Le Grand Séminaire de Montréal a décidé de demander à tous les candidats à la prêtrise de subir un test de VIH. Personnellement, je me demande surtout si l'Église a vraiment les moyens de lever le nez sur certains candidats quand il y a une pénurie de candidats à la prêtrise, mais ce n'est évidemment pas la question qui reçoit le plus d'attention des médias. On accuse évidemment le Grand Séminaire de Montréal de faire de la discrimination et de violer la Charte des droits et libertés du Québec.
Est-on vraiment surpris que l'Église Catholique n'aime pas vraiment les homosexuels? Ce serait une entreprise complètement ridicule de réingénierie sociale si l'État exigeait vraiment de l'Église qu'elle ne discrimine pas envers les homosexuels. (Le Mgr Turcotte affirme que ça n'a rien à voir et que ce n'est qu'une question de santé, mais personne n'est berné. Ça démontre seulement la puissance du lobby politiquement correct au Québec: même l'Église doit s'y soumettre.) De toute façon, c'est ridicule de seulement se rendre compte maintenant que l'Église fait de la discrimination parmi ses candidats à la prêtrise: elle discrimine en fait selon le sexe et l'état civil, deux types de discriminations interdites par la Charte. Si nos "réformateurs" obtenaient gain de cause, l'État québécois pourrait forcer l'Église à accepter des prêtres femmes ou mariés ou bien l'Église Catholique ne devrait plus opérer sur le territoire québécois. Ce serait fabuleux pour tous nos anarchistes de salon: ils auraient réussi à faire fuir une institution qui fait partie de l'histoire du Québec depuis le début.
Ça met au moins une chose en lumière: les dispositions de la Charte des "droits et libertés" du Québec sont beaucoup trop étendues. Trudeau était un mégalomane irresponsable. Mais il n'était pas assez irresponsable pour constitutionnaliser une charte qui régirait les relations entre les parties privées: la Charte canadienne des droits et libertés ne régit que les relations entre l'État et les citoyens. Elle assure à tous les citoyens la protection égale de la loi et interdit à l'État de faire de la discrimination selon la race, le sexe, la religion, etc. Même Trudeau réalisait que ce serait une entreprise digne de Don Quichotte de tenter de garantir que les parties privées - dans leurs relations privées - ne fassent pas de ce genre de discrimination.
Le gouvernement du Québec n'a jamais rechigné à jouer au Don Quichotte. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne tente justement de s'assurer que les parties privées - notamment les commerçants, les hôteliers, les employeurs, les propriétaires de logements, les syndicats, les bureaux de placements, les publicitaires - ne fassent pas de discrimination. C'est peut-être une politique très louable, mais sa place est dans un texte de loi, pas dans une Charte quasi-constitutionnelle et encore moins dans une Charte qui se veut des "droits et libertés". Cette interdiction de la discrimination restreint la liberté d'association et la liberté de conscience. Un propriétaire de logement qu'on empêche de refuser de louer un logement à un homosexuel bien qu'il désapprouve son style de vie se voit privé de la liberté d'user de son bien comme il l'entend, de la liberté de s'associer avec les gens qu'il veut et d'agir et vivre selon ses convictions morales. À l'absurde on se retrouve avec cette situation en Grande-Bretagne où le gouvernement a demandé à une propriétaire de taverne de retirer une annonce "raciste" dans laquelle elle recherchait un homme blanc célibataire. On doit interdire à l'État de faire ce genre de discrimination parce que l'État est au service des citoyens et que ceux-ci ont droit à l'égale protection de ses lois, mais en quoi est-il pertinent de l'interdire à ce propriétaire de logement? Il n'est pas au service de qui que ce soit et vous n'avez pas droit à l'égale location de son logement pas plus que vous n'avez droit à l'égale conduite de mon automobile ou à l'égale jouissance du corps de votre voisine.
Enfin, il y a tout de même une limite à la folie: l'article 20 de la Charte des droits et libertés du Québec prévoit une exemption spéciale, entre autres, pour les organisations religieuses:
20. Une distinction, exclusion ou préférence fondée sur les aptitudes ou qualités requises par un emploi, ou justifiée par le caractère charitable, philanthropique, religieux, politique ou éducatif d'une institution sans but lucratif ou qui est vouée exclusivement au bien-être d'un groupe ethnique est réputée non discriminatoire.Ouf! Au moins ce n'est pas aujourd'hui que le gouvernement va dire à l'Église qui elle doit admettre à la prêtrise.
Évidemment, personne au Québec n'ose s'attaquer sérieusement à la Charte des droits et libertés du Québec. Les gens se laissent berner par l'usage orwellien des mots "droits et libertés" dans le titre de la Charte: ils s'imaginent vraiment que cette Charte protège leurs droits et libertés et que quiconque s'y attaque est doubleplusungood. Les seules voix qu'on entend demandent d'en étendre la portée: la Commission québécoise des droits de la personne, chargée d'administrer la Charte, croit qu'on devrait renforcer dans la charte les "droits socio-économiques". Il faudrait être naïf pour s'imaginer que la Commission cherche à protéger des libertés économiques fondamentales comme la protection, le libre transfert et le libre usage de la propriété privée, la liberté d'épargner, d'investir ou de donner ses avoirs, la liberté d'exercer un métier ou une profession, la liberté de commercer, d'acheter et de vendre sans contrôle des prix, la liberté de travailler sans être membre d'un syndicat, etc. Ce que la Commission veut vraiment protéger est une foule de "droit à": droit au logement, droit à la santé, droit à l'éducation, droit aux allocations familiales ou aux subventions des garderies, droit aux prestations d'aide sociale, etc. Bref, le droit de se faire vivre et de se faire payer tous ces services par les cochons de payeurs de taxes. La Commission ne semble pas avoir remarqué que tous ces "droits à" imposent des obligations à tous ces cochons de payeurs de taxes et sont très nuisibles autant à leurs droits qu'à leurs libertés. Évidemment, il ne faut pas se fier aux mots "droits et libertés" qui se trouvent dans le titre de la commission: les institutions gouvernementales sont les championnes toutes catégories dans la publicité mensongère.
Quand une entreprise privée fait une bonne action, tout le monde est extrêmement rapide pour remarquer que c'est probablement un coup de marketing et que l'entreprise ne fait qu'ultimement poursuivre ses intérêts, comme lorsque Coca-Cola et Pepsi ont rétiré leurs boissons gazeuses des écoles canadiennes. Il faudrait être naïf pour s'imaginer qu'il puisse en être autrement. Les gens sont très naïfs lorsqu'un bureaucrate fait ce qui semble être une bonne action, surtout lorsque celui-ci dirige une organisation au titre ronflant. Il est évident que si la Charte est étendue à tous ces domaines, la Commission qui est en charge de l'administrer verra son rôle, son influence, son pouvoir, son budget et ses effectifs être grandement augmentés. Il va de soi que ceux qui la dirigent verront aussi leur rôle, influence et pouvoir aussi grandement augmenter. Les dirigeants de la Commission qui cherchent à étendre l'étendue de la Charte poursuivent leurs intérêts de cette manière aussi sûrement que Coca-Cola et Pepsi le font en retirant leurs boissons gazeuses des écoles. Ce n'est pas nécessairement mauvais en soi. Ce qui est mauvais, c'est qu'on soit trop naïf pour le réaliser.
MISE À JOUR 2004-01-13: Toutes mes excuses à Jaeger de Trudeaupia pour empiéter sur son territoire de Trudeau-bashing! Dans son message ici (Ctrl+F "megalo"), il montre comment la cour suprême d'Israël menace d'empêcher le gouvernement de couper dans l'aide sociale parce qu'elle juge que les Israëliens ont "droit à" l'aide sociale.