Éventuel référendum sur la souveraineté - Le Québec n'est pas le Monténégro

Le ministre français des Affaires étrangères ne veut pas dire quel serait le seuil acceptable pour légitimer une victoire du OUI

Alec Castonguay
Le Devoir
Édition du vendredi 17 mars 2006

Le gouvernement français s'est montré prudent hier sur la délicate question d'un futur référendum sur la souveraineté du Québec. De passage hier à Ottawa, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a laissé entendre qu'un référendum sur la souveraineté d'un pays ne doit pas absolument passer la barre des 55% en faveur du OUI pour être valide, comme ce sera le cas au Monténégro en mai prochain. Il a soutenu que la situation de cette province de la Serbie "était de la politique intérieure" et que ce cas particulier ne s'applique pas à tous les coins de la planète. Le ministre a toutefois refusé de rentrer dans les détails, prétextant que la situation du Québec était "une question interne au Canada et à ses provinces".

La tenue d'un référendum sur la souveraineté du Monténégro en mai prochain a soulevé des doutes sur le seuil acceptable en vertu duquel la France reconnaît le verdict d'un référendum gagnant, elle qui a déjà soutenu qu'elle accompagnerait le Québec dans ses choix politiques.

Il y a deux semaines, le Parlement de Podgorica a voté une loi qui oblige l'atteinte du seuil de 55% pour que le référendum soit victorieux. Ce taux aurait été poussé par l'Union européenne, et notamment la France. D'ailleurs, à ce sujet, selon le quotidien Le Monde, Philippe Douste-Blazy a déjà dit que ce taux de 55% "confère une légitimité nécessaire à la consultation référendaire".

Hier, le ministre a été moins catégorique, soulignant plutôt la volonté des Monténégrins de mettre la barre à 55%. "Il y a une décision, acceptée par les Serbes, qui est de tenir un référendum le 21 mai prochain. La condition sine qua non pour accepter ce référendum, c'était que les deux partis acceptent, autant ceux qui veulent un référendum que ceux qui n'en veulent pas. Or l'opposition au Monténégro a accepté l'idée du référendum dans la mesure où ce chiffre [de 55%] a été donné. Très franchement, c'est de la politique intérieure à la Serbie et au Monténégro."

Et dans le cas du Québec? "C'est une question intérieure au Canada et à ses provinces et je ne peux pas donner mon avis", a-t-il dit, laissant entendre que la France allait suivre la volonté du Canada et du Québec puisque les cas sont différents. Une version qu'un porte-parole de l'ambassade a confirmée au Devoir après l'allocution du ministre.

À ses côtés, le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, est resté impassible. Ce dernier, au début du point de presse, a toutefois tenu à souligner l'importance de la relation entre la France et le Québec. "Cette relation rend plus fort le Canada", a-t-il dit. Philippe Douste-Blazy doit d'ailleurs rencontrer Jean Charest à Montréal aujourd'hui.