Le vendredi 21 octobre 2005
Pauline Marois n'est pas d'accord
Michel Corbeil
Le
Soleil
Québec
La candidate à la direction du Parti québécois Pauline Marois a réitéré qu'elle n'aime pas les conclusions du manifeste Pour un Québec lucide, même si un de ses rédacteurs, Joseph Facal, est son lieutenant politique dans la course à la direction.
La politicienne a fourni cette explication, hier, après avoir prononcé une conférence devant une salle à moitié vide, à l'Université Laval. André Boisclair avait rempli à pleine capacité le même amphithéâtre, il y a deux semaines.
"Il y a beaucoup de ces éléments avec lesquels je ne suis pas d'accord, a-t-elle reconnu. Un certain nombre de mesures vont complètement à l'encontre de ce que je propose."
C'est notamment le cas pour la position défendue par les signataires du pamphlet, dont l'ex-premier ministre péquiste Lucien Bouchard, sur les frais de scolarité. "Vous connaissez ma position, a commenté la députée de Taillon. On doit les laisser gelés au niveau où ils sont."
Elle a refusé de voir un problème de cohérence par rapport au fait que Joseph Facal signe le document tout en étant son représentant officiel auprès du Parti québécois, à l'occasion de la course à la direction. "C'est un libre penseur. Je suis contente. C'est un homme de profondeur. Je parle de coalition (pour la souveraineté). Je pratique la chose."
Elle a refusé de s'offusquer que le manifeste classe au rayon des rêves en couleurs l'indépendance du Québec. "Vous allez me permettre de croire que la souveraineté est un moyen puissant de régler un certain nombre de problèmes, (...) en particulier pour le développement des régions."
Sur place, même s'il appuie à titre personnel Richard Legendre comme successeur à Bernard Landry, le président du Comité des jeunes du PQ a lui aussi affiché ses réticences par rapport au pamphlet. Claude Villeneuve s'objecte au dégel des frais de scolarité et aux hausses des tarifs d'électricité.
"Il y a aussi le fait que ce manifeste ne pose pas la question du cadre politique et constitutionnel dans lequel on doit agir. Au sein du Canada ou au sein du Québec ? C'est la base. On ne peut avoir une réflexion lucide si on ne se pose pas la question."
Boisclair
Par ailleurs, la candidate Marois affirme qu'elle ne faisait pas allusion aux rumeurs de vie dissolue courant sur André Boisclair lorsqu'elle a lancé aux militants du PQ qu'ils devaient se donner un chef "inattaquable".
Aux journalistes qui l'attendaient à la fin de sa conférence, Pauline Marois a insisté : lors du débat organisé par le PQ, mercredi soir, sa stratégie consistait à ne pas s'en prendre à ses adversaires. Cela valait pour M. Boisclair, que les sondages donnent nettement en avance, comme pour les sept autres aspirants à la direction du Parti.
Elle a choisi volontairement de ne pas attaquer son principal rival. "Je n'avais absolument pas l'intention d'attaquer l'un ou l'autre des candidats. Je voulais présenter ma vision, ce que je ferai concrètement."
Elle a été appelée à commenter la phrase qu'elle a lancée, mercredi, alors qu'André Boisclair ne pouvait plus répliquer. "Pour réaliser la souveraineté, il faut être inattaquable."
"Je voulais dire par là qu'il faut une feuille de route exceptionnelle, a-t-elle expliqué hier.
"J'ai cette capacité de rassembler, d'aller convaincre. (Mais M. Boisclair) a une belle et bonne feuille de route."