Alors que le Parti Progressiste-Conservateur et l'Alliance Canadienne ont décidé d'unir leurs forces, je crois que le moment est opportun pour défaire certains mythes sur le Parti Progressiste-Conservateur, l'Alliance Canadienne et le Parti Conservateur qu'ils comptent former.
Mythe 1: Les Alliancistes sont des extrémistes religieux
Ce mythe a pris naissance lors des élections fédérales de 2000, lors de laquelle Stockwell Day, alors chef de l'Alliance Canadienne, parlait fréquemment de sa foi chrétienne. Les Libéraux ne se sont pas gênés pour attaquer Stockwell Day sur ses croyances religieuses et il semble que certaines personnes aient retenu que l'Alliance Canadienne était composée d'extrémistes religieux.
La Chambre des Communes et les législatures provinciales ont accueilli plusieurs députés ouvertement gais. On peut penser notamment aux députés québécois Boisclair et Boulerice, ministres sous l'ex-gouvernement du Parti Québécois et aux députés fédéraux Svend Robinson du NPD et Scott Brison, qui avait été candidat à la direction du Parti Progressiste-Conservateur. Iriez-vous affirmer qu'ils sont, par leur orientation sexuelle, des "extrémistes sexuels"? Dans une campagne électorale, dénonceriez-vous à grands cris leur homosexualité? C'est pourtant le traitement que les Libéraux ont réservé aux croyances religieuses de Stockwell Day.
Posez-vous la question suivante: entre un politicien qui déclare être croyant et une autre personne qui s'offusque de ce qu'un politicien puisse être croyant, qui est l'extrémiste religieux? Ce serait hypocrite d'en même temps célébrer la diversité des orientations sexuelles et de condamner la diversité des croyances religieuses.
Même si la tolérance religieuse ne vous séduit pas, rappelez-vous que Stockwell Day a été défait par les membres de son parti en 2002. Les Alliancistes avaient plutôt choisi comme chef Stephen Harper, dont le discours et les préoccupations sont largement laïques. Tous les candidats potentiels à la course du nouveau Parti Conservateur (Mike Harris, Bernard Lord, Jim Prentice, Scott Brison, Jim Flaherty, Peter MacKay, Stephen Harper, Ken Dryden) tiennent un discours complètement laïc.
De plus, si vous lisez l'entente de principe (aussi disponible sur le site du Parti Progressiste-Conservateur) sur l'union des deux partis, vous verrez qu'il n'est nulle part fait mention de religion.
Bref, l'accusation d'extrémisme religieux est sans fondement et va à l'encontre de valeurs canadiennes de tolérance et diversité religieuse.
Mythe 2: Les Conservateurs ont des politiques sociales régressives
Cette accusation se base sur l'idée selon laquelle la droite serait opposée aux droits des gais et à l'avortement.
Tout d'abord, il faut se rappeler qu'autant le Parti Progressiste-Conservateur que l'Alliance Canadienne sont favorables à l'égalité des droits pour les gais. Il est vrai que l'Alliance Canadienne s'oppose à ce que les unions gaies portent le nom du mariage, mais il faut se rappeler qu'aucun pays dans le monde, à l'exception de la Belgique et des Pays-Bas, ne reconnaît le mariage gai. Est-ce que tous ces pays sont socialement arriérés? De plus, la récente motion de l'Alliance Canadienne à la Chambre des Communes contre le mariage gai a recueilli 132 voix pour versus 137 voix contre. Environ 50 députés Libéraux ont voté pour la motion, ainsi que quelques députés du Bloc Québécois; plusieurs députés Néo-Démocrates n'ont pas participé au vote alors que leur chef de parti leur avait demandé de voter contre la motion. En 1998, 216 députés contre 55 ont appuyé une motion déclarant que le mariage est une union entre un homme et une femme. Ces députés sont-ils tous réactionnaires? Selon un récent sondage de CBC, les Canadiens sont divisés sur le mariage: 46% sont pour alors que 46% sont contre. Allons-nous affirmer qu'un canadien sur deux est rétrograde?
De plus, si vous regardez le même sondage, vous vous rendrez compte que 34% des Alliancistes et 44% des Progressistes-Conservateurs sont pour le mariage gai, alors que 51% des Libéraux sont pour. Bien qu'on ne puisse nier cette différence d'opinion, il serait ridicule d'affirmer que les Conservateurs sont réactionnaires. Un des candidats favoris pour devenir chef du nouveau Parti Conservateur est le député Scott Brison, qui est lui-même homosexuel.
Quant à la question de l'avortement, il est intéressant de constater que, depuis le départ de Stockwell Day, l'Alliance Canadienne n'en fait pratiquement plus mention. Les Progressistes-Conservateurs ont élu Peter MacKay, solidement pro-choix, comme leur chef. Aucun des candidats principaux à la direction du Parti Progressiste-Conservateur ne s'opposait au libre choix de l'avortement.
Finalement, dans l'entente de principe sur l'union des deux partis, le premier principe fondamental dirigeant les politiques du Parti Conservateur se lit comme suit:
L’équilibre entre la responsabilité fiscale, les politiques sociales progressistes et les responsabilités et droits individuels
Mythe 3: L'Alliance Canadienne va avaler le Parti Progressiste-Conservateur
Cette peur vient du fait que l'Alliance Canadien a plus de membres, plus de députés et de meilleures finances que le Parti Progressiste-Conservateur. Mais c'est oublier que Peter MacKay, dans ses négociations avec l'Alliance a exigé et obtenu plusieures concessions importantes de l'Alliance.
Tout d'abord, les deux partis fusionneront leurs actifs et leurs passifs. Le Parti Progressiste-Conservateur ne sera pas désavantagé par ses mauvaises finances. Ensuite, aux prochaines élections, les députés sortants ne deviendront pas automatiquement candidat dans leur comté. Cela fait que les nombreux députés alliancistes ne seront pas assurés d'être les candidats du Parti Conservateur aux prochaines élections. Finalement, le chef du parti sera élu en donnant une voix égale à chaque circonscription. Les membres de l'Alliance sont surtout concentrés dans l'Ouest canadien et cette mesure permet donc de donner plus de poids aux membres du Parti Progressiste-Conservateur qui se trouvent dans l'Est du pays.
Finalement, il faut aussi se rappeler que l'écart idéologique entre les deux partis s'était passablement comblé avec le passage du temps -- l'Alliance se rapprochant de plus en plus des Progressistes-Conservateurs. C'est ainsi que l'entente de principes sur l'union indique que le Parti Conservateur adoptera des politiques sociales progressistes et respectera les langues officielles du Canada.
Bref, c'est beaucoup plus l'Alliance qui se rapproche des Progressistes-Conservateurs que le contraire.
Mythe 4: Les conservateurs sont anti-Québécois
Plusieures personnes semblent croire que la droite canadienne, et les Alliancistes en particulier, sont anti-Québécois. Mais qu'en est-il vraiment? Commençons par l'Alliance Canadienne.
On se rappelle de la publicité télévisée faite lors des élections de 1997 par le Reform Party et qui disait "no more Quebec leaders". Pourtant, on entend aussi souvent des Québécois affirmer candidement qu'ils ne voteront pas, par exemple, pour Peter MacKay "parce que c'est un anglais" ou qui regrettent que la mère de Jean Charest soit "une anglaise" (en fait, une irlandaise).
Au-delà du sensationnalisme, il faut voir que le Reform Party ne faisait qu'exprimer la frustration traditionnelle de l'Ouest par rapport à la politique fédérale. Si une idée répandue au Québec est que le Canada est gouverné par "des anglais", à l'Ouest on croit souvent que c'est l'Est du pays qui gouverne.
Cette perception ne date pas d'hier et a mené, en 1971 et près de 20 ans avant la création du Bloc Québécois, à la création du Western Party. C'est cette même perception qui a mené à la création du Reform Party, ancêtre de l'Alliance Canadienne.
Il faut voir que les habitants de l'Ouest partagent une revendication centrale avec les Québécois: obtenir une plus grande autonomie. Même si nos opinions peuvent diverger sur certains points, nous pouvons quand même voir que nous partageons l'objectif de réduire l'interventionisme fédéral.
En fait, c'est ce que le Parti Progressiste-Conservateur avait essayé sous Mulroney. Ils ont été élu, entre autres, grâce à une coalition de l'Ouest et de nationalistes québécois. C'est le Parti Progressiste-Conservateur qui a offert les accords du Lac Meech et l'accord de Charlottetown. En comparaison, qu'est-ce que les Libéraux ont offert? Rapatrier sans le consentement du Québec la Constitution en 1982 et le statu quo ensuite. Il est absurde d'affirmer que la droite canadienne soit anti-québécoise. Au contraire, c'est elle qui a le plus fait pour le Québec et qui est la mieux placée pour procéder à une décentralisation du Canada.
Mythe 5: Le Parti Progressiste-Conservateur ne peut gagner qu'en étant à gauche des Libéraux
Cette affirmation est notamment par faite par David Orchard, militant anti-libre-échange et candidat défait à la chefferie du Parti Progressiste-Conservateur, dans l'éditorial suivant. Selon lui, le Parti Progressiste-Conservateur n'a pu gagner des élections qu'en faisant campagne à gauche du Parti Libéral et a été défait à chaque fois qu'il a fait campagne à droite. Il affirme que le Parti Progressiste-Conservateur n'a été élu que lorsqu'il a adopté une plate-forme "les gens avant l'argent" et qu'il a perdu lorsqu'il s'est associé à la grande entreprise. Cependant, les exemples historiques qu'il cite sont extrêmement douteux.
Il cite tout d'abord l'élection de 1911 où les Libéraux de Wilfrid Laurier, qui avaient négocié un traité de libre-échange avec les États-Unis, ont été défaits par les Conservateurs de Robert Borden, qui s'opposaient au libre-échange. Orchard mentionne correctement que Borden a utilisé un certain nationalisme (à tendance anti-américaine) pour être élu. Mais ce qu'Orchard oublie de mentionner, c'est que la grande entreprise était farouchement opposée au libre-échange et a grandement contribué à l'élection de Borden. En effet, l'absence de libre-échange permettait aux grands manufacturiers canadiens de ne pas avoir de compétition et ce sont les consommateurs canadiens qui ont été bafoués. Les économistes sont presque unanimes dans leur condamnation du protectionisme; selon un sondage de l'American Economic Review, 97% d'entre eux sont d'accord avec la proposition suivante: "Les tarifs et les quotas d'importation diminuent le bien-être économique commun." Bref, la théorie d'Orchard part mal: non seulement les Conservateurs ont été élu en 1911 en adoptant l'agenda de la grande entreprise, mais ce traité de libre-échange, si il avait été adopté, aurait bénéficié aux Canadiens.
Le Canada aurait, près de 80 ans plus tard, une nouvelle chance d'obtenir un traité de libre-échange avec les États-Unis, sous le gouvernement Progressiste-Conservateur de Brian Mulroney. Selon Orchard, c'est ce traité de libre-échange qui explique la défaite cuisante des Progressistes-Conservateurs aux élections de 1993.
Sur quelle planète David Orchard vit-il? S'imagine-t-il réellement que les gens qui ont voté pour le Reform Party, fondé en 1987, et le Bloc Québécois, fondé en 1990, l'ont fait pour protester contre le libre échange? Que c'est ce qui explique le départ de tous ces députés Progressistes-Conservateurs qui ont fondé le Bloc Québécois?
En fait, il devrait être évident que le Parti Progressiste-Conservateur a été coulé en 1993 par les disputes constitutionnelles. Brian Mulroney a été élu en 1984 en promettant de "faire rentrer avec dignité le Québec dans la Constitution" et de donner plus de pouvoirs aux gens de l'Ouest. Le Reform Party a été fondé en 1987 quand des politiciens de l'Ouest ont déçu de ce que l'accord du Lac Meech ne s'adresse qu'aux demandes du Québec et ignore celle de l'Ouest. En fait, Mulroney a convoqué des élections en 1988 sur le thème du libre-échange précisément parce qu'il savait que sa coalition s'effritait sur le plan constitutionnel. Les Progressistes-Conservateurs, en faveur du libre-échange, et les Libéraux, contre le libre-échange, ont à maintes reprises affirmé que cette élection était un référendum sur le libre-échange et c'était largement le thème dominant de l'élection. Le résultat? 169 sièges pour les Progressistes-Conservateurs contre 83 pour les Libéraux.
Le Bloc Québécois a été fondé en 1990 suite à la déception engendrée par l'échec de l'accord du Lac Meech. L'échec de l'accord de Charlottetown en 1992 a encore plus ravivé les tensions entre le Québec et le Canada anglais, entre l'Ouest et l'Est. C'est à cause de l'échec constitutionnel que les Québécois ont envoyé 54 députés bloquistes et que l'Ouest a envoyé 52 députés réformistes à la Chambre des Communes. En fait, si on additionne les votes des Progressistes-Conservateurs et des Réformistes lors de l'élection de 1993, on obtient 34.7% des voix contre 41.3% des voix pour les Libéraux. Si on ajoute les voix du Bloc Québécois, on obtient 48.2% contre 41.3% pour les Libéraux. La seule chose qui a coulé le Parti Progressiste-Conservateur est son éclatement suite à l'échec des discussions constitutionnelles.
Au niveau provincial, Ralph Klein, Mike Harris, Gordon Campbell et Jean Charest ont démontré qu'il est aujourd'hui possible de gagner des élections au Canada avec un message solide de droite. Le Parti Conservateur ne doit pas avoir peur d'afficher ses valeurs de droite.
Une traduction anglaise de cet article a été créée le 18 octobre 2003. Vous pouvez la trouver ici.