janvier 20, 2004

Religion

Razib, de Gene Expression, a des observations intéressantes sur la religiosité de sa famille:

My younger brother and I have Bengali names and Muslim names (we were born in Bangladesh). My two youngest siblings (U.S. born) have only Muslim names, the atomization of American culture and the lack of the extended family making the idea of a Bengali nick-name seem outdated. When I was a child we would go to mosque only during major holidays. Recently I hear that my family goes to mosque (masjid) every Sunday, and my youngest siblings (they are pre-teens) go to "Sunday school."

Strangely, my family has become more orthodox in their Islam as they have assimilated to American culture. As their Bengaliness has been unmoored from their natal culture-Islam has allowed them to develop a new identity within a foreign matrix. It is true that my parents still have a South Asian identity, through Hindi film and social functions related to my mother's interest in Bengali song & dance, but they are Muslim Americans first and foremost.

Sur un sujet connexe, je dois dire que je n'ai jamais eu beaucoup de sympathie pour les fréquentes apologies du gouvernement fédéral faites par Stéphane Dion. Cependant, il faut dire que son interprétation de la Révolution Tranquille comme une révolution wéberienne, où une société catholique adopte des valeurs plus près de celles des Protestants, est rafraîchissante comparé au messianisme étatique qu'on entend normalement:

Le sociologue allemand Max Weber, dans son ouvrage classique L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, publié en 1905, a affirmé que les sociétés protestantes s'adaptent mieux à l'industrialisation que les sociétés catholiques en raison d'une plus grande valorisation de l'enrichissement matériel et de l'initiative individuelle.

Weber a peut-être poussé l'argument de façon trop systématique, mais il est certain que les sociétés protestantes se sont engagées dans l'ère industrielle plus rapidement que les sociétés catholiques. [ ... ] Au début du XXe siècle, les économies dynamiques étaient principalement en pays protestants et les seuls pays catholiques qui les approchaient, la France et la Belgique, étaient situés dans la même région géographique. La minorité protestante jouait d'ailleurs en France un rôle économique disproportionné. En Europe, le taux de croissance économique des pays protestants excédait de 152 % celui des pays catholiques. Avec la sécularisation, les pays catholiques ont comblé leur retard et le développement économique a cessé de rimer avec protestantisme. [ ...]

Il est arrivé que le rattrapage catholique ait connu une accélération au moment d'une libéralisation soudaine accompagnée d'une brusque sécularisation. Certaines sociétés catholiques ont vécu un dégel du genre encore plus spectaculaire que le nôtre. Je pense notamment à l'Espagne. [ ... ] L'Irlande des années 90 offre une autre manifestation saisissante de ce phénomène.

C'est cet ébranlement du catholicisme traditionnel qui s'est produit dans le Québec du début des années 60. Bien sûr, il ne faut pas exagérer la coupure de 1960 et le mythe de la Grande Noirceur. Mais Révolution tranquille il y a bien eu. Elle a été d'abord et avant tout un phénomène de sécularisation accélérée, parallèlement d'ailleurs au Concile de Vatican Il. En quelques années, l'Église a perdu au Québec l'essentiel de son pouvoir séculier [ ... ] .

Il aurait été bien étonnant que le Canada échappe à cette tendance lourde qui a fait que les sociétés catholiques ont été plus lentes que les sociétés protestantes à progresser dans la modernité et le libéralisme. Au Canada comme ailleurs, on a pu observer des revenus moins élevés, un entrepreneurship moins développé et, surtout, une scolarisation beaucoup moins poussée chez les catholiques que chez les protestants.

J'ai remarqué que dans certains pays d'Europe, les Catholiques sont souvent vus comme étant des fondamentalistes. Les Québécois modernes sont en comparaison extrêmement laïques: bien qu'ils soient nominalement catholiques, ils sont bien souvent en désaccord avec virtuellement toutes les thèses du catholicisme, que ce soit sur la contraception, l'homosexualité, l'avortement, les femmes-prêtres, le mariage des prêtres, etc. Il y a à peine 50 ans, une telle indépendance face aux thèses de l'Église aurait été tout simplement impensable. D'ailleurs, selon un sondage mené par l'Université Laval en 1964, environ 54% des Québécois francophones étaient favorables à ce que leur fils devienne prêtre contre seulement 6% pour une carrière dans le monde des affaires. Je ne serais pas surpris de voir que les pourcentages sont aujourd'hui inversés. Si il faut chercher une Révolution Tranquille à quelque part, ce serait plus dans ces changements sociaux qu'il faudrait regarder et non pas dans des canards boîteux comme la SGF ou des canards semi-boîteux comme Hydro-Québec.


Publié par Laurent à janvier 20, 2004 12:42 PM
Commentaires

Les catholiques européens sont souvent aussi "libres" que leurs condisciples québecois, mais le contexte est différent. La culture dominante sur notre continent étant celle de l'agnosticisme et du progressisme, le catholicisme y est considéré comme réactionnaire d'abord du fait de son passé, et ensuite parce que l'Eglise refuse d'embrasser les valeurs modernes. Résultat: tout catholique un peu trop "voyant" se fait illico taxer de fondamentalisme.
Bon, je ne suis pas toujours d'accord avec les thèses du Vatican, mais ce genre de procès en sorcellerie laïque m'agaçe au plus haut point. Le Pape a le droit de dire ce qui lui plaît, et si des gens veulent suivre ses préceptes, c'est leur droit le plus strict.

Écrit par: Taranne à janvier 21, 2004 01:29 PM

Effectivement, mais l'Église Catholique a plus embrassé les valeurs modernes qu'il n'y paraît: elle s'est réconciliée dans la deuxième moitié du 20e siècle avec le capitalisme (avant, elle supportait le corporatisme). La fin de la condamnation morale du capitalisme fut d'une grande aide pour le développement économique des sociétés catholiques.

Écrit par: Laurent à janvier 21, 2004 03:27 PM

... Sans parler de son ralliement à la démocratie. Hélas, il semble que ce genre d'avancées n'intéressent pas beaucoup les détracteurs de l'Eglise qui préfèrent se focaliser sur la question de la morale sexuelle. Ni le pacisme de Jean-Paul II, ni son attachement sincère aux Droits de l'Homme, ne le rachètent aux yeux de ses ennemis, et c'est bien triste: une société où le c.. a plus d'importance que les grands principes a de sérieux problèmes, je pense.

Écrit par: Taranne à janvier 23, 2004 01:14 PM

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