Le jeudi 22 septembre 2005

Le PQ en débat: Boisclair fait les frais de plusieurs attaques

Michel Corbeil
Le Soleil
Sherbrooke

C'est parti, hier soir, à Sherbrooke. Le premier des débats entre les neuf aspirants à la direction du Parti québécois a fait salle comble. De rares attaques incisives, peu de divergences sur les idées, quelques bons mots et l'éloge de la souveraineté pour concilier finances publiques et solidarité sociale ont marqué la soirée entre partisans.

Ce premier affrontement s'est déroulé devant une foule enthousiaste. Le millier de militants - 1650 précisément, selon l'organisation péquiste - n'a pas manqué de réagir aux charges, aux esquives et aux blagues des uns et des autres. "C'est plein, plein, plein", s'est félicité le directeur général du PQ, Pierre Châteauvert.

La confrontation a démarré tout doucement. Gilbert Paquette a ouvert les échanges en s'abstenant de glisser des commentaires sur ses adversaires. Le ton a radicalement changé lorsque le député Jean-Claude St-André, candidat issu de l'aile radicale du PQ, a pris la parole pour commencer ses attaques contre André Boisclair.

M. Boisclair a joué de prudence avec ses promesses. Il a eu droit au traitement réservé à un meneur. Celui que les sondages donnent en tête pour remporter la course à la direction du PQ s'est fait servir de virulentes critiques par M. St-André.

M. Boisclair a écopé de la première salve de mécontentement, une des très rares, lors d'un échange avec Jean-Claude St-André.

"Il faut taxer à la bonne place, avait d'abord lancé M. St-André.

- C'est sympathique ton discours, mais combien de fois t'es-tu levé de ton siège à l'Assemblée nationale (lorsqu'il était question du déficit zéro) ?, a répliqué, sous les huées, M. Boisclair.

- J'ai prononcé des discours, en 1998, sur ça, a relancé M. St-André. Je ne sais pas où tu étais. Probablement que tu étais absent", a conclu le "pur et dur".

Le format des échanges a cependant limité au minimum le tir ennemi entre candidats. Ils étaient regroupés trois par trois à la suite d'un tirage au sort, et l'intensité a largement varié d'un trio à l'autre.

Pauline Marois, considérée deuxième selon les enquêtes d'opinion et les observateurs, a été favorisée. Les choses ont été corsées pour André Boisclair. Et Richard Legendre, qui apparaît troisième dans la course, a participé à des échanges plus éparpillés dans son groupe.

Les trois favoris sont tombés d'accord sur un point. Leur priorité dans un Québec indépendant serait l'éducation. L'ex-haut fonctionnaire Louis Bernard a promis de réinvestir d'abord dans les centres de la petite enfance et de geler, lorsque la conjoncture le permettra, les frais de scolarité.

Haro sur la dette

Sur la question de la dette, Mme Marois a préconisé qu'il ne faut pas viser à la réduire, mais à plafonner le niveau d'endettement. André Boisclair a réservé son engagement le plus précis à ce domaine : il faut créer un fonds de remboursement de la dette. Richard Legendre a indiqué qu'il préfère créer une réserve pour absorber la hausse des coûts de la santé. "C'est mieux que de planifier une simple réduction de la dette."

Le thème de la répartition de la richesse a opposé certains candidats. Jean-Claude St-André a martelé que la chose première à faire est de "taxer à la bonne place", en s'en prenant au portefeuille des plus fortunés et des multinationales. Sa solution a reçu l'endossement du candidat Pierre Dubuc. "Je trouve trop facile, lui a reproché Louis Bernard, de dire que les gros méchants sont les riches."

Pauline Marois s'est posée en femme d'État sur les possibilités qu'offrira un Québec indépendant. "Vous avez (comme gouvernement) de l'argent. C'est pour soutenir les parents des enfants autistes ou pour donner un bain de plus aux personnes âgées en foyer d'accueil ? Ce sont des choix difficiles" auxquels n'échappera pas un Québec souverain.

L'ex-député bloquiste Ghislain Lebel a fait rigoler la foule à quelques reprises. Même s'il se dit plus pressé que les autres d'accéder à l'indépendance, il a fait valoir qu'il faut mieux préparer son avènement. "Je constate une espèce de 'va-vite' référendaire." Pendant que ses adversaires donnaient l'éducation comme priorité, il a décrété que "pour les éduquer, il faut qu'ils naissent. Il faut donc une politique familiale et nataliste".

L'ancien chef du Parti vert s'est montré le plus flou. Il a insisté sur le renouvellement d'un contrat social qui passe par le développement durable.

Visiblement, les organisateurs du PQ étaient ravis que les affrontements débutent enfin. "Ça va, c'est l'enfer, a lancé le directeur général Châteauvert. Les journalistes qui disent que la campagne ne lève pas, ils verront bien. Il y a de l'ambiance."

À l'extérieur du centre culturel de l'Université de Sherbrooke, les partisans des différents candidats ont commencé à arriver à compter de 17 h. Les plus visibles ont été ceux de Pauline Marois, portant un dossard jaune et arborant un parapluie bleu.

Au lendemain d'un sondage - désastreux pour leur favorite - ,qui donne Mme Marois loin derrière André Boisclair dans cette course, ses partisans ont tenu à afficher leur optimisme. Ils ont débarqué avec fanfare sur le campus. Les supporteurs de la seule femme dans cette course à la direction ont improvisé un tailgate party, barbecue et musique compris.

Les pancartes en faveur de Richard Legendre étaient relativement nombreuses. Un des piliers de l'organisation s'est dit surpris que Léger Marketing indique que la population semble avoir pardonné la consommation de cocaïne du ministre André Boisclair. "C'est fort, le syndrome de la victime. Mais ça ne dure pas", s'est-il consolé.

Le clan d'André Boisclair, lui, a fait dans la discrétion. Tous ceux qui sont engagés dans son organisation affichaient un sourire grand comme ça. L'enquête d'opinion de Léger Marketing, même si elle ne peut avoir la prétention de représenter l'opinion des membres de la formation politique, les a convaincus que la crise médiatique entourant la consommation de drogue est chose du passé.

Au terme de la soirée, Jean-Claude St-André s'est félicité que "le débat d'idées a enfin démarré. C'est prometteur. (...) Je vais continuer de poser des questions à André Boisclair. Il est manifestement le candidat qui veut le moins s'exprimer". La prochaine ronde d'échanges a lieu à Montréal, dans une semaine.

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