Le Québec démontre aujourd'hui d'une drôle de manière comment il est une société distincte: des groupes québécois demandent à Ottawa de limiter la diffusion d'émissions violentes avant 22h. J'aurais pourtant juré que les parents étaient censés être responsables de surveiller les émissions que leurs enfants regardent et d'exercer, si ils le jugent nécessaire, leur autorité parentale. Il semblerait que les mots "responsabilité individuelle" deviennent de plus en plus tabou au Québec.
Mais ce n'est pas le point le plus important de toute cette affaire. Est-ce que ceux qui ont déposé cette pétition à Ottawa comprennent que les émissions les plus violentes qui sont diffusées à la télévision, que ce soit avant ou après 22h, sont les bulletins de nouvelles? N'importe quel film de Bruce Willis ou d'Arnold Schwarznegger est un conte de fée comparé aux images qu'on peut régulièrement voir au téléjournal: ambulanciers soignant les victimes ensanglantées d'attentats terroristes en Israël ou Irak; les explosions des bombes lancées sur l'Irak ou l'Afghanistan; la guerre civile au Rwanda, au Libéria ou en République Démocratique du Congo; les meurtriers de l'école secondaire de Littelon, Colorado immortalisés par les caméras de sécurité; des altermondialistes furieux qui cassent des vitres, démolissent un McDonald's à l'aide d'un tracteur ou incendient la mairie de Genève; les policiers qui appréhendent, maitrîsent, aspergent à la lance à eau ou envoient des grenades lacrymogènes sur ces altermondialistes; finalement, les attentats du 11 septembre.
D'ailleurs, la BBC rapporte que les enfants trouvent que les bulletins de nouvelles sont les émissions les plus violentes à la télévision et que c'est cette violence qui a le plus grand impact sur eux. Toujours selon cette étude, les enfants sont capables de faire la différence entre la fiction et la réalité et la violence fictive a peu d'effet durable sur eux tout simplement parce qu'ils réalisent que cette violence est "arrangée avec le gars des vues" et qu'elle n'est pas réelle.
Est-ce que nos pétitionnaires québécois pensent aussi à censurer les bulletins de nouvelles? Ou bien veulent-ils que les enfants écoutent des films non violents avant 22h, mais n'écoutent pas les bulletins de nouvelles?
Qu'on le veuille ou non, la réalité est que la violence est une facette de la vie qui est encore malheureusement bien présente sur cette planète. Il n'est donc pas sain de vouloir maintenir les enfants dans une bulle artificielle, dans l'illusion qu'on pourra éternellement les protéger des dures réalités de la vie ou qu'ils seront mieux préparés à affronter ces réalités si ils les ignorent et qu'on les leur cache.
Une traduction anglaise de cet article a été créée le 13 octobre 2003. Vous pouvez la trouver ici.