Le mardi 20 septembre 2005
Le caractère d'un chef
Yves Boisvert
La Presse
Montréal
Erreur de jeunesse? Non. Grave erreur de jugement. Quand on a quoi, 30, 34, 35 ans? Enfin, quand on est député et ministre, on n'est pas un "jeune". On est une grande personne avec de lourdes responsabilités dans la société québécoise. On peut choisir de faire la fête tant qu'on veut pour vivre sa "jeunesse". Mais alors, on est trop petit pour être un ministre. On n'a pas sa place dans un cabinet du gouvernement du Québec.
Point.
Alors, que M. Boisclair et ses défenseurs arrêtent de la jouer "jeune", s'il vous plaît. Il n'est plus jeune depuis longtemps.
Si c'est quand il était ministre, ce n'est pas quand il a "vécu ses 20 ans" qu'André Boisclair a pris de la coke, comme il a dit vendredi. Ce n'est pas lors d'une vague et folle nuit d'étudiant où on perd le nord. C'est quand il occupait des fonctions ministérielles. C'est à quelques reprises. Et c'est quand il était dans la trentaine.
Prendre de la coke, donc faire affaire indirectement avec une organisation criminelle, c'est stupide et irresponsable pour un ministre. Ça met à risque non seulement sa réputation, mais également celle du gouvernement. Ça vous expose personnellement à la dépendance et politiquement au chantage.
L'alcool? L'alcool est en vente libre. Les Hells ne vendent pas de scotch. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit acceptable qu'un premier ministre se montre saoul en public. On a vu plusieurs politiciens obligés de s'expliquer sur leur consommation d'alcool par le passé. Bernard Landry a dit qu'il avait déjà abusé. Il a expliqué publiquement ses règles personnelles : jamais le midi, jamais seul, etc.
Si certains journalistes politiques ont assisté à des scènes publiques dégradantes de politiciens saouls et ne les ont pas publiées, c'est leur problème. La complaisance journalistique passée ne donne pas de licence aux politiciens du présent.
Le pot? La coke est une drogue "dure", plus dangereuse, et n'a pas atteint ce degré de banalisation que connaît aujourd'hui la marijuana, en voie d'être décriminalisée au Canada. Plusieurs personnes en font pousser pour leur propre consommation. Ce n'est pas tout le monde, loin de là, qui a pris de la coke. Les tribunaux, depuis longtemps, ont différencié le pot et la coke et sont plus sévères quand il s'agit de la deuxième.
M. Boisclair ne cherche pas seulement à devenir un chef de parti. Il prétend succéder à René Lévesque, Pierre Marc Johnson, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry. Il veut fonder un nouveau pays. Il veut être le George Washington du Québec.
On dira que je joue au curé, je m'en fous : je maintiens qu'il faut pour ces hautes fonctions un jugement et une moralité au-dessus de la moyenne. André Boisclair a échoué à ce titre il y a quelques années. C'est pertinent de le savoir.
Aujourd'hui? Aujourd'hui il s'excuse, sans trop de détails, et il nous dit que c'est de l'histoire ancienne.
Je le crois. Tout ça est du passé. Ça ne le rend pas inapte à gouverner aujourd'hui.
Mais après l'esquive de vendredi, qui nous envoyait sur de fausses pistes, ses excuses d'hier accompagnées d'une attaque de son entourage à Pauline Marois et Jean Charest ne sont pas très impressionnantes. Ce n'est pas à eux de s'expliquer. C'est à lui.
Car, quoi qu'on en dise, cette course est un pur concours de personnalité. Les quatre candidats principaux ont tous professé leur fidélité au programme du parti. Dimanche soir, à Tout le monde en parle, André Boisclair a dit qu'il n'était pas pour dire le contraire du programme, imaginez, 15 000 militants et militantes y ont travaillé...
Autrement dit, le leadership selon André Boisclair, c'est suivre. Être le chef, c'est avoir la capacité d'appliquer le programme décidé par d'autres, au moment même où lui étudiait aux États-Unis. Quel espace reste-t-il pour le débat d'idées s'il n'a rien à redire du programme? Aucun.
Reste donc une seule question véritable : à qui a-t-on affaire? Quelle est l'expérience, le caractère de chacun de ces possibles chefs?
D'André Boisclair, on sait que son expérience est mince. On pourra juger de son caractère face à l'adversité dans les jours qui viennent.
Il a du travail devant lui.