Je viens de lire le livre Derailed: The betrayal of the National Dream écrit par David Jay Bercuson et Barry Cooper en 1994. C'est un livre intéressant qui montre ce qui a mal tourné au Canada à partir des années 1960.
En bref, la thèse principale du livre est que le Canada est un pays trop vaste, trop divisé en régions, ethnies, langues et cultures pour pouvoir être gouverné par une seule idée ou une seule vision du Canada. Les auteurs citent longuement les Pères de la Confédération qui décrivent comment la nouvelle nation serait fondée sur un principe différent de toutes celles qui la précédaient. Le Canada ne serait pas une nation à l'européenne, fondée sur une langue, une culture, une tradition et un territoire commun. Le Canada ne serait pas non plus comme les États-Unis un pays fondé sur une expérience constitutionnelle et sur une idéologie politique. Le Canada serait plutôt fondé pour des fins entièrement pragmatiques: assurer une défense commune, se doter d'un marché commun, relier les provinces par des chemins de fer, peupler les terres de l'Ouest, etc. Lorsque des Protestants se sont mis à faire campagne pour éliminer les écoles Catholiques dans l'Ouest, le premier ministre Wilfrid Laurier les a sévèrement sermonnés. Selon lui, le Canada ne pouvait être gouverné que sur des questions purement administratives. Les passions sur la "race" et la religion n'avaient pas leur place en politique et ne pourraient pas être apaisées une fois qu'on les aurait laissées y entrer. Lorsqu'on voit le fiasco constitutionnel des dernières années, on voit bien que Laurier n'avait pas complètement tort.
Les auteurs décrivent ensuite comment les gouvernements fédéraux, de Diefenbaker jusqu'à aujourd'hui, se sont mis en tête de forger un nouveau Canada. De la rhétorique de "Un Canada" de Diefenbaker à l'entrée du Québec dans la constitution dans "l'honneur et l'enthousiasme" avec Mulroney en passant par la "société juste" de Trudeau, l'identité canadienne entre au coeur des débats et, sans surprise, nous ne pouvons pas y trouver un terrain d'entente. La tâche du gouvernement fédéral n'est plus simplement d'assurer la défense des Canadiens, de promouvoir le développement économique du pays ou de leur fournir une assurance-chômage de base, mais devient maintenant d'assurer des résultats égaux à différents groupes de citoyens et à différentes régions ou de rendre les Canadiens fiers de leur pays (qui est alors identifié à leur gouvernement). Sans grande surprise, aucun de ces résultats n'a été atteint.
Pendant les années 1950, le gouvernement n'occupait pas vraiment une plus grande place au Canada qu'aux États-Unis. Pour ceux qui veulent savoir ce qui a mal tourné dans les dernières décennies, ce livre les dissèque en détail. Il est possible que les stocks soient épuisés: rendez-vous à la bibliothèque du département de sciences humaines d'une université près de chez vous.