusation selon laquelle le nouveau Parti Conservateur est simplement une nouvelle version de l'Alliance". Il va donc falloir trouver autre chose pour nourrir une petite démagogie mesquine. Jack Layton nous donne un aperçu de ce qui s'en vient:Good luck and God bless, Belinda. I'm sure you'll do better than Copps or the two NDP dingbats, whose names I forget. In Trudeaupia you can be gay, divorced, a single mother, pot smoker or inherit millions. You can fund lesbian porn films or grotesquely misuse taxpayers' money. You can jump parties or threaten to out of crass political opportunism. But you're talking about lowering taxes, scrapping the gun registry, shrinking the burden of government, scrapping capital taxes and rebuilding the military. They will be merciless. Women are allowed to be anything they want, except conservative.
New Democratic Party Leader Jack Layton dismissed Stronach as another Paul Martin, a chief executive officer turned politician, focused totally on appealing to Bay Street and the so-called "corporate agenda."Qu'aurait-on dit si Belinda Stronach avait dit que la course entre le PLC et le NPD se jouerait entre deux vieux hommes blancs, riches et hétérosexuels, purs représentants de la Patriarchie™? Les socialistes nous rabattent constamment les oreilles comme quoi il ne faut pas juger les "pauvres" et être compréhensifs, mais quand il s'agit des riches, toutes les attaques vicieuses sont permises. Leur discours officiel est que "la pauvreté n'est pas un choix", mais si c'est le cas alors la richesse non plus n'est pas un choix, alors pourquoi cette hargne perpétuelle envers les riches? Mais le NPD et leurs comparses ne sont pas intéressés à établir une quelconque cohérence dans leur discours. Pour eux, ce qui compte est que la guerre des classes existe et que la preuve de ceci est qu'ils la fomentent constamment!"We'll have a competition between CEOs, it looks like," Layton said.
D'ailleurs, tous les médias n'ont pas observé une "pause de politesse" avant de se lancer dans leurs attaques. Le Toronto Star, ce même journal qui compare "savamment" Bush à Hitler et Guantanamo Bay à l'Holocauste, avait commencé une croisade contre Belinda avant même qu'elle annonce sa candidature et accuse maintenant Belinda d'avoir des vieilles idées fatiguées sur la réduction de la taille de l'État.
C'est assez ridicule comme critique. Quelles "nouvelles idées" le Toronto Star aurait-il à proposer? Le socialisme Fabien britannique qui date de la fin du 19e siècle et qui fut abandonné par la Grande-Bretagne pour avoir freiné son développement économique de 1946 à 1979? Le New Deal de Roosevelt qui date des années 1930? La "Société Juste" de Pierre Elliot Trudeau qui date des années 1960 (et qui soit dit en passant a été copiée sur la Great Society du président américain Lyndon B. Johnson)? Les idées très crédibles des altermondialistes qui se réunissent en Inde (lire ce billet hilarant de The Daily Ablution)? Où sont donc toutes ces nouvelles idées que le Toronto Star aurait en tête?
De plus, je n'ai jamais cru à cette doctrine du progrès selon laquelle une idée X est supérieure à une idée Y simplement parce que l'idée X arrive plus tard que l'idée Y. Les idées d'Adam Smith ou Frédéric Bastiat, de Thomas Jefferson ou James Madison sont bien supérieures aux idées de Karl Marx, Lénine ou de Mussolini, pourtant dans les années 1930 beaucoup de gens s'entendaient pour dire que la démocratie libérale était dépassée et que le communisme ou le fascisme représentait la voie du futur.
Finalement, un problème sérieux de la candidature de Belinda Stronach, un fait qui semble malheureusement inévitable depuis qu'Israël Tarte a moussé la candidature de son chef au Québec en le présentant comme le "français et catholique Laurier" en 1896, est que les Québécois veulent être représentés par des "gens comme eux" c'est à dire un Québécois ou au moins quelqu'un qui parle français. La Presse Canadienne affirme d'ailleurs que "au Québec, son unilinguisme anglais et sa claire opposition à la décriminalisation de la marijuana la confrontent à une lourde tâche de persuasion".
Les priorités des Québécois sont claires: on veut fumer du pot en français, tabarnak!