L'édition canadienne de Time Magazine, en date du 13 octobre 2003, a un excellent article sur l'échec des programmes de développement rural au Canada.
Tout le monde sait que les communautés rurales ont de moins en moins d'emplois et d'opportunités à offrir, en particulier aux jeunes. L'agriculture, la pêche, les mines et la foresterie ne sont pas des industries de croissance et le progrès technologique élimine une bonne partie des emplois dans ce domaine. Le gouvernement fédéral a longtemps tenté, par des réglementations et de généreuses subventions directes et indirectes, d'aider ces communautés à se maintenir à flot ou même à grandir. Quel en a été le résultat? L'article fait un constat d'échec.
Premièrement, le déclin démographique des communautés rurales se poursuit. Virtuellement tous les comtés ruraux ont vu leur population diminuer en terme absolu dans les dernières années, et la diminution relative au reste de la population est encore plus grande. Les communautés rurales ne sont toujours pas devenues plus prospères et ne réussissent toujours pas à générer des oppurtunités économiques pour leurs jeunes.
En fait, la plupart des temps, ces programmes gouvernementaux ne réussissent qu'à attirer quelques jeunes vers des occupations qui ne sont plus justifiables sur le point de vue économique et à les rendre totalement dépendants du gouvernement. Par exemple, dans les années 1970 et 1980, le gouvernement fédéral a largement subventionné la construction d'usines de pêche et l'achat de bateaux de pêches. De plus, il a artificiellement limité les outils technologiques à la disposition des pêcheurs et il a artificiellement restreint la saison de pêche pour s'assurer que "tout le monde puisse avoir un peu de travail" (lire: ils vont être sur l'assurance-emploi le reste de l'année). En fait, encore aujourd'hui, les pêcheurs bénéficient d'une exemption spéciale qui leur permet de passer une année complète sur l'assurance-emploi dès qu'ils ont travaillé pendant quelques semaines (dès qu'ils ont gagné 2 500$). Des jeunes qui devraient donc être en train d'apprendre un métier qui leur permettra de gagner leur vie et de subvenir à leurs besions sont plutôt en train d'apprendre comment vivre au crochet de la société la plus grande partie de l'année.
L'Islande a choisi un tout autre chemin. Elle a laissé les pêcheurs islandais se moderniser et adopter des nouvelles technologies. Le résultat est que les pêcheurs sont devenus beaucoup plus productifs et, comme on peut s'y attendre, il était nécessaire d'embaucher moins de personnes pour faire la pêche. Les enfants qui ont grandi dans les communautés rurales sont donc pour la plupart allés étudier à Reykjavik, y ont obtenu leur diplôme et y vivent maintenant. Ils ne voient surtout pas pourquoi ils devraient se trouver dans leur village d'origine à rester assis sur leur derrière la plus grande partie de l'année pour perpétuer un mode de vie que la technologie a rendu désuet.
Le progrès technologique et la productivité croissante font qu'on a besoin de moins de fermiers, moins de mineurs, moins de bûcherons et moins de pêcheurs pour subvenir à nos besoins. Cela ne doit aucunement nous inquiéter. C'est au contraire une excellente nouvelle de savoir qu'une plus petite proportion de nos citoyens devront travailler pour subvenir aux besoins de base de tous les Canadiens. Personne ne voudrait revenir au bon vieux temps où la majorité de la population devait travailler à des tâches agricoles pour se nourrir! Les enfants des fermiers et des pêcheurs d'aujourd'hui n'ont pas, pour la plupart, besoin de prendre la relève de leurs parents. Il serait plutôt préférable, autant pour eux que pour la société, que ceux-ci se dirigent vers des professions comme l'ingénierie, la loi, la médecine ou la gestion et où il ne manque pas d'emplois.
S'acharner à maintenir en vie un village qui devient inexorablement une ville fantôme est aussi inhumain que de s'acharner à utiliser des systèmes artificiels de maintien en vie sur une personne qui est à la porte de la mort. Il est beaucoup mieux de la laisser mourir avec dignité et compassion, comme les habitants de Murdochville l'avait réclamé, par référendum, pour leur ville.
Une traduction anglaise de cet article a été créée le 15 octobre 2003. Vous pouvez la trouver ici.