Le mercredi 25 janvier 2006

Faire l'autruche

Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Québec

Gilles Duceppe peut bien souligner que le Bloc québécois demeure le premier parti politique fédéral au Québec. Mais il joue à l'autruche. Lundi, son parti a recueilli moins de votes et a fait élire moins de députés qu'en juin 2004. Les souverainistes feraient mieux de reconnaître qu'ils ont perdu la fameuse "première période". Le nier, c'est se bercer d'illusions.

Pendant la course à la direction du PQ, les candidats à la succession de Bernard Landry avaient présenté le scrutin fédéral comme la première étape d'une marche devant conduire à la souveraineté - la deuxième devant se jouer lors des élections québécoises et la troisième étant le référendum.

Dans cette logique, la campagne fédérale était censée servir de tremplin. L'élan ne s'est pas concrétisé.

Ce que le PQ et le Bloc viennent de découvrir, c'est que l'eau de la piscine n'est pas aussi profonde qu'ils l'espéraient. Il a suffi que Stephen Harper promette de régler le déséquilibre fiscal et de pratiquer un "fédéralisme d'ouverture" - sans fournir le moindre détail - pour qu'un quart des Québécois se tournent vers les conservateurs.

Le PQ et le Bloc sont pris entre deux feux. Ils veulent mettre fin au déséquilibre fiscal. C'est cependant leur principal argument qui disparaîtrait si ce litige se réglait. Mais attention, si le vote souverainiste s'est contracté, il pourrait se regonfler à la faveur d'une énième impasse ! Le camp souverainiste n'est pas moribond, contrairement à ce que plusieurs suggèrent.

Le premier ministre, Jean Charest, peut espérer une oreille attentive des conservateurs. Il peut entrevoir des jours meilleurs pour son gouvernement. Mais de là à en tirer une quelconque conclusion pour les prochaines élections québécoises, il y a un pas que tout le monde devrait s'abstenir de franchir. (Qui, de toute façon, pourrait s'avancer sur le résultat d'un scrutin qui n'aura pas lieu avant l'an prochain alors que personne, la semaine dernière encore, n'était capable de prédire l'élection de 10 députés conservateurs au Québec ?)

Ce qui est sûr, c'est que Jean Charest et Stephen Harper voudront se donner les moyens de gagner la seconde période, celle du rendez-vous électoral québécois. Ils éviteront de dire ou de poser un geste qui puisse nuire à l'autre au cours des prochains mois.

Mais le premier ministre québécois devra finir par chiffrer l'ampleur du déséquilibre fiscal. C'est là que la partie se corsera. Depuis qu'il a repris cette balle au bond, il doit bien avoir une petite idée là-dessus. De son côté, le nouveau chef du gouvernement canadien devra préciser de quelle façon il entend régler ce dossier.

Jean Charest et Stephen Harper auront également de la difficulté à accorder leurs violons sur d'autres questions, celles de la TPS et des services de garde, par exemple. La situation générale leur est favorable, mais leur volonté sera mise à rude épreuve. Elle devra être sans faille s'ils veulent réussir.

© 2006 Le Soleil