10 questions à un nouveau chef

par Michel Vastel
L'Actualité, 1er décembre 2005

L'accession à la présidence du Parti québécois n'est que le début d'une longue course d'obstacles. Le nouvel élu aura-t-il l'étoffe nécessaire pour relever chacun des défis qui l'attendent?

Vous voilà président du Parti québécois et chef du mouvement souverainiste. Félicitations! Mais ne vous reposez pas trop longtemps sur vos lauriers. On ne voudrait pas gâcher votre triomphe, mais cette victoire vous lance dans une longue course d'obstacles qui vous permettra peut-être, d'ici 2010, de faire de la province de Québec un État souverain. Cinq ans, c'est demain...

Vous venez de prendre le dessus sur vos huit adversaires, mais comment allez-vous battre Jean Charest? Comment dites-vous? Ce sont les gouvernements qui se défont eux-mêmes? Vous connaissez l'adage: "À vaincre sans péril..." Il vous faudra l'élan d'un formidable triomphe pour aller plus loin.

Réussirez-vous, par exemple, à conserver, dans votre équipe de candidats, chacun de vos adversaires d'hier? Vous savez comme les courses au leadership peuvent être fratricides: avez-vous l'étoffe d'un rassembleur? Et puis, vous héritez d'un programme de 80 pages adopté sous la direction de votre prédécesseur. Nous direz-vous, avant la prochaine élection, ce que vous entendez y changer?

Ce programme - un "programme de pays" - est en particulier muet sur la gouvernance de la province de Québec. René Lévesque s'était beaucoup appliqué à diriger un "bon gouvernement" provincial. Jacques Parizeau ne voulait pas en entendre parler et je sais qu'aucun des candidats dans cette course n'a voulu aborder la question. Mais enfin, pendant un an ou deux - "le plus tôt possible à l'intérieur du mandat", comme date cible pour tenir un référendum sur la souveraineté, est une notion bien élastique -, vous devrez prendre des décisions, faire face à des crises, présenter un ou deux budgets, participer aux réunions du Conseil de la fédération, négocier des ententes avec le gouvernement du Canada...

Il vous faudra surtout plaire à une majorité de citoyens, afin que ceux-ci envisagent de vous suivre jusqu'au bout de votre course. Quel prix êtes-vous prêt à payer pour que les Québécois vous aiment et fassent confiance à votre gouvernement?

Vous aurez en effet besoin de popularité pour franchir le troisième obstacle de votre nouveau mandat: comment allez-vous gagner votre référendum? Lucien Bouchard suggérait que, pour réussir, le camp du Oui devrait faire le plein de tous les souverainistes - et pas seulement des péquistes. D'où ce pacte avec l'Action démocratique, en 1995, auquel il tenait beaucoup. Mais vous, vous voilà avec deux tiers partis, l'un à droite, l'ADQ, et l'autre à gauche, qui naîtra de la fusion de l'UFP et de l'Option citoyenne. Et un adversaire, le gouvernement fédéral, plus déterminé que jamais depuis qu'il a adopté cette "Loi sur la clarté". Irez-vous défendre votre question référendaire, puis, si elle réunit une majorité de Oui, le résultat de la consultation populaire devant le Parlement du Canada? Car vous savez sûrement que l'une et l'autre seront soumis à son approbation. Ou laisserez-vous cette responsabilité à Gilles Duceppe et aux élus du Bloc québécois?

Enfin, vos prédécesseurs à la présidence du Parti québécois ont généralement improvisé leurs lendemains référendaires. René Lévesque a par exemple renoncé au droit de veto du Québec avant de s'engager dans des négociations constitutionnelles qui ont conduit à l'adoption d'une nouvelle Constitution pour... le Canada! Jacques Parizeau a immédiatement démissionné de son poste de chef du gouvernement. Et vous?

Vous êtes convaincu de gagner le troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Le nouveau pays aura besoin d'une Constitution: la soumettrez-vous à l'ensemble des citoyens du Québec par une autre consultation populaire? Ou vous contenterez-vous, comme Pierre Elliott Trudeau, de la faire approuver par une majorité parlementaire?

Bien entendu, vous refusez d'envisager le pire. Il serait cruel d'exiger cela de vous au lendemain de votre victoire. Mais tout de même, si les Québécois refusent de vous suivre dans votre projet de faire du Québec un pays, remettrez-vous la démission de votre gouvernement, soumettant votre parti et vos candidats à une élection générale?

La Constitution - canadienne! - vous autorisera à rester au pouvoir jusqu'à la fin de votre mandat de cinq ans. Alors, la question se posera de nouveau: comment entendez-vous diriger la province de Québec?