Le mardi 22 novembre 2005

Pour une fusion ADQ-PLQ

André Pratte
La Presse
Montréal

L'Action démocratique de Mario Dumont a à nouveau fait la preuve en fin de semaine de sa capacité de provoquer des débats, cette fois-ci en proposant un resserrement du régime de libérations conditionnelles. Les adéquistes sont fiers de leur audace, à juste titre. Cependant, le temps est venu pour eux de se demander s'ils se limiteront à ce rôle somme toute marginal ou s'ils veulent un jour avoir une influence réelle sur la gouverne du Québec. Dans la seconde hypothèse, ils doivent envisager sérieusement une fusion avec le Parti libéral du Québec.

Lorsqu'on évoque ce scénario avec eux, dirigeants et militants des deux formations politiques le rejettent d'emblée. Selon les libéraux, une telle fusion constituerait un risque stratégique dans la mesure où la force de l'ADQ dans la région de Québec leur permet de gagner dans des circonscriptions qui autrement iraient au Parti québécois. Pour les adéquistes, rejoindre les libéraux signerait la fin d'un rêve, celui de faire de la politique "autrement". Se mêlent à ces considérations des questions de personnalités. Beaucoup de libéraux n'ont pas pardonné à Mario Dumont son départ fracassant de 1992, puis son appui au Oui en 1995. On dit que M. Dumont, de son côté, aime mieux être capitaine d'une chaloupe que second à bord d'un paquebot.

Les obstacles à une fusion ADQ-PLQ sont donc nombreux. Mais les protagonistes devraient songer aux désavantages du statu quo. Les résultats des dernières élections indiquent qu'à l'heure actuelle, le courant de centre-droite est majoritaire au Québec, l'ADQ et le PLQ ayant recueilli les deux tiers des votes. Toutefois, cette majorité est divisée, ce qui accroît à chaque élection les risques d'une victoire du Parti québécois, parti de centre-gauche. On voit mal comment cela fait avancer les idéaux défendus par les adéquistes.

Il n'y a pas de divergence idéologique profonde entre le Parti libéral du Québec et l'Action démocratique. Les deux partis favorisent une gestion serrée des fonds publics, une réduction de la dette, une diminution du fardeau fiscal, un rôle accru pour le privé en santé. Au plan constitutionnel, même si elle refuse l'étiquette, l'ADQ s'est rangée du côté fédéraliste. Selon le sondage CROP d'octobre 2005, 57 % des électeurs adéquistes auraient voté Non à un référendum sur la souveraineté. L'"autonomisme" de Mario Dumont et la position défendue par le ministre libéral des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, se ressemblent comme deux gouttes d'eau.

La division du vote fédéraliste pourrait porter le PQ au pouvoir et ouvrir la voie à la tenue d'un troisième référendum. Or, selon la politique constitutionnelle de l'ADQ, les membres du parti s'opposent à toute "rupture", de même qu'à la tenue d'un référendum qui risquerait "d'affaiblir encore le Québec."

Une victoire du Parti québécois aux prochaines élections et une nouvelle troisième place pour l'Action démocratique signifieraient la marginalisation des idées défendues par les adéquistes et la fin de la carrière politique de Mario Dumont. C'est pourquoi les adéquistes ne devraient pas rejeter du revers de la main l'idée d'une fusion avec les libéraux. Quant à ceux-ci, nul doute qu'ils bénéficieraient de l'enthousiasme qu'injecteraient dans leurs rangs les militants adéquistes, sans compter l'impact de l'arrivée du talentueux Dumont au sein du Conseil des ministres. En somme, le PLQ et l'ADQ ont tous deux intérêt à réaliser ce qui a été réussi il y a deux ans sur la scène politique fédérale: l'union de la droite.

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