décembre 20, 2003

Délire multiculturel, le mythe de la laïcité

L'an passé, la ville de Montréal renommait son arbre de Noël pour qu'il s'appelle désormais un "arbre des fêtes". La ville de Toronto avait essayé de faire la même chose mais avait reculé face au tollé que cela avait généré. Le but avoué était d'assurer la laïcité de la municipalité. Il y a déjà un bon moments qu'aux États-Unis les "Christmas tree" et "Christmas party" ont été renommés en "holiday tree" et "holiday party" Cependant même ces termes restent problématiques: certains, comme cet employé d'université, trouvent que le "holi" dans "holiday" fait trop religieux). Même une université qui monte une scène avec deux sapins, une peu de neige et qui appelle cela "une scène d'hiver en Indiana" se fait dire que c'est trop religieux: on ne berne personne en exposant un sapin au mois de décembre. Décidemment, on semble voir que ces gens prennent la laïcité au sérieux, mais jusqu'où iront-ils?

En effet, jusqu'où iront-ils? Parce que si on commence à vouloir bannir de l'espace public tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Il y a la très visible croix du Mont-Royal à Montréal. La plupart des municipalités québécoises ont des noms de saints, allant de St-Bruno à Ste-Adèle en passant par St-Eustache. La situation est la même dans le reste de l'Amérique du Nord avec St John's (Terre-Neuve), St-Jean (N.-Brunswick), St-Louis (Missouri), San Fransisco (Californie). C'est sans compter les autres noms religieux comme L'Assomption ou Corpus Christi (Texas). Et les noms de rues comme la rue Ste-Catherine, St-Laurent ou St-Denis. Et les noms de lieux géographiques comme le mont Ste-Anne, la rivière St-François, le lac St-Pierre ou le fleuve St-Laurent. Faut-il changer tous ces noms qui sont autant de brèches à la laïcité et qui violent la séparation de l'Église et de l'État, montrant une claire préférence de nos administrations publiques pour la religion chrétienne?

De même le drapeau du Québec arbore fièrement une croix blanche qui, je vous le rappelle, a été placée sur ce drapeau expressément pour symboliser la foi chrétienne. De même, l'Union Jack britannique ou le drapeau grec ont eux aussi des croix sur leurs drapeau. Les Forces françaises libres et la résistance française ont adopté la croix de la Lorraine comme symbole durant la deuxième guerre mondiale. Le Canada décerne à ses combattants valeureux la croix de Victoria alors que la marine américaine décerne la croix de la marine. La charte canadienne des droits et libertés débute en déclarant que "le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu". Si nous disons aujourd'hui que nous sommes en 2003, c'est parce que nous comptons les années à partir de la naissance du Christ. Devons-nous débarasser de ces symboles au nom de la laïcité? Devons-nous modifier notre constitution au nom de la séparation de l'Église et de l'État?

Vous me direz que mes insinuations sont ridicules et que jamais personne ne voudrait s'attaquer à la croix qui se trouve sur le drapeau du Québec, au nom de la ville de Ste-Agathe ou aux médailles des combattants. Pourtant, il y à peine 20 ans, il aurait été considéré comme ridicule de suggérer que quelqu'un voudrait s'attaquer aux arbres de Noël. Pourtant c'est ce qu'on observe aujourd'hui. Si le fait que ce genre de considération semblait ridicule il y a 20 ans n'a pas pu empêcher les attaques contre les arbres de Noël qu'on observe aujourd'hui, comment pouvez-vous garantir que ces suggestions qui semblent ridicules aujourd'hui ne deviennent réalité dans 20 ans?

Lorsque le principe de la séparation de l'Église et de l'État s'est répandu au 18e et au 19e siècle, il visait un objectif bien défini: empêcher que les églises ne contrôlent les gouvernements et empêcher que les gouvernements ne contrôlent les églises. On voulait par exemple empêcher que le gouvernement ne finance les Méthodistes ou les Baptistes au détriment des autres dénominations religieuses ou empêcher que le Catholicisme ne soit instauré en religion d'État. La séparation de l'Église et de l'État ne visait nullement à bannir la fête de Noël ou tout ce qui s'y rapporte. D'ailleurs cette fête faisait alors partie de la culture de l'immense majorité de tous ces pays qui ont adopté la séparation de l'Église et de l'État, et en fait toujours partie. Il est tout simplement absurde d'étendre la laïcité et la séparation de l'Église et de l'État au-delà de sa portée originelle pour en venir à empiéter sur tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, c'est-à-dire une grande partie de notre culture, de notre histoire et de nos traditions comme on a pu le voir ci-haut.

Évidemment, vous aurez devinez que le noeud du problème se trouve là: on parle de notre culture et tout de suite les multiculturalistes bien-pensants se sentent offensés: nous ne sommes pas censés avoir de culture, notre société est censée être multiculturelle. En vérité, les multiculturalistes ne brandissent pas la laïcité dans un souci de justice, ils ne la brandissent pas pour assurer dans notre société une égalité de statut entre les différentes cultures, ils la brandissent pour s'attaquer à leur véritable ennemi: notre culture, nos valeurs et nos traditions qui découlent de notre héritage chrétien, occidental et libéral. Ainsi, la bibliothèque britannique, qui avait interdit à une église d'afficher sur son babillard les heures des services religieux de Noël, avait moins d'une semaine auparavant permis à des Musulmans de célébrer dans ses locaux la fin du Ramadan. Vous aurez compris que cette fête musulmane était une célébration multiculturelle qu'il fallait accueillir les bras ouverts alors que les messes de Noël sont de vilaines choses religieuses qu'on ne peut même pas se permettre de laisser être annoncées sur le babillard.

Ici, j'aimerais simplement prendre une pause pour calmer les esprits de ceux qui croient que je m'attaque aux minorités ethniques ou aux immigrants. La vérité est que ceux-ci sont la plupart du temps innocents dans toute cette affaire. Par exemple, en Australie, des chefs religieux musulmans, juifs et bouddhistes ont déclaré que "les écoles, les conseils municipaux et les autres institutions publiques qui cherchent à atténuer le contenu chrétien de la fête de Noël sont les victimes d'une rectitude politique mal placée". De même le rabbin montréalais Barry Levy s'était porté à la défense de l'arbre de Noël l'an dernier en disant que de changer son nom "était une tentative non nécessaire de laïciser Noël". Ne nous meprenons pas sur l'identité de ceux qui attaquent le plus férocement notre culture: ils ont été baptisés chrétiens, ils ont été élevés en Occident dans la culture et la civilisation occidentale et se retournent maintenant pour cracher dessus dès qu'ils peuvent.

Razib, un bloggeur de Gene Expression qui est originaire du Bangladesh exprime ce fait de manière éloquente en relatant ses conversations avec des Américains "pure laine" de gauche:

Liberal-Broad-Minded-Person-Who-Is-Too-White (LBMPWITW): Are you from India?
Me: I was born in Bangladesh
[pause]
LBMPWITW: I went to the temple complex in Madurai....
Me: [nodd] [thinking-I just told him I'm from Bangladesh, not India....]
LBMPWITW: The images of Lord Shiva were incredible. You could feel the planet speaking to you, there is a lot of spiritual energy there. Far more authentic than Western religion you know.
Me: [nodd]
LBMPWITW: India really turned me on to vegetarian food. It's much better for you. And it tastes better. Meat is unnatural, we were meant to be vegetarians.
Me: [Uh, I like beef. My family has eaten beef for centuries...should I tell this guy?]
LBMPWITW: Well, I'll let you go. But let me ask, how do you like America? Isn't it terrible what we're doing to the people in Iraq?
Me: [blank expression]
LBMPWITW: Hope I see you around.

De même, comme Jean-Christophe Mounicq le dit dans cet article, on sait que tous que "toute critique de la culture d'un immigrant est vue comme raciste. Les seules critiques permises semblent être celles qui sont dirigées contre la civilisation occidentale. Les méchants occidentaux sont dépeints comme les seuls colonisateurs violents et méchants envahisseurs de toute l'histoire."

On pourrait s'imaginer que la France, qui semble décidée à bannir le voile islamique dans les écoles, les hôpitaux et la fonction publique, a échappé à cette folie de la rectitude politique anti-Occident et qu'elle réussit à utiliser sa légendaire laïcité pour intégrer les immigrants dans sa culture plutôt que de la démanteler. Il n'en est rien. Ainsi, la France s'apprête à supprimer le jour férié de la Pentecôte. Des politiciens suggèrent sérieusement de faire de la discrimination positive à l'école et dans le marché du travail pour les Musulmans; parce que vous comprenez que si les Musulmans ne performent pas assez bien dans la société française, ce doit nécessairement et seulement être parce que des méchants occidentaux racistes ont quelque chose à se reprocher. De plus, si on lit le rapport de la Commission Stasi (très bien commenté ici par Zek), on se rend compte que ce rapport, loin de représenter un modèle français d'intégration, représente en fait un plaidoyer pour le multiculturalisme. Ainsi, le rapport suggère que les fêtes musulmane et juive de l'Aïd el-Kébir et de Yom kippour deviennent des jours fériés (et ceci, je vous le rappelle, au moment même où on supprime le jour férié de la Pentecôte). De plus, on demande que des mets de substitution soit prévus dans les cantines publiques, que les obstacles à la construction de mosquées et de synagogues soient levés, que les abattages rituels soient facilités et que des aumôniers musulmans soient recrutés dans l'armée et les prisons. Je trouve ironique qu'au moment même où la France cherche à s'opposer vertement à la vision américaine de la politique internationale, elle semble tant pressée à adopter le modèle américain du multiculturalisme.

Note aux Canadiens: non le multiculturalisme n'a pas été inventé au Canada. Nous l'avons emprunté aux Américains. Mais on sait bien, quand le Canada emprunte des idées de gauche aux États-Unis, on dit que c'est quelque chose qui est au centre de l'identité canadienne mais quand le Canada lui emprunte des idées de droite, ça devient des importations étrangères inacceptables. Allez donc savoir. Des Californiens vont même jusqu'à demander à ce que des immigrants illégaux aient le droit de vote. Ils ne le disent pas explicitement, mais comme ils réclament que le droit de vote soit donné aux résidents non citoyens, et qu'ils ne semblent faire aucune différence entre les immigrants légaux et illégaux, le doute est permis. Quand les intellectuels gauchistes canadiens reprendront cette idée dans 5 ans (et pourfendront comme étant xénophobes tous ceux qui s'y opposent), ils seront fiers de proclamer comment c'est une idée typiquement canadienne et seront incapables de voir qu'ils sont, encore une fois, allés piger leurs doctrines dans les campus universitaires américains.


Publié par Laurent à décembre 20, 2003 05:03 PM
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